LA REPUBLIQUE EN DANGER

La peur de la défaite effraie des deux partis qui se passent le relais du témoin de la direction du pays depuis 20 ans.

Elle a rendu aboulique et absolument inefficace la tentative de gestion du pays sur le plan social et économique.

Cette défaite de la gouvernance liée à une impuissance structurelle à rétablir l'égalité et la justice, est un mal grave. Il augure d'une rupture identitaire annoncée,  -(élections régionales ou présidentielle ou pas)- à la moindre étincelle sociale ou drame.  

Cette impuissance neutralise tout courage et toute initiative de nature à guérir un pays socialement à bout de souffle. A qui la responsabilité de cet abandon de la cohésion sociale nationale que seule semble pouvoir ranimer, et très furtivement, un drame comme celui du 11 janvier dernier ?    

La raison de cette situation inextricable est évidente, c'est évidemment le chômage de masse, structurel et inexorablement croissant.

Et la conséquence directe, c'est naturellement la montée de l'insécurité sociale et la précarité qui s'étend depuis maintenant une dizaine d'années. La fracture sociale est entrée dans le pays et dans de nombreuses situations de fragilité.  Elle se manifeste d'abord par la précarité de générations entières, de jeunes adultes à qui est interdite l'activité professionnelle, comme à des adultes plus âgés chassés prématurément du marché du travail, avant même d'envisager une retraite de plus en plus incertaine. A quel âge d'ailleurs la retraite et à quelles conditions pour ceux qui espèrent encore ? Aucune garantie pour personne. 

L'urgence est provoquée par l'incendie qui couve et se répand dans le pays. La hausse dramatique et sans fin du chômage, pour la majorité politique sur un siège éjectable,  le 49-3 tient lieu de dispositif d'urgence d'un pays en perdition. Disons qu'il s'agit d'une de bouée de sauvetage ficelée à la sauce libérale et jetée dans la mélasse de l'exclusion. Qui y croit ? Quelques patrons, peut-être, qui espèrent tirer profit du système car certains ont déjà beaucoup reçu de la manne publique, mais le million d'emplois créés affiché sur la veste de Gattaz, que nada de chez nada ! 

Peut-on éviter le pire au pays, et avec quelles solutions ? Cette usine à gaz libérale du meilleur dogme est extraite du néant au forceps du 49-3 devant une représentation nationale bafouée dans sa représentativé démocratique et pour la deuxième fois déjà en trois mois. Le fameux coup d'Etat permanent que Mitterrand reprochait à De Gaulle revient à toute berzingue avec le socialo-hollandisme pour lequel aucun d'entre nous n'a voté.     

Le fourre-tout qui porte le nom de Macron manque totalement d'imagination économique et de créativité sociale pour mobiliser le pays. Il met en musique les vieilles ficelles d'une féodalité datant des maîtres de forges, mais qui eux au moins savaient produire de la richesse et de l'emploi.  

Il y a fort à parier que le dispositif de crise mis en application ne suffira pas à provoquer des résultats substantiels de nature à améliorer le nombre d'emplois et les conditions d'emploi de salariés à contrats précaires. Et le gouvernement Vals tente même, au passage,  d'introduire quelques dispositifs scélérats sur le Droit du travail.

Ni les salariés, ni les chercheurs d'emploi, traités a priori comme de futurs travailleurs jetabes ne peuvent rien espérer de bon de ce coup de force social.   

L'impuissance des dirigeants du pays à améliorer la situation se double d'une ignorance absolue de la condition sociale réelle des gens en difficulté de la France profonde,  des villes comme des campagnes. Des difficultés quotidiennes et de la vie ordinaire, que savent-ils vraiment les membres de la caste politique, menant train de vie de seigneurs avec l'argent public, comme pour aller au match ?  Pour ne pas parler des indélicatesses à caractère financier qui disqualifient totalement certains d'entre eux dont les noms s'égrène sans cesse, comme le chapelet d'offenses à la démocratie.

C'est pour cela que les citoyens de plus en plus nombreux considèrent un grand nombre des politiques,  -qu'ils soient élus ou désignés par le fait du prince-, comme de moins en moins légitimes à leurs yeux. Non représentatifs du peuple, et de surcroît inaptes, par calcul ou impuissance, à défendre l'intérêt général.  Ainsi le prouve l'abstention massive de nombreux citoyens aux élections. Le 49-3 ne va pas donc améliorer la crédibilité d'une classe politique largement désavouée. Et son passage en force constitue le désaveu magistral du choix des électeurs puisque leurs représentants eux-mêmes sont par cette manoeuvre dévalorisés par leur gouvernement.   

Ce coup de Jarnac constitutionnel, fleuron antilégislatif de la Constitution de la Ve République de 1958 taillée sur mesure pour De Gaulle est désormais le symbole de l'impuissance d'un pouvoir et de son président aux abois qui piétine non seulement son programme social mais aussi la morale qu'il avait prétendu défendre.  

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