LA REVOLTE VIENT DE LOIN

LA REVOLTE VIENT DE LOIN

Ce qui se joue aujourd'hui en France, c'est l'avenir, celui des salariés de plus en plus précarisés, celui des jeunes pas encore salariés et déjà menacés par le chômage. L'avenir est en danger. C'est ce qui mobilise largement au-delà des mots d'ordre.

Le cercle du pouvoir est considéré comme le promoteur, le porte-parole d'une caste de privilégiés qui affaiblit le pays. Sa politique enfonce les plus fragiles, les plus désemparés, et il n'y a pas de tabou à la pratique du mensonge, de la dissimulation, (affaire Woerth, financement contesté de la campagne Balladur, Sarkozy étant le trésorier de campagne, etc.).

Le pouvoir veille sur les media publics et nomme, fait pression sur les groupes privés, à l'occasion, quand il s'agit des obligés (Lagardère, Bolloré, Bouygues...). Il canalise le cours de la justice, de préférence pour tenter de freiner ses investigations dangereuses pour lui.

Ses orientations politiques favorisent l'exaspération, l'intolérance et accroissent la précarité et l'ostracisme.

Le pays dans sa majorité, -et même parfois ceux qui ont voté pour lui se disent gênés aujourd'hui, voire scandalisés par les pratiques du pouvoir qui ont cours (Roms, bouclier fiscal ...)- Les citoyens sont las de la désinvolture et, dans certains cas, de l'indignité d'une politique qui provoque pour beaucoup de Français des effets dévastateurs. Les Français se sentent blessés aussi par des méthodes qui dégradent l'image et la dignité de la République dont la devise reste Liberté, Egalité, Fraternité. Dans les conversations, Sarkozy rime de plus en plus avec Berlusconi.

La vie pèse de plus en plus dur sur les plus affaiblis. Et ils sont de plus en plus nombreux. Des jeunes, des sans-emplois, des travailleurs pauvres et/ou à temps partiel subi, des personnes âgées, vivant autour du seuil de pauvreté ou au-dessous. Tous tributaires de minima sociaux ou de l'action caritative pour subsister. Combien de pauvres en France ? Entre 4,3 et 7,8 millions en 2008, peut-être plus aujourd'hui. Ce qui commence à faire beaucoup.

La refonte nécessaire du système des retraites exige a minima un rééquilibrage sur des fondements de justice et de démocratie, et des critères indiscutables, reconnus, et négociés entre les partenaires dits sociaux. Ce n'est pas le cas. Une majorité de Français ne le supportent plus. Les parlementaires eux-mêmes commencent à se préoccuper sérieusement d'amender le régime en or de leurs pensions. Le bouclier fiscal, la stigmatisation de l'autre, la chasse aux sans-papier et aux Roms, est le triste bilan de l'action gouvernementale en trois ans.

Le pays ne supportera pas deux ans de plus les leçons de morale des coquins et des tartuffes. Il ne supportera pas longtemps les marques de mépris et la morgue d'une minorité qui se coopte, s'enrichit entre soi, tandis que le pays s'enfonce.

Les tenants de cette ligne politique seraient inspirés de se mettre en mémoire, et même d'y réfléchir, la leçon d'un grand témoin et acteur du siècle passé, Charles Tillon.

Ce combattant de la Grande Guerre et mutin, ce militant syndical CGT-U, ce ministre du Général de Gaulle à la Libération, ce communiste exclus du PCF en 1970, a intitulé le récit de son itinéraire personnel et politique d'une évidence de brûlante actualité : " La révolte vient de loin..." On serait tenté de suggérer : "A bon entendeur".

Michel Kerninon

 

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