Le pire est en marche, c'est bien le seul

Le Monde du mercredi 5 avril. Voir la tribune et l' analyse très pertinente proposées par Eva Illlouz qui est intitulée " Comment refonder la gauche ". L'occasion de se regarder et de regarder sans fard la dégradation de l'état social du pays.

Il se trouve dans cette remarquable tribune des pertinences évidentes. Qui sont logiquement cruelles pour les néo-colonialistes de la classe dominante. Celle qui est prompte à se satisfaire en fonction de son intérêt forcément à courte vue. Les causes de la situation explosive actuelle ne s'éterniseront probablement pas. Quelle que soit l'issue. Mais sans nier des constatations cruelles et misérables sur le regard consternant et poussif, caractérisé par l'autisme social, que portent des illusionnistes en perdition d'une gauche en lambeaux. 

Cette gauche est caporalisée au point de renoncer à l'espoir pour le peuple, et amnésique de tout projet ayant une chance quelconque d'armer la refondation sociale et économique, parce que sans mémoire ni imagination. 

Du pain béni cette impuissance congénitale pour les diables de l'extrême droite, leur récompense d'un casse-boîtes de foire, les populismes sont en marche faute d'avoir mis en oeuvre la révolution sociale démocratique qui s'impose moralement et économiquement face aux enjeux de la survie de la planète.  
Le point de vue d'Eva Illouz pourra éclairer certains esprits et même les culpabiliser. Mais peut-être pas assez au point de décider les prébendiers de tous poils à sortir du ravin sociétal une partie du territoire national, de sa population délaissée, tous les englués dans la désespérance. La voie à suivre ? La solidarité. Recenser sans état d'âme inutile les méfaits catastrophiques de l'économie ultra-libérale : avec l'obsolescence des compétences d'une majorité de travailleurs, les délocalisations, la précarisation grandissante, la stagnation des revenus, la mobilité difficile de beaucoup, .... Et pendant ce temps, les petites villes sont devenues exsangues et en régression démographique, sociale,  comme les campagnes et territoires urbains délaissés. Ces zones de plus en plus isolées qui périclitent au seul bénéfice des grandes métropoles. Ces phares de notre société qui cumulent compétences en technologies et formations, emplois nombreux et plus sécurisés,  niveau de vie en progrès réservés à une minorité qui a réussi à sortir du lot commun des enchaînés.

Les territoires éloignés sont oubliés par le développement et le progrès, les services publics, les transports. Les manques et frustrations ouvrent la porte à la fascisation des esprits et à l'intolérance de l'autre, quel qu'il soit.

Mais hélas, rien aujourd'hui ni personne dans la classe politique "à gauche" ou ce qu'il en reste n'ouvre la perspective de la révolution progressiste et sociale tant attendue. Seule certitude : depuis plusieurs années, l'extrême droite attend son heure. Elle est au pied du mur en France. Profitant de plus en plus de l'abandon auquel est livrée par le système une partie de la population, des jeunes, des vieux, des salariés précarisés, des chômeurs, la majorité longtemps silencieuse, méprisée et sans avenir, s'est révoltée et pour longtemps. 

Un programme de refondation sociale à gauche pourrait-il tenter de faire renaître l'espoir ?  L'espoir du progrès social juste, fraternel. Il n'a plus cours. Mais l'espoir vient de loin, comme la révolte. 

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