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Billet de blog 1 févr. 2021

MICHEL LE BRIS, UNE JEUNESSE BRETONNE

Michel Le Bris (1944-2021) est parti pour son dernier voyage au long cours le samedi 30 janvier 2021.

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La revue Bretagnes créée au milieu des années 1970 avait pour ambition, -vu de Bretagne-, de regarder de près les domaines " Littérature-Art-Politique " ambition qui servait d'enseigne à une revue dont le directeur de la publication était Paol Keineg. Au cours des trois années d'existence de la revue, nous avions réalisé et publié des entretiens fleuve, qui duraient parfois la journée, avec des personnalités comme Charles Tillon, Georges Perros, PJ Hélias, Guillevic ... et Michel Le Bris. Résidant encore en Occitanie, Michel Le Bris venait de publier " L'homme aux semelles de vent " 1977, Grasset. 

Au moment de la disparition de Michel Le Bris, en guise d'hommage à l'homme et l'écrivain qu'il était, j'ai souhaité reprendre les premières pages de l'entretien que nous avions eu en février 1978, publié dans le numéro 8 de la revue Bretagnes. Michel Le Bris était venu en train à Rennes. Nous avons finalisé le texte quelques semaines plus tard. Michel Le Bris et sa famille venaient de s'installer en plein hiver dans une maison inconfortable, au bord de la mer, à moins de cinq cent mètres de la maison de son enfance. Voici le début de l'entretien. Pages dans lesquelles, Michel Le Bris décrit sa jeunesse et sa perception du monde. 

" Solitaire, je ne sais pas, déraciné, oui, comme beaucoup de Bretons. Par la misère, dès 1958. J'avais 14 ans quand meurt ma grand-mère. Elle était infirme, ma mère avait dix ans quand la " mamm goz " avait subi une attaque qui l'avait laissée totalement paralysée. Et depuis l'âge de dix ans donc, ma mère avait dû à la fois travailler pour subsister et soigner la grand-mère. Nous habitions une maison isolée, en bord de mer, qui appartenait- comme toute la région d'ailleurs- à "an aotrou " , le châtelain. Ma grand-mère morte, an aotrou impose à ma mère, sous peine de se retrouver à la rue, de venir travailler chez lui près de Rambouillet. Et c'est  ainsi que je me suis retrouvé pensionnaire au lycée Hoche de Versailles, le lycée de la bourgeoisie versaillaise. 

Le premier jour de classe, le prof fait remplir des petites fiches pour faire connaissance. Profession des parents : directeurs commerciaux, ambassadeurs. Arrivé à moi : " Mais vous n'avez pas marqué la profession de votre père ? Je n'en ai pas. " Et la salle éclate de rire. Le prof enchaîne : " Profession de votre mère ? Bonne à tout faire. " Re-éclats de rire de mes petits camarades. Et du prof aussi.  Quand on a 14 ans et qu'on est complètement perdu, ça secoue dur ! 

( ... ) Pendant que je découvrais le monde moderne à Paris, le monde moderne était arrivé à Plougasnou. Les gens se refermaient de plus en plus. Mon univers, donc une partie de moi-même, de mon identité mourait. ( ... ) Ma Bretagne perdue, mal à l'aise parmi les intellectuels, il était temps pour moi que mai 68 arrive. (...) Je n'ai pas la même origine sociale que ceux qui ont "fait " mai 68. Je m'explique : la force de mai 68 est venue de ce qu'elle fut une insurrection de " fils à papa ", une formidable trahison. ( ... ) Mai 68, c'est autre chose : ce ne fut pas un mouvement politique à proprement parler. Ou plus exactement, ce mouvement ne s'est pas posé la question du pouvoir. La meilleure preuve : une des plus grosses manifs de mai est passée devant l'Assemblée nationale avec la plus totale indifférence. (...) Je ne crois pas qu'il y ait de paradis. A la différence des marxistes, je ne suis pas religieux. J'ai peut-être un rapport au sacré, mais c'est autre chose. Donc, le paradis, je dis que je n'en sais rien. Et je ne crois même pas au " grand soir ". Et pour dire les choses plus brutalement, je ne crois même pas à la fin du malheur des hommes. "

Entretien réalisé à Rennes et Plougasnou en février 1978. ( Extraits )

L'intégralité de l'entretien avec Michel Le Bris a été publiée dans le numéro 8 de la revue Bretagnes,  portant le titre " Les enchaînements du siècle ",  une citation de Charles Tillon. Ce même numéro a publié un long entretien, réalisé au domicile de Charles Tillon à La Bouexière (35) en janvier 1978, peu après la sortie du livre magistral de Charles Tillon " On chantait rouge ", Laffont 1977.  

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