CONTRE LA TORTURE EN ALGERIE : L'HONNEUR DES RESISTANTS

Des hommes et des femmes ont souffert, ont été torturés, sont morts en Algérie parce qu'ils refusaient la barbarie. Ils ont été l'honneur de la France et de la conscience. Il ne faut pas les oublier. Et les survivants ne réclament pas de commémoration.

 

Jacques Pâris de Bollardière, né le 16 décembre 1907 à Chateaubriant (44), est mort à Guidel (56) en 1986. Officier de la Légion et ancien résistant dans les Forces françaises libres, et après cinq ans de guerre en Indochine, il est nommé au commandement de deux brigades de rappelés dans l'Atlas algérien, près de Blida, en 1957. En décembre, il est nommé général de brigade, devenant ainsi le plus jeune général de l’armée française.

Dans ce secteur de l'Atlas, Bollardière met tout en œuvre pour rétablir la confiance avec la population, jusqu’au début de la bataille d’Alger en janvier 1957. Il se déclare alors en désaccord total avec la stratégie gouvernementale de la IVe République et absolument hostile à tout emploi de la torture, que beaucoup de politiques et de militaires couvrent.

Bollardière demande à être relevé de son commandement et rentre en France. Il y soutient publiquement son ancien subordonné, sous-lieutenant en Algérie, le journaliste et directeur de l’Express, Jean-Jacques Servan-Schreiber, que ses articles ont conduit à être inculpé pour atteinte au moral de l’armée. Jacques de Bollardière lui-même écope de 60 jours d’arrêt de forteresse. Il démissionne de l'armée en 1961, au moment du putsch des généraux à Alger.

On peut se référer à son témoignage dans l'ouvrage "Bataille d'Alger, Bataille de l'Homme", Desclée de Brouwer, Paris-Bruges 1972

Dans les années 1960, de retour à la vie civile, Jacques de Bollardière s'exprime par son action de militant non-violent et anti-nucléaire. A ce sujet, on pourra retrouver un autre témoignage sur son action dans "La Guerre et le Désarmement", Robert Laffont, Paris 1976

Mais Bollardière n'est pas le seul à avoir activement dénoncé la torture. En 1957, paraît "Pour Djamila Bouhired" de Georges Arnaud et Jacques Vergès qui dénoncent les tortures des militaires français.

Arrêtée pour actes terroristes, la jeune Algérienne Djamila Bouhired , officier de liaison du Front de Libération Nationale, est torturée et condamnée à mort. Grâciée, elle deviendra l'épouse de l'avocat Jacques Vergès.

Toujours en cette année 1957, le témoignage de l'ethnologue Germaine Tillion, grande spécialiste de l'Algérie et de ses populations, publie "L'Algérie en 1957". C'est un tonitruant cri d'alarme sur ce qu'elle juge être la perte des valeurs de la France dans cette guerre coloniale.

Enfin, paraissent coup sur coup, en 1958, "La Question" de Henri Alleg, journaliste juif franco-algérien membre du Parti communiste algérien, torturé en 1957, pendant plusieurs semaines -( Alleg fut néanmoins interdit de séjour par le régime algérien à l'indépendance)-et "L'Affaire Audin" de l'historien Pierre Vidal-Naquet. Maurice Audin, membre des étudiants communistes algériens, était un ami d'Alleg, il fut arrêté la veille à son domicile et torturé jusqu'à la mort.

Ces ouvrages ont tous été publiés par les Editions de Minuit, créées clandestinement par des résistants pendant l'occupation nazie.

La Question a été interdite par le gouvernement français à sa parution. Réédité 15 jours plus tard en Suisse, le livre a rapidement été distribuée à 150000 exemplaires, en France. Clandestinement.

 

MICHEL KERNINON

 

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