PRESSE ET INFORMATION SOUS INFLUENCE

L'opinion n'est pas tendre à l'égard des medias dominants. Ceux qui, malheureusement, pour la liberté d'expression et la liberté d'informer ne font pas l'objet de concurrence, et encore moins ne font qu'exceptionnellement preuve d'esprit critique par rapport aux pouvoirs, notamment politique et économique.

Il faut bien reconnaître qu'une orientation, pour ne pas dire inféodation, transparaît dans le contenu de beaucoup de journaux où la politique du réseau et des intérêts partagés dictent la ligne éditoriale. Cela s'ajoutant à l'esprit de subordination (que favorise le chômage de masse) d'un certain nombre de journalistes. Au détriment du souci d'investigation et de la recherche et la publication d'une information dénuée de parti-pris.

C'est ce qui explique sans doute, au moins pour partie ( même s'il y a d'autres causes), une baisse permanente du lectorat de nombreux titres. Et explique probablement, même s'il ne constitue pas une alternative numériquement (je veux dire en nombre) totalement équilibrante, le succès du Canard, de Médiapart, du Monde (malgré ses puissants actionnaires économiques... et de quelques autres moyens d'information pratiquant l'investigation permanente.

Ceux-là essaient d'être idéologiquement et économiquement sans préjugés excessifs, ni être asservis exagérément au courant dominant de la doxa économiste qui tient lieu de pensée (courte) et de finalité (forcément à vue limitée) à la classe dominante actuelle.
Ce qui est en cause, c'est d'abord le rôle ambigu, l'exercice contestable de la plupart des éditorialistes et commentateurs patentés de beaucoup de quotidiens en particulier régionaux. Ces "obligés", distributeurs de bonnes paroles, sermonneurs patentés, servent ceux qui possèdent le journal, ou en sont actionnaires, voire majoritaires. Ils ont donc des motifs forcément intellectuellement louches, de vouloir influencer l'opinion et la clientèle.
Maintenant, ne nous masquons pas la totalité des problèmes sociaux et humains que pose l'information sélective ou partielle ou partiale diffusée dans la presse.

Des difficultés d'indépendance, de penser et d'exercice critique se posent aujourd'hui à beaucoup de journalistes,  dont certains, beaucoup trop,  ont des contrats de travail et un statut précaires... Cette situation peu statutaire au regard des conventions professionnelles et de la loi, les astreint à la prudence s'ils veulent conserver l'emploi... Et le pli de la réflexion sous influence peut-être rapidement pris, même assez inconsciemment, car l'habitude devient assez facilement une deuxième nature qui efface plus ou moins discrètement la première. En effet la doxa libérale est presque partout devenue le dogme officiel auquel tous sont priés de se soumettre, sinon c'est la porte.... 

Et ce dogme s'applique dans la majorité des grands titres. Puisque la plus grande partie des entreprises de presse appartiennent aujourd'hui à des financiers et des industriels (Ebra-Crédit mutuel, Lagardère, Bolloré, Drahi, Arnaud, Pinault, Bouygues, Niel, Dassault....d'autres ). Et l'affaiblissement ou la disparition des Sociétés de rédacteurs et des syndicats, jusque là très présents au sein de beaucoup de titres, a très visiblement fait baisser l'esprit de vigilance de beaucoup de rédactions et de beaucoup de journalistes, même prolétarisés.

Et le vide laissé par un esprit critique nécessaire dans le domaine de l'information et de son traitement, ouvre la voie à la caporalisation de beaucoup de rédactions. Laissant donc le champ libre aux actionnaires et dirigeants. Pas toujours intellectuellement libres, en tout cas pas au point de faire passer d'abord l'intérêt de l'information avant leurs intérêts économiques et personnels.  Cela constitue une menace sérieuse et grandissante pour la crédibilité de l'information qui est publiée par certains titres d'information dite générale. 

En conséquence, cette situation qui se développe, favorise, installe même, des dérives doctrinales. Pas seulement dans les domaines économiques, sociaux ou politiques. Mais très globalement et dangereusement sur les plans sociétal, éthique et philosophique. Là se situe certainement le danger qui menace la liberté d'informer et l'esprit républicain dans notre pays. Et donc à terme la liberté dans son ensemble. 

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