L’agitation fébrile sur la place publique avec des slogans d’extrême droite supports de violences racistes, machistes et homophobes, visant à imposer à la société des points de vue obsolètes, est venue rompre de fait le consensus de « réconciliation nationale » qui avait prévalu après la Libération dans la politique gaullienne puis mitterrandienne.
Je mets donc les pieds dans le plat nauséabond du fascisme français.
Non pas pour en écrire l’histoire.
Mais à partir de six points d’appui.
I. Le fascisme français a été concrétisé dans notre pays par le régime de « révolution nationale » : le régime de Vichy. Il se caractérise par les réformes sociétales caractéristiques qu’il a réalisées.
- Suppression des instances de la démocratie : partis, syndicats, parlement, sénat…: S’étant fait donner les pleins pouvoirs, il a gouverné par ordonnances. Il a désigné comme nouveaux maires d’anciens officiers et officiers supérieurs démobilisés de l’armée dissoute.
- Création d’une milice qui s’est chargée d’arrêter, torturer, exécuter ceux qui dérangent.
- Train de mesures racistes et xénophobes, mais aussi incarcération des tziganes et des malades mentaux traités de façon à les éliminer. Arrestation des familles juives livrées aux nazis pour leur assassinat. Confiscation de leurs biens. Application des théories de races, races hiérarchisées, à l’encontre des peuples colonisés.
- Multiplication de cérémonies dans le culte des ancêtres et des grands personnages mythifiés, avec réécriture de l’histoire.
- faire participer les foules à de grandes démonstrations de masse
- Culte du sport, du corps et de la famille modèle bourgeois, avec proclamation de la « complémentarité hommes-femmes » qui consacre une hiérarchisation selon la virilité : domination de l’ « homme fort et d’autorité » sur les autres hommes, sur les femmes et sur les enfants, bref sur toute la société, sous la protection de la religion dominante.
- Partage de l’éducation des jeunes sur l’enseignement public, l’enseignement privé, le clergé catholique et les camps de jeunesse encadrés par l’armée dissoute.
- Ceux qui n’avaient pas prouvé leur dévouement au régime étaient écartés du bénéfice des mesures sociales.
- Le travail industriel et agricole était intensifié, la production orientée selon les besoins de l’occupant, pour lui être livrée.
https://blogs.mediapart.fr/annie-lacroix-riz/blog/041213/pourquoi-les-francais-ignorent-encore-que-le-fondateur-de-l-oreal-fut-un-agent-de-l-ennemi
La rupture démocratique a été réalisée par les pleins pouvoirs donnés à Pétain par vote du Parlement. Elle s’est opérée à la faveur de la débâcle qui a brisé la capacité à agir du mouvement populaire. Le haut commandement militaire n’était pas déterminé à empêcher l’avancée de l’armée allemande. Il s’est attaché à ordonner aux maires des villes et villages du nord et de l’est de faire partir les habitants. Les rumeurs, le bruit des bombardements s’y sont ajoutés pour pousser sur les routes huit millions de personnes. Familles jetées sur les routes sans ravitaillement, ni hébergement ni soins, sous les tirs de l’aviation allemande, et côtoyés par les débris de l’armée en fuite. Dans ce contexte, les pleins pouvoirs au « vainqueur de Verdun », la capitulation et la partition du pays ont pu paraître la chance de survie.
J'ajoute deux lignes-forces qui relèvent de la subjectivité :1. Le dévoiement de sens des mots utilisés, chargés d'un sens symbolique fort. Une quasi liturgie. 2. Tout ce qui n'est pas de la "race dominatrice" est inférieure, non humaine, du matériel qui peut être utilisé, maltraité sans réserve. Ecarté de la morale et de l'affect.
Je sais l’importance que prirent les actes de résistance isolés ou organisés. Cependant, il faut constater l’absence de soulèvement de masse contre les actions de Vichy et de sa Milice pendant plus de cinq ans. Cela peut s’expliquer par le fait que les slogans de Vichy étaient déjà présents dans les esprits du fait d’un siècle de l’idéologie de l’Empire colonial –, et du fait que les forces d’extrême-droite, labellisés fascistes ou non, avaient labouré l’opinion pendant la même durée, exerçant des actions violentes contre le mouvement ouvrier et contre les démocrates, contre les « étrangers », contre les homosexuels, etc… .
Pour réaliser le régime de « révolution nationale » Pétain n’a pas fait appel aux groupes d’extrême-droite préexistants, mais à des personnalités qui n’en étaient pas des représentants es-qualité. Sans exercer le pouvoir, ces groupes se sont cependant activés dans le cadre créé par le régime de Vichy qui réalisait leur idéal. Cependant, certains de ces groupes ont contribué àla Résistancecontre l’occupant.
II. Résurgences actuelles
Laissons les polémiques essentialistes sur ce qu’est ou n’est pas « le fascisme », vu comme entité abstraite.
