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Billet de blog 2 sept. 2018

Ecologie gauloise

Pendant qu'Emmanuel Macron poursuit son spectacle "humoristique" et que Nicolas Hulot joue à la trahison, le "salut du peuple" (gaulois) n'est pas en passe de devenir la "loi suprême" de la République française. Voyons pourquoi !

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Nous vivons une époque formidable !

D'un côté nous exaltons "la" technologie (parmi les milliers de techniques dont nous nous servons tous les jours, il n'y en a qu'une dont on dit "I love technology", à savoir la numérisation de données), prometteuse de nouveaux futures radieux...

De l'autre nous nous lamentons sur la "destruction" de la nature, en bonne partie effet de "la" technologie, consommatrice d'énormément d'électricité, de matières premières (métaux, céramiques, dérivés du pétrole), d'eau et de gaz rares (il faut bien réfrigérer les gigantesques mémoires qui abritent les données), d'espaces artificialisés (par les stocks immenses de marchandise qu'on achète "en ligne")

Cependant, la plupart d'entre nous - enfin ceux qui savent lire et écrire - sont persuadés que la "révolution numérique" (à laquelle résistent quelques Gaulois irréductiblement enfermés dans un passé obscurantiste voire écologiste) va transformer le monde, bien mieux et plus vite que le socialisme et le communisme (c'était quoi, déjà ?)

Il est pourtant une qualité humaine (mais peut-être aussi animale et végétale) que je chéris : le discernement, la compréhension, la connaissance des choses. Laquelle est soutenue par la curiosité et entraîne à la création. Or, je ne comprends rien à mon téléphone mobile, à mon ordinateur, aux programmes qui le font tourner, aux processus qui me mettent en contact avec n'importe qui sur Terre. Même la production d'énergie nucléaire ou l'usage des rayons lasers ou la fabrication d'un moteur à explosion sont moins opaques. Je peux simuler, pour mon confort mental personnel, la marche d'un moteur, le confinement d'un gaz, le conditionnement d'une marchandise... alors que je comprends à peine si on me dit que mon ordinateur n'est qu'une horloge (elle est où l'horloge ? Je ne le vois pas et ne l'entends pas), et qu'il produit sans cesse des calculs (où se passent-ils ?) et que, pour ce faire, il emploie des algorithmes (alors là, je suis largué, car ils doivent si petits que je ne les vois jamais - alors que ça veut dire seulement "instructions" ou "ordres"). L'informatique, la télématique, l'automatique... c'est magique ! Comme à l'école, au collège et au lycée, on apprend seulement à se servir d'un ordinateur ou d'une tablette - mais pas la moindre notion de ces diverses sciences et techniques -  on reste comme le "sauvage" armé d'arcs et de flèches qui se voit confronté à une mitrailleuse MG42 (vous ne savez pas ce que c'est ? Moi non plus !)

Tout cela pour dire que nous ne créons pas des techniques et des machines qui vont nous supplanter (il suffit de les débrancher pour qu'elles ne nous veuillent aucun mal - le monde de Robocop et de Terminator n'est qu'un succédané, plutôt simplet, des Grands Méchants Loups et autres bêtes malfaisantes des contes de fées), mais que nous créons : 1. des servitudes fort encombrantes, des déchets qui s'emparent des terres, des mers et des cours d'eau (Wall-E est beaucoup plus réaliste que les mises en scène de ces monstrueuses machines) et de l'espace extra-atmosphérique, 2. un analphabétisme d'un genre nouveau (la plupart des usagers ignorent la plupart des fonctions ne serait-ce que d'un logiciel de traitement de texte), 3. des écarts de richesse probablement sans précédent (sur les 10 plus riches hommes du monde, entre 90 et 40 milliards de dollars, 7 sont producteurs des services "numériques"), 4. une sous-qualification de la plus grande partie des emplois (plate-formes commerciales, stockage et transports, techniciens peu formés) et, 5. un niveau de fragilité très élevé (pannes, piratage, fausses informations, sites et produits exploitant les violence en tout genre). Je ne sais pas quel est le montant des dépenses en recherche et développement de ce nouvel Eldorado, mais je suis prêt à parier qu'il est cent fois plus élevé que celui des dépenses en faveur de la "protection de l'environnement". En France, en 2015, ces dépenses ont atteint 1,6 milliards €, soit 0,7% du PIB.

Malheureusement, en France, nous manquons d'irréductibles Gaulois, qui préféreraient un air respirable, une eau de source buvable, des animaux paissant en liberté (relative, mais pas dans une "usine à mille vaches"), des villes sans moteurs à explosion, des transports collectifs modulés et modulaires, des emplois réellement qualifiés, un revenu minimal garanti. Mince ! J'ai glissé de l'écologique et social et même au sociétal. Or, tout se tient : la cruauté envers les animaux, l'abattage massif des arbres, les viols, violences, harcèlements, actes de terrorisme... poussent sur le même terreau : le désir de toute-puissance, de domination (dominé et être dominé, la "servitude volontaire" de La Boétie), d'exploitation et d'expansion sans limite... s'étendent à toute la biosphère, dans laquelle, malgré nos prouesses techniques, nous ne sommes qu'une partie.

Que faire ? Non pas un journal, ni une révolution, ni une mise "en marche", mais une résistance à la frénésie et à l'idolâtrie des technologies, une résistance qui vise à protéger et amplifier une vie humaine digne ce ce nom, un apprentissage de la citoyenneté, de la laïcité, de la solidarité, de l'équité... bref des valeurs pluricentenaires de la République, une résistance qui allie divers courants politiques, diverses tendances religieuses, diverses convictions écologiques et sociales. Nous finirions alors par nous débarrasser des Occupants que sont les fanatiques de la technique, de la magie et des lendemains "économiques" qui chantent (faux).

Post-scriptum. Je lis dans Le Figaro du jeudi 30 août les insanités de Monsieur Ferry (Luc) : il traite Nicolas Hulot de "fondamentaliste vert" (trois fois), d'obscurantiste, de partisan d'une révolution conservatrice (trois fois) ! Hulot, qui s'est servi des hélicoptères et des télécommunications depuis 30 ans et qui gagne de l'argent avec sa marque Ushuaia... Le pire dans les éructations de Ferry n'est pas là : il accuse le "principe de précaution" d'être une calamité antiscientifique et antiprogressiste. N'a-t-il jamais vu chez Aristote la notion de prudence ? Et n'at-il pas, comme presque tout le monde, regardé à droit et à gauche avant de traverser une rue encombrée de voitures ? Car c'est cela, la précaution : avant de connaitre ("suffisamment" - et non "exactement") les effets d'une action (lancer des produits chimiques ou des médicaments sur le marché) sur une population donnée ou dans un milieu donné, on prend le temps de réfléchir, donc de regarder à droite et à gauche. Avant d'ouvrir les vannes de ses propos haineux et dépourvus de tout fondement, Luc Ferry devrait prendre un minimum de précaution. Il est vrai que quand on a écrit que l'écologie profonde est comparable au nazisme (et obtenir un prix Médicis pour cela), et qu'on n'a jamais rectifié des propos aussi délirants, pourquoi se gêner ?

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