Grèce, laboratoire et modèle de gestion néolibérale

En dix ans, la Grèce a perdu un quart de son PIB et 35% de sa population vit sous le seuil de pauvreté : 400 000 jeunes ont quitté le pays. Pour ces élections européennes, le taux d'abstention pourrait bien atteindre des records. J'emprunte à France-Culture ce reportage sur le devenir du port du Pirée au cœur d'Athènes, privatisé de force.

 Le peuple grec s’est arraché de la dictature des Colonels en 1974, puis a bâti sa démocratie sous la tutelle européenne qui, dans les années 80 se vouait aux charmes de la modernité néolibérale. C’est sous tutelle et financements européens que les partis alternativement de gauche et de droite ont remodelé la société grecque et creusé une dette très importante.(doublée par les JO).  La Troïka (dont l’UE) a mis à profit cette dette depuis 2015 pour imposer une austérité violente et une privatisation massive sans précédent en Europe. Laboratoire de la gestion néolibérale d’un pays comme les néolibéraux de tous les pays rêvent d'imposer partout par tromperie et par violence. Michel-Lyon.

J’emprunte le reportage qui suit à France-Culture « Le reportage de la direction » le 23 mai 2019 Grèce : austérité et abstention. Reportage d’Annabelle Grenier. Texte de présentation qu'on peut lire sur le site.

A réécouter : https://www.franceculture.fr/emissions/le-reportage-de-la-redaction/le-reportage-de-la-redaction-emission-du-jeudi-23-mai-2019

 

« En plein chantier du métro et du tramway le port du Pirée n'en est qu'au début de sa transformation. Vendu en 2016 sous la pression des créanciers, il est aujourd'hui sous contrôle du géant chinois Cosco. Accès privilégié au marché européen par lequel elle fait transiter ses marchandises, 5 millions de conteneurs par an, la Chine veut désormais faire du Pirée le premier hub de croisière européen. Une étape importante sur son projet de Route de la soie. Alors qu'en avril dernier lors d'un sommet à Bruxelles, les dirigeants européens s'inquiétaient des investissements chinois en Europe, pour la Grèce il est déjà trop tard.  Sur les 4 milliards d’investissements étrangers directs en Grèce plus d'un quart sont chinois et aucun secteur d'activité n'échappe à l'Empire du milieu.

« La Grèce est l'amie de la Chine et pour en témoigner   le Premier Ministre, Alexis Tsipras a même posé son veto à Bruxelles empêchant un communiqué commun des 28 dénonçant la violation des Droits de l'Homme. Avec une dette souveraine de 290 milliards d'euros , la Grèce ne peut pas se payer le luxe de tenir tête à la seconde économie mondiale.  L'Union Européenne serait d'ailleurs bien mal placée pour lui faire des leçons quand elle même la contraint à accélérer le programme de privatisation , programme dans lequel la Chine reste le premier investisseur. Sur 4 milliards d'euros, elle représente à elle seule plus d'un quart de l'investissement.     

« Dimitri Korkidis, président de la chambre de commerce et d'industrie du Pirée reconnait que le principal port du pays n'a jamais vu un tel développement et qu'il pourrait devenir dans quelques années grâce aux chinois le premier port européen. Pourtant ce développement ne profite aujourd'hui que très peu aux entreprises grecques.   

"C'est quand même un projet de 600 millions d'euros , on ne pas pas tourner le dos à ce genre d' investissements, vous savez que l'économie grecque est dans un sale état , nous avons besoin de cet argent. Des hôtels de luxe on a besoin, un centre conférence sans doute aussi , l'extension de l'embarcadère bien sûr mais le problème est qu' ils ne travaillent pas avec les entreprises locales. On s'en est plaint très souvent auprès des autorités. Leur stratégie est de monter des filiales chinoises toutes liées à Cosco. Ce que nous voulons c'est participer à ce développement et en partager les profits , et que ce ne soit pas seulement pour Cosco."

« Le projet qui comprend des gratte ciel et un grand centre commercial n'est pas du goût des archéologues grecs qui ne semblent toutefois pas prêts à laisser les chinois transformer le port du Pirée en un Las Vegas de la Méditerranée. Le Kas, le service d’archéologie grec rattaché au Ministère de la Culture qui dispose d'un avis consultatif, a approuvé dans son ensemble ces investissements mais  y a posé certaines conditions, allant des limitations du nombre d'étages pour les hôtels qui seront bâtis à l'interdiction de construction du centre commercial. Les archéologues invoquent la protection des monuments de la période classique de l'Antiquité situés dans cette zone, dont l'ancien mur du Pirée ou la tombe du politicien athénien Thémistoclès. Encore une pirouette du gouvernement Tsipras !  s'insurge Maria Spiraki, eurodéputée de droite en campagne pour les élections européennes sur la liste Nouvelle Démocratie 

"Je pense qu'ils font beaucoup de bruit , qu'ils brassent beaucoup de vent et qu'ils passent beaucoup de temps à adapter la législation mais le problème c'est le manque de mise en oeuvre et le manque de volonté politique. Ils font ça parce qu'ils ont besoin de faire des annonces avant les élections. Nous n'avons pas eu d’élections depuis septembre 2015, c'est pourquoi nous demandons, mon parti Nouvelle Démocratie aux électeurs dimanche de se prononcer pour ou contre ce gouvernement."  

« Le programme de privatisation en effet n'est pas porteur pour un gouvernement de gauche. Pourtant le gouvernement Tsipras aura été celui qui en a réalisé le plus, environ une trentaine sur les 40 exigées par la Troïka mais toutes sont freinées ou bloquées par la bureaucratie en cette année électorale.

« En revanche Alexis Tsipras, à quelques semaines du scrutin vient d'annoncer quelques mesures sociales,comme le retour du 13eme mois pour les petits retraités , la baisse de la TVA sur les produits alimentaires de 24 à 13% , s'y ajoute la possibilité offerte aux ménages endettés vis-à-vis des autorités fiscales ou des caisses de la sécurité sociale de régler leur dette en "120 versements". Ayant réalisé un excédent primaire qui dépasse les engagements du pays vis-à-vis de ses créanciers (UE et FMI), soit plus de 3,5% du PIB en 2018, le gouvernement a fait voter au Parlement la semaine dernière ces mesures provenant d'une cagnotte fiscale de 1,14 milliards d'euros. Le principal parti d'opposition Nouvelle Démocratie crie au populisme et appelle les électeurs à transformer ces élections européennes en vote sanction contre le gouvernement."

 A réécouter : https://www.franceculture.fr/emissions/le-reportage-de-la-redaction/le-reportage-de-la-redaction-emission-du-jeudi-23-mai-2019

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