Seul compte le constat que des groupes activistes divers multiplient stigmatisations et actes violents, sur des critères ethniques, sexuels ou au motif de différences physiques, Stigmatisation et actes violents contre les peuples anciennement colonisés, en affirmant une prétendue supériorité blanche.
Qu’il s’agisse de ministres de l'Intérieur qui excitent la police contre les Roms, ou contre les jeunes à capuche. Qu’il s’agisse de cardinaux fédérateurs des courants d’extrême-droite morcelés, propagandistes du machisme et de l’homophobie dans la société, chefs d’une Eglise qui a protégé la pédophilie en son sein. Peu importe la croyance béate en un schéma familial fictif, s’il s’agit de défendre une hiérarchisation autour d’hommes qui auraient vocation à dominer la société, selon leur degré de virilité d’homme autoritaires.
Chacun de ces activismes contribue à creuser un sillon qui conduit au fascisme.
La revue Basta (http//www.bastamag.net/Inflation-de-rumeurs-et-de-hoax )relève la multiplication sur internet de rumeurs mensongères, faits inventés, intox et canulars à connotation raciste. Pourquoi telle rumeur s’amplifie, puis s’estompe pour mieux resurgir quelques mois plus tard ? Candidats et militant du FN en font leurs choux gras. Condamnation du FN en avril 2014 pour faux tract. Des sites comme Hoaxbuster ou Debunkers, tentent de les démonter. C’est contre l’Ecole publique, que l’extrême-droite s’est fait la main dans le lancement de fausses informations. Nous avons vu l’animatrice du mouvement de retrait des enfants de l’école affirmer devant les caméras de télé « Une mère de famille m’a raconté qu’à l’école, … » Remarquons que ce genre d’intox a été un moyen important pour Milosévic pour jeter les peuples de l’ex-Yougoslavie dans la guerre civile.
III. Convergences entre le totalitarisme néolibéral et les résurgences actuelles d’idées du fascisme français.
On a tort de ne voir dans le néolibéralisme que des règles économiques : celui-ci englobe toute l’activité humaine, y compris dans ses dimensions idéologiques et philosophiques.
De plus sa mise en œuvre ne résulte pas d’une organisation centralisée : il n’existe pas de centre occulte. Sa mise en œuvre couvre tous les continents d’un maillage serré d’instances de décisions, ce qui lui donne une grande capacité d’adaptation selon le contexte et l’époque, mais toujours tendue vers la rentabilité financière immédiate maximale.
Leur cupidité constitutive conduit les acteurs économiques à se lier en réseaux concurrents, en luttes acharnées entre eux, eux-mêmes traversés par de sourdes luttes de domination.
Il en résulte que le néolibéralisme est dans l’incapacité de prendre en compte un intérêt commun à quelque niveau que ce soit, non plus que d’une visée à moyen ou long terme. Ce qui dément le slogan selon lequel l’intérêt de la finance serait l’intérêt général, slogan qui ossature le discours des gouvernants,
Quelles convergences ?
1. Même incompatibilité avec la démocratie. Le néolibéralisme vide la démocratie de son contenu par un fonctionnement en réseaux qui prennent contrôle des instances démocratiques. Réseaux dont les rouages les plus forts dominent les plus faibles pour en tirer le maximum de profits.
Si le néolibéralisme n’interdit pas les syndicats, il instaure dans les entreprises (et dansla Fonctionpublique) des relations de travail fondées sur la mise en concurrence des salariés entre eux organisée de façon à ce qu’ils se détruisent entre eux. La solidarité de classe qui résultait naturellement de la domination de classe, est de la sorte minée. Cela converge avec l’abandon par les appareils syndicaux de la référence au rapport de forces, à la lutte des classes. Au-delà des discours stéréotypés, des « positions de principe, ont observe l’extension de l’accompagnement des mutations capitalistes.
Etouffement des contre-pouvoirs démocratiques.
Cependant la façade démocratique est maintenue tant que la politique-spectacle permet d’obtenir l’adhésion des populations à l’injonction : sacrifiez-vous aujourd’hui pour nos promesses pour plus tard…, peut-être !
2. Deux faits rendent caduques les nationalismes du 20° siècle, depuis les années 80.
D’une part, le néolibéralisme est le fait d’acteurs financiers d’ampleur mondiale, essentiellement logés dans les paradis financiers, qui ne déclarent dans tel ou tel pays que ce qui leur permet d’influer sur sa politique et d’y glaner des fonds publics, font migrer leurs investissements d’une opportunité à l’autre, sans aucune attache patriotique.
D’autre part, la mutation néolibérale du capitalisme a commencé avec la règle de la libre-circulation des capitaux au-dessus des Etats et des frontières, ce qui dépossède les Etats de l’initiative économique, sauf pour la course à la plus basse imposition du capital, et pour la course au plus faible coût du travail.
