LE FOLL SAUVERA-T-IL L'OEUF BRETON DE LA CRISE ?

 

Plongés dans une profonde crise de perte d'exploitation, les producteurs d'oeufs réclament des mesures d'urgence.

Le ministre de l'agriculture Le Foll les "rassure" en "invitant" la grande distribution à augmenter les prix d'achat à la production. Rien ne les y oblige. Le même ministre "invite" aussi les producteurs à "s'organiser" face à la crise,  notamment pour l'exportation.Un peu de sérieux.

Très belle marge commerciale

des grandes surfaces

Voyons la réalité des chiffres. Au prix de gros, le cent d'œufs est acheté par les hypermarchés autour de 6,70 euros, alors que le prix moyen était encore de 10,70 euros en 2012. La demi-douzaine d'œufs est donc payée 40 centimes au producteur. Elle est revendue par la grande distribution, en moyenne, à 1,74 euro. Soit un coefficient multiplicateur de plus de 4. Très très belle marge !

 

Importations d'oeufs en déclin

Les industriels de produits de transformation importent des œufs et produits à base d'oeufs, notamment d'Espagne et de Pologne. Mais les importations ont considérablement diminué. Elles sont passées de 60000 tonnes en 2011 à 40000 en 2012 et à 10000 tonnes pour cinq mois,  de janvier à mai 2013. Première et principale raison :  les prix très bas de l'oeuf en France. Moralité : quand les prix d'achat sont bas en France, les industriels n'ont aucun intérêt à importer. Les prix cassés conviennent parfaitement.

Si Monsieur Le Foll n'a pas roulé dans la farine les producteurs d'oeufs, qui sont très remontés en Bretagne, on peut penser qu'il a développé une rhétorique diplomatique pour calmer les esprits. Son coup d'épée habile suffira-t-il à contenir l'omelette géante qu'on a vu se répandre ces jours-ci  au pied et sur les murs des centres des impôts des Côtes-d'Armor et du Finistère ? C'est dans ce département que le ministre a ses attaches paternelles et sa maison de Berrien a été visée au printemps par des producteurs excédés. 

Après la crise du poulet, celle du porc, la crise de l'oeuf est-elle seulement conjoncturelle ou rejoindra-t-elle les deux précédentes qui ont été parmi les plus destructrices d'emplois en Bretagne depuis plusieurs décennies ? Après la rencontre avec le ministre, mardi à Rennes, les producteurs d'oeufs bretons, qui fournissent près de 40 % de la production nationale, ont accepté de patienter jusqu'à la fin du mois d'août. Et si le cours de l'oeuf n'a pas décollé d'ici là, on risque à nouveau la casse. 

 

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