Racisme : Zemmour, R.Camus &Co n’inventent rien. Ils recyclent A.Siegfried.

Honoré comme scientifique de premier plan, André Siegfried a employé sa carrière, sur tous les continents assisté de générations d’étudiants, à étayer l’existence de races et leur hiérarchisation, et déjà la peur du grand remplacement. Sans y parvenir. Il a imprégné durablement la mentalité de notre société qui fut prête à accueillir le nazisme triomphant. Z. et R.C. réchauffent une vieille soupe

André Siegfried fut un personnage honoré, de grande notoriété, très influent sur notre société et ses institutions, théoricien du racisme dont la pensée d'extrême-droite devenue embarrassante. Il a été gommé depuis que la Shoah, la collaboration et les crimes coloniaux ont été révélés au grand public. D'où l'importance de faire connaître le travail de Carole Reynaud Paligot publié en 2005 dans la revue Société et Représentations n°2. Puis dans la revue universitaire Cairn info.Lire ici. J'en reproduis ici des extraits. On voit que ce regard sur les colonisés est encore pesant. C'est le terreau de la propagande de droite et extrême-droite actuelle.  Michel-Lyon.

Mais qui était André Siegfried (1875-1959)

Dès les lendemains du premier conflit mondial, l’idée que les civilisations sont mortelles et que la civilisation occidentale est sur la voie du déclin est très présente dans les écrits des intellectuels européens de Paul Valéry (que Siegfried cite volontiers) à l’Allemand Oswald Spengler en passant par l’Américain Lothrop Stoddard à qui Siegfried emprunte l’expression de « flot montant des peuples de couleur ». La similitude est grande entre les ouvrages de Maurice Muret (Le Crépuscule des nations blanches), de Stoddard et ceux de Siegfried : hérédité et hiérarchie raciale, peur du déclin de la civilisation occidentale face au réveil des peuples de couleur.

(…) À cela s’ajoute une culture coloniale, acquise pendant son enfance, et qui se traduit par une profonde admiration pour les héros de la colonisation, pour ces « fondateurs d’Empire » – Léopold II, ce « politique génial », le « grand Cécil Rhodes » –, pour ces « noms prestigieux devenus légendaires » qui « remplissaient chaque jour, au temps de [sa] jeunesse, les colonnes des journaux », Kruger, Botha, Cécil Rhodes, Jameson et les commandos boers.

Enseignant à l’École libre des sciences politiques puis à l’Institut d’études politiques (1910-1955), à l’ENA (dès sa création en 1945) ainsi qu’au Collège de France (1933-1946). Issu d’une famille de la grande bourgeoisie protestante du Havre. André Siegfried connaît une jeunesse consacrée aux études, aux voyages, aux mondanités. Après le lycée Condorcet et deux licences en Lettres et Droit, André tente, sans succès, une carrière politique. Titulaire d’un doctorat ès lettres (1904), il accepte la chaire de politique économique de l’Angleterre à l’École libre des sciences politiques. Les succès éditoriaux sont au rendez-vous dès les années vingt : L’Angleterre aujourd’hui en 1924, puis Les États-Unis aujourd’hui en 1927, connaissent douze éditions, le second est traduit en plusieurs langues et connaît un grand succès aux États-Unis. Au total, c’est près de cent mille volumes vendus durant l’entre-deux-guerres. À partir de 1934, il collabore au Figaro et fournit des articles qui seront ensuite réunis en volume. La même année, les portes du Collège de France s’ouvrent. Deux ans plus tôt, Siegfried avait intégré l’Académie des sciences morales et politiques. Membre du conseil National de Vichy (Wikipédia) En 1944, c’est au tour de l’Académie française de l’accueillir. La reconnaissance académique s’accompagne fort bien de la reconnaissance institutionnelle de la nouvelle science politique. En 1945, il est élu président de la Fondation nationale des sciences politiques, puis en 1949, président de l’Association française de science politique. En 1951, il préside le comité de rédaction de la Revue française de science politique, trois présidences qu’il assumera jusqu’à son décès en 1959. Il est également membre du Conseil d’administration de l’ENA, du Conseil constitutionnel en 1955, et de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye en 1957.

