BRETAGNE : L'IMPASSE AU BOUT DU TUNNEL

 

Après la jacquerie bretonne, le Pacte d'avenir pour la Bretagne, concocté par le gouvernement après consultation des élus régionaux, a été rendu public hier soir. Il ne semble donner satisfaction qu'à ses auteurs.

Mais, au-delà même des exigences contradictoires posées par le conglomérat des mécontents, hétéroclite, du moins au début, car il y a eu des défections du côté des ouvriers (FO) et des patrons (Medef) coiffés initialement du bonnet rouge, se pose le mode de gouvernance adopté depuis ce qu'on a appellé pudiquement la crise, et qui n'est au fond que le bonus inéquitable donné au rendement du capital.

Céder dans l'urgence et sous la pression, prendre les décisions précipitées en quelques jours, et après des années d'inertie dans ce domaine, pose la question de la crédibilité de l'opération. Certains ajouteraient que ce n'est ni courageux ni digne d'un pays responsable de confondre vitesse et précipitation.

Les feux s'étaient allumés pendant l'été autour des portails d'Ecomouv'. On découvre d'ailleurs aujourd'hui à ce sujet  les ressorts aberrants et des acteurs bien connus de nos services au sujet de l'écotaxe.  Le mécontentement trouvait à se cristalliser dans une curieuse alliance d'exploiteurs et d'exploités. Mais c'est parce qu'il est démagogique, et presque toujours inefficace, de traiter dans l'urgence les questions structurelles, que se pose la nécessité de modifier la stucture de l'Etat sur le plan territorial et administratif. Seule issue pour anticiper et aujourd'hui sortir par le haut du cul-de-sac sociologique où on se trouve.Ce n'est pas sans risque non plus. Mais ce que fait le gouvernement aujourd'hui, en endossant le rôle du pompier de service,  n'est pas sérieux. C'est même dangereux et coûteux pour l'avenir du pays et son fonctionnement.  Dans ce domaine, Sarkozy était un expert  : un problème sur le tapis et voilà la nouvelle loi en chantier. Et après, souvent rien. On voit le bilan : le comportement clientéliste, surtout envers les plus riches, a coûté cher et accéléré la sortie de route sociale et économique.
L'urgence serait de passer en revue des exigences contradictoires, nos propres exigences contradictoires. Il y a du pain sur la planche. Notamment en ce moment dans le monde agro-alimentaire particulièrement subventionné, mais il n'est pas le seul,  qui a connu malgré tout une vague sans précédent de licenciements, en particulier parmi les salariés des sociétés Doux, Gad, Sabco-Tilly, Marine-Harvest.

Seule une réforme constitutionnelle dans le fonctionnement de l'Etat, -qui ne serait pas nécessairement une régionalisation accrue dans tous les domaines comme certains le réclament en Bretagfne-, pourrait rapprocher le citoyen de la sphère de décision.  Et peut-être permettre la prévention de drames humains. N'est-il pas totalement incohérent que certains patrons en appellent  à l'aide de l' Etat et aux subventions tandis que, dans le même temps une partie de ces acteurs, au moins parmi les protestataires, en appelle farouchement à la déréglementation de dispositifs collectifs d'intérêt général ? Et cela porte en ce moment pour le monde agricole tant sur l'organisation des marchés que sur la fixation des prix, et sur la déréglementation de la protection des eaux et de l'environnement, déjà très  particulièrement malmenés en Bretagne, mais enjeux majeur de l'avenir. Mais ce ne sont pas les seuls domaines où se mettent à l'oeuvre, publiquement, en coulisses ou/et  dans la rue,  les lobbies, les corporatismes et tous les intérêts catégoriels, et ce dans le but de faire céder l'Etat pour conserver leurs exceptions favorables. 

Raison de plus pour rappeler que gouverner c'est d'abord anticiper, les problèmes en particulier. Ne serait-ce que pour tenter de les atténuer et faire respecter les identités. Gouverner, ce n'est  pas céder à la hâte, ce n'est pas s'incliner devant la menace, qu'elle vienne des plus gueulards ou les plus puissants. Gouverner, ce n'est pas répondre par des dispositifs d'exception aux demandes plus ou moins fondées des uns et des autres. L'intérêt général n'est pas l'addition des intérêts particuliers.

Le cap doit être clairement fixé par l'Etat. La première condition pour ranimer la confiance des citoyens dans la démocratie est de garantir le respect des différences et des singularités de tous. Ce ne semble plus être le cas. Certains profitent de la faiblesse de l'Etat pour tenter d' imposer leur point de vue. L'époque est dangereuse pour la démocratie, seule garante de la solidarité et de la liberté qui sont les fondements de la République. .

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.