Vu de Bretagne : dégage, on aménage

AMENAGEMENT DU TERRITOIRE :

DEGAGE ON AMENAGE !

Vu du Finistère, Penn ar Bed, il ne semble vraiment pas que la priorité des priorités de l'investissement public, en matière de développement, puisse résider dans l'urgence de la construction de voies de TGV à très grande vitesse entre Paris, ou plutôt d'ailleurs entre Rennes, Quimper et Brest. Pas plus d'ailleurs que dans l'absolue nécessité déclarée par quelques caciques de la construction du faramineux aéroport interrégional ou international de Notre-Dame des Landes, entre Nantes et Rennes. Les conseils régionaux de Bretagne et de Pays de Loire viennent pourtant de voter le lancement des enquêtes publiques.

Nantes et Rennes : la concurrence

Ont-ils en mémoire, les élus, en cette période de banqueroute européenne la déconfiture de villes nouvelles mortes nées tout autour de Madrid et le sort du nouvel aéroport de la communauté madrilène retourné au silence de la meseta après sa construction ? Se sont-ils davantage souvenus de quelques gares fameuses, justement, abandonnées en rase campagne. Si ce n'est pas le cas, celà devrait faire réfléchir nos décideurs régionaux, ici majoritairement de gauche aux conseils généraux comme à la direction des métroples concurrentes de Nantes et Rennes, à 300 km de Brest et du prochain million d'habitants du Finistère.

Plaisance : une activité saisonnière

On ne voit pas davantage pourquoi certains élus locaux affichent tant de superbe à vanter leurs projets aussi dispendieux que hasardeux, et à se gausser goguenards et hautains aux propos de bon sens exprimés par les opposants. Que de dangereuses certitudes proclamées par eux et financées par tous ! Tenez, ici, dans le Nord-Finistère, Pays de Morlaix, un exemple. A Roscoff, il se construit un mega port de plaisance totalement artificiel et déjà bien avancé. Et à Plougasnou, juste à quelques encâblures de là, de l'autre côté de la baie de Morlaix, est né un autre projet démesuré et mutilant pour l'environnement exceptionnel de cette pointe, défendu par un certain nombre d'élus du secteur. Sans la moindre certitude de créer de l'emploi ni de retenir une jeunesse sans emploi ni logement dans le secteur. La plaisance, sa marina estivale, ses schipchandlers, ses Coops maritimes, ça doit faire riche et chic, mais c'est bénéfique pour qui ?

On espère de tout coeur que ce port extravagant ne se fera pas. Le projet que défendent, assez secrètement d'ailleurs et conjointement, le maire de Plougasnou et les élus de la Communauté de communes de Morlaix n'a aucune espèce de chance de favoriser le développement local. Il procurera tout au plus quelques emplois, des saisonniers de la plaisance et du tourisme estival, mais fera sûrement le beurre de quelques bétonneurs et de promoteurs rusés.

Le plan routier toujours en chantier

Pendant ce temps-là, la Bretagne reste largement enclavée. Les 4 voies Nord et Sud, vitales pour la circulation et le développement de la pointe de la Bretagne vieillissent tranquillement. Sans adaptation majeure à la sécurité ni au niveau croissant de la circulation. L'intercommunication Bretagne Nord-Sud ressemble encore aux profondes vallées pyrénéennes d'avant l'invention de l'automobile.

L'axe central Châteaulin-Rennes piétine, et les éventuelles liaisons transversales Bretagne-Nord Bretagne-Sud, l'une partant par exemple de la région de Saint-Brieuc et l'autre de la région morlaisienne, ne semblent pas préoccuper excessivement nos élus régionaux.

Celà ne fait jamais qu'un demi-siècle maintenant que le dossier du Plan routier breton est sur la table.

Les retraités arrivent, les jeunes désertent

Evidemment, les grands chantiers sont aussi spectaculaires que casse-gueule mais flattent surtout l'ego de quelques mégalomaniaques qui en sont les instigateurs. Ils veulent laisser leur empreinte sur le territoire et des ex-voto à leur nom aux carrefours. Mais si la côte attire des retraités aisé, la jeunesse déserte le pays. Et notre population comme son territoire risquent de payer longtemps le prix d'une coûteuse inconscience. Comme si beaucoup de nos représentants tenant le haut du pavé voulaient absolument s'approprier le fameux et détestable slogan que l'on prêtait aux insatiables promoteurs des années 1970 : "Dégage on aménage ! "

Michel KERNINON

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