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Billet de blog 1 juin 2016

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L’engrenage de la violence veut piéger le mouvement social (3)

La violence basique est évidemment sociale. Dans les premières manifs, la police était utilisée à encadrer, dévier, bloquer le cortège...Cela énervait les manifestants. Puis la police a été chargée de fractionner la manif, gazer, blesser du monde. L'engrenage se mettait en place. Défi qui induit une hiérarchie de la force au sein même du mouvement, l'empêche de s'inventer, dévie sa trajectoire.

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La violence basique est évidemment sociale : délocalisations massives des emplois, précarisation toujours aggravée, abus de position dominante, discriminations, augmentation des agressions sexistes, etc…

Dans les premières manifs, la police était utilisée à encadrer, dévier le cortège en se plaçant au contact, bloquait son avancée. Mais devait laissait passer les groupes « de casseurs ». Tactique qui énervait les manifestants dont certains prenaient à partie les policiers du barrage ou ceux en civil infiltrés dans le cortège. Puis la police a été chargée de fractionner la manif, gazer, blesser du monde.

Chez les manifestants, le mépris subi induit de la colère, de l’indignation devant la gravité des blessures. Et en tout cas la volonté sur le moment de faire face, parce que la cause est juste. Et revenir pour affirmer le droit de manifester, affirmer que l’espace public est libre.

Plus nombreux ont été « les casseurs » souvent simples manifestants exaspérés par la conduite  de la police. « Casseurs » admis comme étant des leurs par les simples manifestants, 

Alors la brutalité policière a été plus large et plus dure avec usage de plus en plus flréquent de grenades de désencerclement, gazage massif de la foule, jets de produits dans les visages. Même des secouristes ont été frappés. manifestants bloqués au moment de la dispersion et frappée à la matraque : Ce n’est plus du "maintien de l’ordre", mais de la punition corporelle collective. Punir de s'être opposé. C’est hors droit de notre république. La loi qui pérennise l’état d’urgence a eu un passager clandestin : un amendement qui instaure la « légitime défense » permanente pour les policiers, déjà assermentés. Les tribunaux vont être embarrassés par des dossiers vides accusant des manifestants dont on aura éliminé ceux des accusés au hasard, qui avaient un alibi. En garde à vue ou à l'hôpital, chacun devra trouver les preuves qui l'innocentent.

Les vitrines brisées, une voiture en train de brûler, font des images télé fortes, et un support efficace pour les commentateurs qui vont dénigrer le mouvement réduit à cela, montrer des policiers calmes, protecteurs, l’un d’eux évacué par ses collègues... Il sera question de centaines de blessés… parmi les policiers.  Et c’est l’image inquiétante qu’auront du mouvement des millions de téléspectateurs dans le pays, mais aussi à l’extérieur, qui n'auront pas vu comment cela s'est passé réellement.

Au sein du mouvement, les violences policières injustifiées occupent les esprits, empêchent de chercher comment mettre en échec cette propagande mensongère qui permet à la droite sénatoriale d’afficher un durcissement « décomplexé » de la loi Travail. Défi insupportable, qui permettra au PS d’apparaître finalement « modéré » !

Les violences policières empêchent d’inventer la suite du mouvement qui devrait pleinement intégrer le mouvement des intermittents dont la réflexion est très riche et éclairante sur la société maltraitée par les réformes. Empêchent de découvrir les effets de la loi Santé que le monde hospitalier à nouveau se met à combattre. Empêchent d’approcher d’autres luttes qui hésitent à rallier le mouvement.

Les violences policières empêchent de penser comment le mouvement doit s’y prendre pour renforcer son autonomie, brouille sa capacité de se penser, quand des organisations très structurées comme les syndicats font sentir leur poids, et le poids de leurs dirigeants très professionnels.

Les violences policières transforment en révoltés des gens pacifique et motivés,  créent dans le mouvement une hiérarchie de la force, du « courage », de l’agressivité et de l’endurance. Les tactiques de guérilla prennent plus d’importance.

Au total l’emploi politique de la violence policière vise à dévier un mouvement au départ imposant, mû par une intelligence collective, capable de se penser, et légitimé par son calme de plus en plus puissant, clair sur ses objectifs.

La question de comment résister à l’engrenage et contrer la propagande adverse est posée.

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