Brittany ferries : la Bretagne et la Normandie au sauvetage

Tempête sociale, financière pour la première compagnie de transports maritimes française, la Brittany ferries ( BAI).

La BAI, c'est près de 3000 emplois en 2019, une dizaine de ferries, voyageurs et fret, exploités entre le Royaume Uni, la France et l'Espagne et un chiffre d'affaires de 469 millions d'euros. Les régions Bretagne et Normandie volent cette semaine à son secours en apportant une aide de 85 millions sur cinq ans.

Mais dans les faits il s'agit plutôt d'une sorte d'autofinancement puisque ces deux régions françaises et leurs départements sont en réalité les principaux actionnaires de la compagnie maritime et cela par le biais de sociétés d'économie mixte. En effet, une aide de 45 millions d’euros apportée par la région Normandie à la Brittany ferries a été votée en assemblée plénière lundi dernier. Le conseil régional de Bretagne devait lui emboîter le pas ce jeudi 15 octobre avec 40 millions. À elles deux, les régions Bretagne et Normandie soutiendront au total la compagnie à hauteur de 85 millions d’euros sur les cinq prochaines années. Comme beaucoup d'entreprises, sinon la plupart, la  Brittany ferries traverse la pire crise de son histoire avec le Covid, catastrophe à laquelle s'ajoutent les difficultés de circulation et de transport que provoquera le Brexit.

Mais il faut savoir que le conseil régional de Bretagne participe déjà au capital de la Bai par la société d'économie mixte Sabemen, propriétaire de plusieurs ferries de la compagnie. La Sabemen-Somabret est présidée aujourd'hui par le conseiller régional socialiste Gwenegan Bui qui à succédé en 2012 à Marylise Lebranchu, précédente dirigeante de la société d'économie mixte, à laquelle il a succédé à ce poste ainsi qu'à celui de député de la circonscription de Morlaix quand Marylise Lebranchu est entrée au gouvernement Ayrault.

Comme Ouest-France  le rappelait dans son édition du 20/01/ 2019,  soulignant que dans un rapport : "  La chambre régionale des comptes, une institution chargée du contrôle des comptes publics, explique que « la société d’économie mixte Sabemen créée en 1982 est détenue à 66 % par le conseil régional et les quatre départements bretons, et à 34 % par BF ; la SAS Somabret, créée en 2002, détenue à 75 % par la Sabemen et à 25 % par BF et la SNC Armorique, acquise en 2014, détenue à 99 % par la Somabret ».

La chambre régionale des comptes rappelait aussi que « la Somabret et la SNC Armorique possèdent, pour les avoir financés et acquis, ou reçu en transfert de la Sabemen, trois navires qui sont donnés en location ou sous-location à BF. Le financement et l’exploitation des navires sont optimisés par des mécanismes fiscaux (taxe au tonnage, crédit-bail fiscal) ».

Avec raison et prudence, dans son rapport, la chambre régionale des comptes " stipule aussi que « les modalités financières des conventions signées avec BF pour l’exploitation des navires garantissent une absence de déficit pour la Somabret et le port du risque d’exploitation par BF ». Cependant, l’environnement économique de la compagnie maritime n’est pas à l’abri de risques de dégradations ou d’incertitudes (cours du pétrole, Brexit, variations de l’attractivité touristique du territoire). Et la chambre se voulait rassurante. Aussi, « sur un plan strictement financier, les risques qui pèsent par ricochet sur les collectivités actionnaires de la Sabemen paraissent maîtrisés, compte tenu du niveau des capitaux propres et de la valeur nette comptable des navires », conclut la chambre régionale des comptes. "

Mais voilà, tout a changé en cette satanée année 2020. La situation sociale, économique, humaine, a radicalement modifié les paramètres. Rien n'est plus pareil, et pour longtemps probablement, 22 mois après la parution de cet article de OF du 20 janvier 2019. En ces temps-là, la chambre régionale des comptes tentait de rassurer et voyait donc l'avenir en rose. Mais tout a changé et partout, tant concernant la compagnie maritime BF que la vie et les activités de notre région Bretagne, de la région Normandie, comme celle de nombreux pays du monde.
Nous vivons dans l'incertitude et la crainte. Dans une impasse sans visibilité. C'est une situation jamais connue en Europe depuis les dernières guerres mondiales et c'est une sorte d'incertitude de l'avenir,  caractéristique d'une guerre. Pas la peine de faire un dessin : nous sommes tous dans le pétrin et l'incertain. 
En cette fin d'année 2020, tout est à réévaluer totalement sur la plupart des plans et choix de vie. Désormais les risques majeurs touchent la vie quotidienne, la survie, la santé,  l'emploi, l'économie. Compte tenu de la gravité et de l'incertitude de la situation, le couperet du Brexit s'ajoute  à la très lourde addition dans de nombreux domaines, avec les dégâts déjà considérables causés par la pandémie en cours. 

Et la question ne concerne pas qu'une compagnie maritime comme la BAI, mais quasiment tous les types d'activités aujourd'hui en péril. L'Etat et les collectivités territoriales ne pourront pas éternellement mettre la main au portefeuille qui est déjà vide pour tenter assurer la survie de tel ou tel secteur considérée comme essentielle, prioritaire alors que l'hôpital souffre pour sa survie et la nôtre. Ce qui se passe tragiquement au Vénézuela, au Chili notamment et dans bien d'autres pays autrefois prospères ne nous sera peut-être hélas pas épargné.  

 

Note : Marylise Lebranchu est née Perrault le 25 avril 1947 à Loudéac (Côtes-du-Nord). Membre du Parti socialiste, elle est maire de Morlaix de 1995 à 1997, députée à l'Assemblée nationale en 1997, secrétaire d'État à l'Économie entre 1997 et 2000 et garde des Sceaux et ministre de la Justice entre 2000 et 2002. Redevenue députée, elle est nommée en 2012 au gouvernement Ayrault,  ministre de la Réforme de l'État, de la Décentralisation et de la Fonction publique. Madame Lebranchu perd le 3 juin 2014 le portefeuille de la réforme de l'État au profit du secrétaire d'État Thierry Mandon.

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