LA PRESSE BRETONNE DANS LA TOURMENTE

La Bretagne connaît les effets de la pandémie. La presse n'y échappe pas. Ouest-France et Le Télégramme continuent à paraître tous les jours en pratiquant largement le télétravail et en procédant à un chômage technique partiel. Les journaux allégés paraissent dans des formules différentes, le contenu est en évolution.

 

  • Le contenu du Télégramme avait ces derniers temps perdu pas mal de son intérêt. En raison notamment d'un contenu appauvri, banalisé, souvent conventionnel, moralisateur... Multipliant les commentaires subjectifs... faute de moyens mis en oeuvre, peut-être, pour assurer une véritable information, diversifiée, complète, réactive, notamment en matière d'actualité locale et régionale.

  • Le contenu du Télégramme s'enrichit à nouveau d'une diversité perdue depuis quelque temps. Il paraît aussi s'être étoffé et humanisé depuis que s'est installée la crise sanitaire mondiale très grave qui touche notre pays. Il paraît salutaire qu'un rapprochement avec sa clientèle-lectorat se réinstalle depuis quelques jours dans les colonnes du journal. Solidarité, adaptation aux malheurs du temps. 

  • Il faut saluer la renaissance d'une compassion délaissée ou oubliée dans le " quotidien " finistérien pour le quotidien de la population, notamment la plus exposée au virus, qu'ils soient malades, soignants, confinés, vieux et jeunes.

  • Ces liens avec le " pays " et ses habitants s'étaient largement estompés au fil du temps. Constituant probablement un danger pour l'avenir de la publication car son contenu ne refléterait plus l'identité diverse de la population. Cette distanciation sociale, sociologique, culturelle, regrettable aux yeux de beaucoup, s'apparentait à un éloignement mental, idéologique, humain, que la nouvelle formule mise en oeuvre en novembre avait accentué. 

  • La crise, dévastant le pays et le monde, semble avoir conduit certains décisionnaires dogmatiques, dominateurs ( ?) , sûrs d'eux, à procéder à un examen de la situation. Des comportements ayant cours devaient être révisés pour réajuster, améliorer la perception des choses réellement vécue par une population désemparée. Dans la presse régionale, comme dans toutes les formes d'activité d'un pays tout ou presque est désormais ralenti, enlisé dans le risque mortel. Et la plus grande incertitude règne pour l'avenir. Les hommes, les activités, l'avenir du pays et des individus sont désormais tous suspendus au plus grand inconnu, la peur du lendemain.  

  • Ce qui a amené beaucoup de "responsables", finalement bien peu responsables ou cliniquement cyniques, à la prise de conscience d'une forme nécessaire de solidarité et de modestie, pour survivre. Et l' humilité,  qu'ils avaient probablement oubliée... à force de certitudes oiseuses ou d'un défaut d'observation ou d'un manque d' implication sociale réelle, fouaille aujourd'hui leur conscience endormie, peut-être même les culpabilise.

  • Sur le plan formel, la formule choisie par les quotidiens bretons est de réduire le nombre d'éditions, quatre pour Le Télégramme, ( 175 000 exemplaires sur le Finistère et une partie des Côtes-d'Armor et du Morbihan)   à des éditions départementales pour Ouest-France,   ( 592 000 exemplaires sur le Grand Ouest). Cette opération de sauvetage semble être une concentration-réduction logique en fonction des moyens disponibles et de l'arrêt de nombreuses activités, hormis les services de survie et la médecine. Cela est conforme aux attentes de la population. Cette période est devenue délicate pour toutes les activités humaines, tant pour celles qui se poursuivent par absolue nécessité, que celles qui sont menacées dans leur existence et pérennité par la chute de la demande de produits et services.

  • Pour la première fois dans la mémoire humaine actuelle, l'humanité subit une telle déflagration existentielle. Les citoyens attendent donc une information étoffée et réactive, et des renseignements pratiques pour vivre. La population veut de l'actualité, de la vie régionale, nationale, internationale,  dans sa totalité et sa réalité. Et il sera aussi difficile de remettre en cause cette " distribution " vitale et nécessaire de l'information que de ne pas chercher les responsabilités face au désastre en cours. Mais le temps est à l'urgence. 

  • Et l'approche humanisée qui se développe, pourra aider à réagir une presse quotidienne en perte de vitesse. En danger d'ailleurs pour diverses raisons, dont l'évolution des moyens techniques. Mais aussi en raison d'un confinement mental, d'une forme de regard sélectif, d' une forme d'ostracisme de classe, ce qui passe de plus en plus mal dans l'opinion majoritaire du peuple qui ne se reconnaît pas dans cette presse. Le mouvement des Gilets jaunes a éveillé ou réveillé pas mal d'injustices sociales enfouies mais visibles que Macron  n'a pas réparées, au contraire. 

  • L'information et son traitement peuvent retrouver une légitimité.  A condition de s'affranchir du pouvoir financier, sans pratiquer la duplicité ni les calculs à courte vue. Les préjugés socio-économiques allant de pair avec des connivences trop souvent relevées entre les " dispensateurs " de l'information et les khalifs du milieu.

  • Ce mal de l'information a déjà beaucoup affaibli une forme de presse biaisée, orientée, et ressentie comme telle à la lecture de certains titres,  dont beaucoup sont propriétés d'industriels et de financiers. D'où la nécessité absolue de défendre une presse libre, de soutenir les  journalistes libres et de les encourager à se défendre eux-mêmes.

  • Les responsables qui étaient les hérauts d'un monde économique, financier, politique qui aboutit au résultat d' un tableau calamiteux d'un système qui s'écroule et fait vaciller l'humanité, sont à juste raison aujourd'hui malmenés par les événements. Demain, ils seront peut-être accusés. Ils sont désormais disqualifiés sans retour pour beaucoup d'entre eux. En sursis. Comme le monde en échec qu'ils ont prétendu soutenir. Tout doit aujourd'hui urgemment changer. Pour que durent le monde et la vie, s'il n'est pas déjà trop tard. 

  • L'ère salutaire qui vient devra se nourrir d'abord du doute et de l'humilité. Après un cataclysme comme celui-ci, on ne reviendra pas en arrière. 

     

  • *Pour mémoire " La presse Bretonne dans la Tourmente ( 1940-1945 ) " , Henri Fréville,  éditions Plon, 1979. 

  •  

    Modifier ou supprimer

  • Michel Kerninon

     

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.