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Billet de blog 13 déc. 2013

LE PACTE ARMORICA N'A RIEN D'UNE POTION MAGIQUE

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Le pacte d'avenir pour la Bretagne, que présentait aujourd'hui Jean-Marc Ayrault à Rennes, s'apparente à de l'étouffe-chrétien, far ou kouign-aman. Des spécialités pâtissières bretonnes peu digestes, mais appréciées particulièrement des Lutéciens.

Quant au fond, du côté du pacte Ayrault concocté par la majorité socialiste du conseil régional placé sous la présidence de Massiot, le successeur de Le Drian,  nihil novi sub sole, comme aurait dit César. Le vainqueur des Vénètes connaissait bien Vorgium, qui ne s'appelait pas encore Carhaix. Christian Troadec, n'était pas encore Aplusbégalix.

Le médiatique et controversé maire de Carhaix devait ceindre, sous ses lauriers de premier laboureur de Bretagne, le couvre-chef des nouveaux benêts rouges. A Quimper, cîté du Roi Gradlon, devant les flèches la cathédrale, il moulinait au-dessus de la foule des séïdes de tous poils, la fourche de l'écotaxe, tel un Sebastian ar Balp brandissant la faucille et le Code paysan pour appeler à la rébellion des pauvres Bretons écrasés sous le poids du papier timbré et de l'écotaxe pas encore en vigueur. 

Tradition, tradition. Car voilà-t-il pas d'ailleurs que dès ce matin, vendredi 13 décembre 2013, avant même que Ayrault n'arrive dans la capitale des Redonnes, Troadec et son accolyte de la FDSEA, Merret, ont pris d'assaut les marches du Parlement de Bretagne. C'est dire leur mécontentement. 

Le gouverneur de Bretagne, Le Drian, n'a qu'à bien se tenir, avec ses affidés du PS,  son chef des armées gouvernementales, le gouverneur général des Pays de Loire, le grand maître peu contesté, sinon pour son Ayrauport de NDDL, du cinquième département breton toujours pas rattaché et dont il tint longtemps le Palais des Ducs.

Au-delà du folklore explosif et du leadership des meneurs de la jacquerie transcourants bretonne, interrogeons-nous. La méthode de gouvernance en France, la politique de la girouette est-elle la seule règle avec Hollande et héritée du temps de Sarkozy, qui n'arrête plus de vouloir nous revenir... La méthode du Pacte breton confirme la politique hâtive et absolument erratique du colmatage circonstanciel. Elle tient lieu de gouvernance. 
A marée descendante, tous les marins bretons le savent, les écueils remontent à la surface.

La jacquerie des "Bonnets rouges", emblème déposé à l'extrême droite nationaliste comme par Armor-lux, le bonnetier marin d'Arnaud Montebourg, reste incontestablement marquée à droite, après une incursion désespérée de syndicalistes FO dans ses rangs au côté du Medef. Mais elle est loin d'être consensuelle la revendication menée par Troadec et Merret, comme voudraient le faire accroire des éditorialistes toujours assez ignorants de la situation réelle de la Bretagne, ou/et intéressés par tout ce qui pourrait servir la cause d'un possible retour plus catégorique à l'ordre ancien qu'ils servent et qui les nourrit tout en craignant par dessus le maché, -ils sont sûrement parmi les derniers à y croire-, le possible retour de la lutte de classes toujours en vigueur dans les villes comme les campagnes.

La réponse apportée dans l'urgence par le gouvernement, sous la pression d'une minorité descendue sur le pavé, n'est rien moins qu'un des symptômes tragiques de la navigation gouvernementale erratique. On est très éloigné de ce que pourrait apporter une perspective économique, sociale et politique novatrice et salutaire pour l'intérêt général, de préférence à gauche comme prévu dans le contrat électoral. La réforme virtuellement morte-née de l'Etat, confiée à Marylise Lebranchu, qui n'en peut mais de sapes sournoises dans son propre camp, est l'exemple le plus cuisant et le plus manifeste quant à l'absence de volonté, de possibilité, du pouvoir de transformer le pays pour le sortir du chômage et de l'endettement qui le condamnent au déclin. Pour la plupart des Français, là-dessus, les carottes sont déjà cuites. Mais attendons, l'espoir peut faire vivre.

A l'évidence, le mal du pays va de toute façon au-delà du mal breton et des vociférations d'une coalition hétérogène à dominante poujadiste. Malgré les efforts de certains leaders bretons prétendant revendiquer l'appartenance identitaire commune des esclaves et des maîtres afin de les réunir pour une même cause commune : la sauvegarde du modèle breton. Mais lequel ?

De quelle identité peut-il donc bien s'agir quand il faut écrire un avenir dans un pays multiculturel, somme d'identités singulières et plurielles ? Au-delà des corporatismes, avantages acquis et intérêts particuliers, le courage politique est de rénover la démocratie républicaine et d'offrir une chance à tous. De donner un avenir à sa population, d'abord à sa jeunesse, comme dans tous les pays en déclin, condamnée à ne plus voir son futur qu'en laissés pour compte au pays ou immigrés dans les pays émergents.
Pour redresser la barre du pays, et pas seulement de la Bretagne qui a des enjeux spécifiques, il faudra d'autres actions d'avenir que celles définies par un pacte de circonstance, régional, opportuniste...  Destiné, on le voit aujourd'hui,  à circonscrire d'urgence un début de jacquerie où cohabitent des revendications contradictoires. Revendiquer moins d'Etat, moins de règles sociales et environnementales,  mais, en même temps, exiger plus de subventions et de protectionnisme. Drôles d'objectifs communs en effet. C'est la liberté du renard dans le poulailler. Celle des maîtres de l'agro-alimentaire, les nouveaux maîtres de forges longtemps glorifiés par les zélateurs du modèle breton, qui licencient aujourd'hui, les Doux, Gad, Sabco-Tilly, Marine-Harvest. Et aussi bien d'autres plus discrets qui engrangent toujours en silence, notamment dans l'agroalimentaire et la "distribution", mot qu'affectionnait son père fondateur EL, tout en tirant par le bas les prix d'achat à la production.

Changer le pays pour lui redonner une vigueur économique et sociale :  c'est une autre paire de manches que de proposer des pactes tout emballés, de rafistoler ce qui craque, de jouer aux pompiers de service avec des seaux d'eau.

Gouverner ce n'est pas élaborer un hâtif et hypothétique pacte d'avenir qui de rassurant et d'audacieux n'a réellement que le nom. Son contenu ne satisfait d'ailleurs déjà personne. A part peut-être ses initiateurs, la majorité parlementaire. Et encore pas tous. Conduire le pays à l'apaisement, rendre aux citoyens la confiance en l'avenir voilà déjà deux impératifs absolus relevant d'une volonté salvatrice. Car le Pacte Armorica n'a rien d'une potion magique.

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