CE QUE L'AFFAIRE FERRAND DIT DU TRAITEMENT DE L'INFORMATION

Ce que le traitement de l'affaire Ferrand nous dit de la prudence et de la frilosité de certains organes de presse donne à réfléchir sur la liberté d'informer et le devoir d'information, sans lesquels la démocratie est en danger.

L'affaire Ferrand est le x ième et dernier exemple en date où la presse quotidienne régionale, comme une partie de la presse nationale, notamment l'Agence France Presse (AFP) en tête, ont laissé assez lâchement le soin au Canard enchaîné, à Médiapart et au Monde de commencer le boulot d'investigation et d'assurer le devoir d'information. Quitte pour les locaux comme pour l'AFP à raccrocher ensuite leurs propres wagons au train en marche de l'info délicate qui commence à faire les titres de l'information, d'abord sans leur contribution 

Ces journaux ou agences sont ainsi contraints, en dehors d'un zèle excessif, et d'abord pour ne pas être objet d'un jugement sévère de complaisance de la part de leurs clients-lecteurs,  de faire un service minimum sur l'info. Une information non négligeable qui commence en effet à gagner le haut du tableau de l'info, mais sans eux. Gênant, donc, si cela devait durer sans se dégonfler.  

Jusqu'où peut aller la protection passive d'Emmanuel Macron, nouveau président,  et d'un membre éminent de sa garde rapprochée, Richard Ferrand, sans que cela devienne forcément un peu louche?  Donc, allons-y, mais avec de longues pincettes. 

Donc aucune surprise :  le retard à l'allumage est consenti. L'un des impératifs prioritaires étant de se ménager le nouveau pouvoir en place, certes composite mais qui ouvre des perspectives intéressantes. Et que ceux-ci soient politiques ou économiques, les " partenaires" de la presse sont souvent associés dans des opérations communes, promotionnelles, voire directement associés à la production de l'information et au fonctionnement des entreprises de presse transformées en support de communication ... Ce n'est pas nouveau mais ça ne passe plus.  

D'où l'intérêt qu'il y ait dans chaque entreprise de presse une Société de journalistes, véritable, digne de ce nom, et évidemment non téléguidée par la direction, ni compromise avec ou par elle. Une société de liberté rassemblant si possible une majorité de journalistes libres dont l'objectif principal doit être de mettre en cause, si besoin,  l'attitude de la hiérarchie et de la direction quand celles-ci font passer d'autres intérêts en lieu et place du devoir d'information et d'investigation. Et les exemples sont multiples et fréquents, sans même parler de l'auto-censure devenue une deuxième nature pour certains journalistes. 

L'affaire Ferrand a finalement été un bon test pour comprendre le comportement des quotidiens bretons comme de l''AFP. Le test de leur crédibilité et de leur volonté réelle d'informer librement ou mollement. Mais au bout de quelques jours, on ne pouvait plus passer sous silence cette affaire douteuse dont un des principaux acteurs est macroniste. Compte tenu de  l'amplification donnée au comportement douteux du député breton sur la plupart des médias, il n'était plus tenable de continuer à jouer la passivité et un service minimum.

De fait, la libération de l'information est vraiment intervenue quand la justice " brestoise " prise de court, ou jusque là a minima passive ou bienveillante,  a souhaité, ou a été contrainte, de  fourrer son nez dans cette affaire atypique. Celle de l'achat d'un immeuble brestois (pour environ 420 000 euros sur un prêt du Crédit agricole du Finistère) par la compagne de l'homme politique carhaisien. Cet immeuble étant opportunément et rapidement " loué " aux Mutuelles de Bretagne, -peut-être même d'ailleurs avant la signature de l'acte de vente dont la promesse de vente est signée par Ferrand-en faveur de la compagne dudit Richard Ferrand.

Cet immeuble brestois, loué pour abriter un centre de soins des Mutuelles, est alors coûteusement aménagé et rénové aux frais ( autour de 200 000 euros) de la mutuelle locataire des locaux dont Ferrand n'est alors ni plus ni moins que le directeur général. Et dont il est resté d'ailleurs un "conseiller" appointé jusqu'au début de cette année 2017. Vous avez dit bizarre ? 

Et depuis?  Ferrand  a été réélu député dimanche. Et il a quitté lundi, peut-être à l'insu de son propre plein gré, le poste de ministre où l'avait nommé le nouveau président.

Le nouveau député, bénéficiant désormais de l'immunité parlementaire, vise l'objectif de prendre  dès mardi prochain la tête de la nouvelle troupe des quelque 306 députés macroniens, novices en formation ce week-end à Paris. Comme président du groupe majoritaire à l'Assemblée.   Pour soutenir la politique de son mentor et l'aider.  Et la justice poursuit ses investigations. On attend la suite. 

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