Le nationalisme est désormais pour l’extrême-droite un slogan dont l’objet n’est plus que la xénophobie et des exclusions sur des bases incertaines.
Il y a une convergence par le fait que les affirmations dénuées de tout fondement, mais constamment relancées par l’extrême-droite, de races, races hiérarchisées, comme l’affirmation des genres « naturels » hommes / femmes, sont des leviers de domination et de conflits de diversion, bien utiles à la domination néolibérale.
Cependant la capacité des populations à s’arracher à l’emprise de la finance et de vivre libres sur un territoire, est un enjeu essentiel ! La situation actuelle de l’Ukraine est typique.
3. Toutes les forces de droite et d’extrême-droite dans la foulée du 11 septembre 2001 ont développé de puissantes campagnes anti islamiques et antiterroristes dans le monde, qui servent à augmenter sans limite les moyens sophistiqués de surveillance multiforme des populations et de leurs gouvernants, de fichages et de restriction des droits collectifs et individuels. Penchant naturel des fascismes et des pouvoirs politiquement affaiblis. Or le système policier est commun au système néolibéral et aux Etats.
L’espionnage de tous par systèmes informatiques, par captation téléphonique, par satellites, est national et supranational.
4. Mécénat : le néolibéralisme réduit fortement l’imposition et les charges des entreprises, et simultanément force les services publics et artistes à quémander des financements aux entreprises. Au total il y a délégation de finances publiques vers les entreprises pour qu’elles prennent sous leur contrôle la création artistique, l’enseignement, la recherche, etc… Convergence avec la « générosité » des chefs mafieux.
5. Elite. Terme à la mode très ambigu.
L’élite de notre République est constituée de ceux qui ont fait progresser la science, les lettres les arts...
L’élite fasciste n’est que son propre encadrement doté d’impunité quels que soient ses crimes et accaparements de biens publics ou privés (spoliation des juifs pendant l’occupation). Toute une littérature « pour la jeunesse » exalte de blonds profils aristocratiques au-dessus du vulgaire, de l’essence de demi-dieux. Prince Eric, etc …)
L’élite néolibérale, ce sont les plus gros détenteurs de capitaux, chefs de multinationales, (moins de 1% de la population), caste politico-affairiste, experts dévoués, tous chiens de garde dorés qui ont été formés à la gestion néolibérale ; polices diverses, etc…(10% de la population), qui se considèrent au dessus de la société, au-dessus des lois et des tribunaux, qui se comportent comme si l’intérêt de la finance était l’intérêt de l’humanité, et qu’il suffirait de mâter les moins que rien qui ne comprennent pas qu’ils doivent être sacrifiés. « Elites » à la fois nationales et supranationales. Une voyoucratie a commencé à s'implanter, comme en témoigne la profusion d'affaires judiciaires dans la caste politico-affairiste.
6. Le travail industriel est mis en faillite, délocalisé selon les caprices de la finance par des instances mouvantes, insaisissables.
Le régime de Vichy intensifiait sans limite le travail selon les besoins de l'occupant, pour le lui livrer.
7. Rapports avec le grand banditisme.
Les imbrications des régimes fascistes avec le grand banditisme sont connues, abondamment décrites.
L’imbrication du grand banditisme au sein de la finance actuelle est planétaire, fusionnelle, dans les paradis fiscaux, dans la circulation de l’argent sale et de son blanchiment. Toutes activités illégales et de corruption sont intimement liées aux activités « légales ». les scandale des subprimes, du LIBOR, des transaction haute vitesse révèlent que le capitalisme néolibéral pratique la tromperie à échelle planétaire.
Il ne s’agit dans ce texte, que de repérer des tendances identifiables par tous : Une attirance de plus en plus visible entre la frénésie néolibérale évolutive et des résurgences d’idées fascistes qui se cherchent dans un contexte nouveau. .
Mais cela ne nous conduira pas à la reproduction des régimes fascistes nationaux du 20° siècle.
Car le capitalisme en sa phase actuelle est un écosystème planétaire qui s’impose et évolue, s’adapte en permanence d’un lieu à un autre.
Alors que les groupes politiques à gauche du PS et leurs schémas de pensée et d'action sont figés sur des logiques nationales d’avant le néolibéralisme !
Il est indispensable d’étudier l’évolution de ces convergences dans des pays en crise plus avancée, où les populations sont plus lourdement sinistrées, Grèce, Espagne, Portugal, pour l’Europe ; et certains pays d’Amérique latine, d’Afrique, du Moyen Orient et d’Asie, où le recours à la violence, aux massacres, à la guerre civile se multiplient. On a l’habitude de formuler des jugements sur leurs gouvernements nationaux alors que les décisions sont partagées avec les échelons du dessus, ceux qui apportent les financements, convoitent leurs richesses, spéculent sur les ventes d'armes et sur la déstabilisation des pouvoirs locaux.