Quelques aspects de son travail « scientifique »

« Socialement, collectivement, énonce Siegfried à ses étudiants de l’IEP de Paris au début des années 50, la race noire reste inférieure et, comme niveau racial, le meilleur des Noirs reste au-dessous du moins bon des Blancs ». Car, pour Siegfried, « la civilisation est acquise collectivement par les siècles, transmise de génération en génération, et […] les ascensions individuelles de noirs éventuellement remarquables ne doivent pas nous tromper». L’affirmation selon laquelle les exemples d’ascension individuelle ne prouvent en rien la capacité de la race noire à s’élever dans l’échelle des civilisations est ancienne, déjà présente dans les écrits de l’anthropologie raciale de la fin du siècle précédent.( ..) Le fondement en est la maîtrise, vraiment généralisée chez nous, du raisonnement à la grecque […]. L’évocation de l’agilité des noirs, de la rapidité de leurs réflexes, de l’acuité de leurs sens, restés plus « jeunes » et « plus proches de la nature », allusions directes à leur animalité ainsi qu’à leur primitivisme, rappelle également les beaux temps de la raciologie...

(...) Siegfried, préoccupé par l’évolution de l’économie mondiale, par la place et le rôle des races au sein des sociétés industrielles, s’intéresse aux capacités d’adaptation des différentes races. Le rôle de la race noire dans la production mondiale ne peut être qu’un rôle d’appoint, dit-il. Car si le noir peut, sous la direction de la race blanche, être un bon ouvrier, éventuellement un bon contremaître, il ne saurait être un dirigeant, ne pourrait remplacer le blanc dans la direction des entreprises, car il lui manque le « sens de l’organisation », le « sens du management ». Siegfried expose cette vision de la race noire tant dans des articles, conférences, ouvrages qu’à ses étudiants de l’Institut d’études politiques de Paris dans les années Vingt et jusqu’aux années Cinquante.

(...) En France, écrit Siegfried, « les Latins s’adaptent avec plus d’aisance tandis que les Slaves et surtout les Nord-Africains sont de digestion malaisée ». La capacité d’assimilation des immigrants en fonction de leur origine ethnique a des fondements biologiques et les arguments font écho aux théories des anthropologues du siècle dernier. À propos de l’Australie, Siegfried évoque le « péril physique et moral qui résulte presque toujours du contact de deux races trop différentes pour se fondre », « l’amalgamation n’est possible qu’entre individus de races très voisines...

(…) Derrière la question du métissage se profile la question de l’immigration, une préoccupation ancienne et durable chez Siegfried. Dès 1904, il évoque la question de l’immigration chinoise en Nouvelle-Zélande, puis, à partir des années Vingt, il consacre de nombreuses pages au problème de l’assimilation des noirs aux États-Unis, puis à la place des noirs et des Indiens en Amérique et en Afrique du Sud. …

Le thème du déclin de la race blanche menacée par les races de couleur n’a rien d’original dans l’entre-deux-guerres.

(…) Continuer à brimer les indigènes, c’est la révolte qui se profile à l’horizon, un « soulèvement à la Spartakus », « poussé par Moscou ». Si la population noire, encore peu évoluée, comme dans les colonies belges, accepte son infériorité, la « solution paternaliste » s’impose...

(…) Du début du siècle jusqu’à ses derniers écrits, l’œuvre de Siegfried se fait ainsi encore largement l’écho des thématiques traditionnelles de la pensée raciale fin de siècle : psychologie des peuples, hérédité raciale, idée de hiérarchie et d’inégalité des races, scepticisme face à l’éducation des races de couleur, lenteur de l’évolution intellectuelle des races. À cette culture, issue de la raciologie de la fin du siècle précédent, s’ajoutent des thématiques plus spécifiques à l’entre-deux guerres. Le thème du déclin de la civilisation occidentale et de la race blanche face au « flot montant des races de couleur », qui apparaît au lendemain de la Grande Guerre et qui connaît un succès notable durant l’entre-deux-guerres, est omniprésent dans les écrits de Siegfried, et ce jusque dans les années Cinquante.

Sidérant ramassis des représentations du monde colonial, encore très prégnantes,  dont nous devons nous dégager pour notre propre émancipation.

Les idéologues et activistes actuels de l'extrême-droite réchauffent des haines recuites, excitent des affrontements raciaux,

afin de masquer les dévastations et crimes de masse du néolibéralisme arrivé au fond d'impasses de plus en plus visibles. Vers de nouveaux systèmes dictatoriaux sans issue.

Les salauds et les ravis, contre les peuples du monde entrés en résistance.

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