OUEST-FRANCE : FLUCTUAT NEC MERGITUR

OUEST-FRANCE : FLUCTUAT NEC MERGITUR
Dans un communiqué adressé à la presse, le syndicat des journalistes SNJ de Ouest-France s'inquiète vivement de la dérive droitière accentuée du quotidien qui les emploie. Voici le message d'un journaliste retraité à l'intention des courageux journalistes du quotidien de France le plus diffusé et qui ne sont pas satisfait de la tonalité de leur journal et des injections partisanes qui leur sont imposées dans la conduite de leur travail d'informateur.

Lecteur de Ouest-France (et de quelques autres nationaux et régionaux), je souhaite apporter un point de vue sur le contenu du quotidien français le plus diffusé et dont les journalistes du SNJ dénoncent aujourd'hui "la ligne idéologique à sens unique".
En effet, on peut constater que le contenu et la tonalité du journal O-F sont actuellement assez univoques. Ils se sont singulièrement affadis et normalisés, à nouveau, ces dernières années.
Mais il y a eu aussi, depuis 40 ans, plusieurs séquences de quelques années laissant entrevoir dans les colonnes d'O-F une certaine ouverture d'esprit et un intérêt concret pour les personnes et les événements.
Cette attitude, apparemment proscrite aujourd'hui, était d'ailleurs déjà assez éloignée de professions de foi, de déclarations péremptoires gravées dans le marbre, qu'affichaient régulièrement les billets et les commentaires de première page.
Attestant avec constance, et tour à tour, de l'invariant de la bonne et de la mauvaise conscience des hiérarques du quotidien rennais.
Compte tenu de mon âge, ma longue observation du contenu de ce quotidien, (qui comme on le sait est issu de la démocratie chrétienne, le MRP à l'origine puis affichant ensuite son centrisme à la Méhaignerie and Co) m'a donc permis d'observer les variations de température sur la question sociale et politique.

Du centre-droit au centre-gauche

Le quotidien a donc fluctué, un tant soit peu, au gré des régimes et probablement de la personnalité de certains journalistes.
Ceux qui, moins convenus ou moins alignés que ceux de la majorité d'idée, ont su contourner, courageusement mais momentanément, l'idéologie dominante imposée par la hiérarchie.
De toute façon, celle-ci n'a jamais varié que du centre-droit au centre-gauche depuis la Libération. Jamais au-delà. Actuellement, le coup de barre est indiscutablement donné à droite, tant dans les éditoriaux que dans la majorité des tribunes venues de l'extérieur.
Le communiqué du SNJ relève cela avec regret et une certaine naïveté. Il dénonce aussi à peine en filigrane le parti-pris constant très centriste de la direction et les consignes de modération données en permanence sans doute à mots plus ou moins couverts.
Évidemment, ces consignes concernent prioritairement le traitement des événements sociaux, indiscutablement les plus explosifs dans l'actualité des mois décisifs que nous vivons.

Manifestations : " restreindre la couverture"

Ce sont des consignes aussi limpides que comminatoires sur le traitement des manifestations et grèves, je les reprends : "restreindre la couverture" et mettre l'accent sur les "perturbations".
Celles-ci causent en effet du tracas aux citoyens que nous sommes tous, y compris les manifestants et néanmoins lecteurs peut-être de Ouest-France. Aussi évident que démagogique.
Cette orientation qui se veut de bon sens est en fait purement droitière et totalement idéologique. Approche extrêmement prudente qui se manifeste généralement par un grand conformisme et un manque d'imagination dans l'ensemble du journal.
Mais la caractéristique d'un pouvoir en place n'est-elle pas de durer dans son essence, de défendre le statu quo et de maintenir les féodalités et les féaux ?
Cyniquement, on vous dira que les journalistes n'ont qu'à s'aligner ou se démettre. Comme s'ils avaient le choix, dans un monde professionnel où le CDI à répétition et la pige sont devenus la règle pour la plupart des jeunes journalistes.

Statut de la presse : le "courage fuyons" du PS

Mais ne blanchissons pas non plus la gauche dite de gouvernement.
Le Programme commun de la gauche, en 1981, n'a jamais osé donner aux journalistes le pouvoir rédactionnel qu'ils réclamaient, notamment par la reconnaissance effective de sociétés de rédacteurs au sein des entreprises.
Mitterrand avait trop d'amis dans la place, Gaston Deferre en particulier, son ministre de l'Intérieur, patron de presse lui-même à Marseille. Il veilla au grain pour empêcher l'évolution du statut de la presse et du rôle des journalistes.
Les journalistes n'ont donc pas fini de payer le manque de courage du PS d'alors et sans doute d'aujourd'hui. Alors, la solution n'est pas au niveau de la mobilisation d'un syndicat de journalistes ou à l'échelle d'un titre quelconque, fût-il le plus gros employeur de la presse écrite en France. La solution est politique.
Pas de doute, Ouest-France est actuellement dans une phase droitière de son histoire. Attendez camarades. Le fléau de la balance revient inévitablement de l'autre côté. La prochaine fois ce sera au centre-gauche pour Ouest-France. Probablement comme pour la France.
Si les lecteurs, les journalistes de Ouest-France et les électeurs de France ont la patience d'attendre le retour du centre-gauche et de s'en satisfaire.
Michel Kerninon

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