LIBERTé : la presse bretonne au pied du mur

Le traitement de l'information et le parti-pris qui peut l'animer, sont généralement bien contrôlés quand sont en jeu de gros intérêts locaux. Ce qui ne manque pas d'interroger, voire d'interloquer un certain nombre de clients-lecteurs de la presse locale, d'observateurs, de citoyens.

Il est légitime de se méfier de la façon partisane dont sont parfois traitées par la presse locale certaines des " affaires " délicates en cours dans la région. Il y en a deux aujourd'hui en Bretagne. Elles ont un rapport avec l'économie locale et régionale. L'affaire CMB Arkéa concerne les salaires mirobolants des dirigeants du CMB, une banque mutualiste qui prétend faire sécession, et l'affaire du politique Ferrand mis en cause dans l'acquisition des locaux brestois loués aux Mutuelles de Bretagne dont il était le directeur.

On observe une prudence de Sioux de certains titres pour présenter, soit avec des pincettes, soit avec la cuiller du diable, les dérives choquantes de ces acteurs du monde politique et économique. L'exemple du traitement de l'affaire Denis-CMB, une banque dite mutualiste -( l'esprit mutualiste a l'esprit plus vaste que les statuts juridiques)- en est un exemple flagrant.  On voit la réticence dans la manière de présenter les choses. Suffit d'un peu de mémoire et d'esprit d'observation de l'actualité pour le constater.

Beaucoup de citoyens risquent de se lasser de ce qui peut passer pour une méthode de lissage des faits, voire de tour de passe-passe, une manoeuvre fondée sur une doxa idéologique imposée dans un environnement partagé. Pas étonnant dans ces conditions que des citoyens en prennent ombrage. Reste que dans ces colonnes, -colonnes de quoi ?- on trouve encore tout de même des professionnels libres et assez valeureux pour sauver la mise dans un tableau devenu particulièrement conventionnel sinon gris-gris. Fort heureusement,  il a quelques signatures qui surnagent et font encore respirer liberté de conscience et ouverture d'esprit.

On aimerait forcément relever et retrouver plus largement dans un journal d'information grand public, de fait un service public de droit privé, une éthique foncièrement respectueuse d'une information franche, sans arrière-plan, non téléguidée, donc sans inféodation quelconque.

L'information consistant, normalement, à relater les faits constatés, rien que... et d'abord. Et même d'aller les débusquer si nécessaire, pour dénoncer des abus, les expliquer et éventuellement les commenter. Mais sans vouloir imposer aux faits une couleur idéologique ou une doctrine officielle.

Ici, pour l'information ce n'est pas la Pravda ... Ni pour la morale le terrain de jeu de la restriction mentale. La technique plus que discutable que les jésuites autrefois mettaient en oeuvre pour tenter de s'affranchir des reproches et jugements éventuels... sur leur conduite déviante à la loi de leur dieu.  

Conclusion : la Bretagne est riche de deux quotidiens régionaux. Au fil des récentes décennies, leur contenu, leur conception de la liberté d'informer et leur lignes politiques ont varié. Parfois se sont améliorées, en fonction des époques et souvent des pressions sociales et sociétales. Et aussi par l'ouverture forcée ou consentie, selon les hommes et femmes se succédant aux responsabilités qui pouvaient changer leur vision du monde. A d'autres moments,  les journalistes des rédactions pouvaient se dissocier des motifs idéologiques, religieux ou des connivences et intérêts économiques de leur direction, dont certains membres enclins parfois à partager les intérêts de certains puissants de la saison. Les salariés libres et courageux payent parfois très cher la défense de la liberté et de la justice, dans l' entreprise de presse comme ailleurs.  

Enfin, les lecteurs bretons ont toujours le choix entre la ligne et l'idéologie portées par l'un et l'autre des deux quotidiens régionaux toujours en vie. Constatant simplement que les lignes rédactionnelles respectives ont été très variables au cours des décennies. 

L'intitulé du Télégramme de Brest, paru à la libération sous l'égide du Parti radical, fut longtemps : "Quotidien républicain du matin ", formule aujourd'hui passée aux oubliettes ". Quant à Ouest-France, le journal maintient à sa " Une " la belle et encourageante formule : "Justice et liberté". 

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