PRESSE : OU EST LA LIBERTE DES JOURNALISTES ?

Vendredi soir, une centaine de manifestants se sont présentés devant le siège d'Ouest-France pour tenter d'empêcher la sortie des camions de livraison du quotidien rennais. Faut-il y voir un lien avec le communiqué diffusé en début de semaine par le syndicat SNJ (autonome) des journalistes du plus diffusé des quotidiens français qui sont en désaccord avec la ligne officielle recommandée par la direction dans le traitement des mouvements contre la loi sur les retraites ? On peut le penser. Rappelons que le communiqué du syndicat des journalistes SNJ de Ouest-France, dénonçait "la ligne idéologique à sens unique" et s'insurgeait contre les injonctions donner par la direction pour minimiser les compte rendu sur les manifestations hostiles à la loi sur les retraites mais au contraire à mettre en exergue les inconvénients causés par les manifestants et les grévistes. Mais malheureusement ou heureusement d'ailleurs, les journalistes sont des travailleurs très ordinaires. Et peut-on réellement être un travailleur libre quand on est précaire comme le sont beaucoup de jeunes journalistes? Et peut-on être être libre et éventuellement critique par rapport au système dominant quand on est journaliste même pas précaire mais que votre entreprise de presse n'échappe pas au marché ?
Les exceptions ont été rarissimes d'entreprises de presse ou autres réservant à leur personnel un minimum de participation au débat et au fonctionnement internes. La société des rédacteurs du Monde et les autres sociétés d'employés du Monde avaient un petit rôle exceptionnel de contrôle relatif dans l'orientation et la gestion. Ils viennent de perdre pratiquement toute possibilité d'intervention interne à l'occasion de la recapitalisation.

La perte de cette exception morale et satatutaire dans la presse est intervenue à l'occasion de la recapitalisation du Monde par Pierre Bergé et ses associés (réputés de gauche) qui ont apporté au capital 110 millions d'euros. Cet argent frais est sensée assurer la pérennité du groupe largement déficitaire depuis une diversification, selon certains légèrement mégalo-maniaque, menée par son précédent directeur, Jean-Marie Colombani.

A ce dernier a succédé aujourd'hui l'homme lige qu'il aurait mis en orbite, Eric Fottorino. Et ce dernier peu reconnaissant critique sévèrement la gestion de son Pygmalion à la Une de son journal. Aujourd'hui, la rédaction du Monde l'accuse carrément de cracher dans la soupe qui l'a nourri.
Avant l'arrivée de milliardaires de gauche, Le Monde, avait déjà à son capital quelques magnats des affaires, de la presse et de l'armement et des conseillers de renom, tel Alain Minc, pas vraiment de gauche. Ses conseils à Sarkozy ne semblent pas avoir été plus bénéfiques à la France et aux Français qu'au Monde. Mais n'est-ce pas lui encore, ce conseiller du président, qui lui a suggéré de faire venir à la tête de France-Soir, ce journal moribond, le fils d'un seigneur de l'oligarchie russe de Poutine, et accessoirement marchand d'armes courtisé par Sarkozy, en vue de le réactiver pour son hypothétique campagne présidentielle de 2012 ?

Et voici cette semaine que le régime s'illustre à nouveau par une nouvel exemple de sa conception de la démocratie et de la liberté à l'occasion de la visite d'un spécialiste, le nouvel empereur de la Chine nouvelle. Ligne de conduite permanente : ici dissuader les journalistes de s'intéresser aux affaires scandaleuses qui pourrissent le pays, là empêcher les journalistes de troubler par leur présence la visite d'un hôte de marque. Décidemment, avec lui une seule certitude, l'argent passe avant la liberté. Mais maintenant çà se voit beaucoup trop aux yeux de la plupart des Français qui ne le supportent plus.

Michel KERNINON

Écrit par : Michel Kerninon | 07/11/2010

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