La loi de 1905 est venue après un siècle de rivalité épuisante entre l’Eglise catholique et la République, et après le délire antisémite de l’affaire Dreyfus.
Or dans le monde, en ce début du 20° siècle, la rivalité s’exacerbe entre les puissances pour élargir et structurer leurs dominations coloniales.
Aussi, dans l’hexagone, est-il urgent d’instaurer le modus vivendi de la laïcité. Les hiérarchies cléricales catholique, protestantes et juive ont joué le jeu. Dans l’hexagone, car dans les colonies, les principes de la Laïcité (et de l’Egalité) ne sont évidemment pas appliquées aux peuples et aux religions qui s’y pratiquent.
La motivation de la laïcité n’est évidemment pas éthique, car il ne s’agit que de « Paix chez soi » pour faire « un max de fric »partout dans le monde. Les religions chrétiennes y ont trouvé leur compte en essaimant des ordres religieux dans les colonies « évangélisées ».
L’accélération fébrile de cupidité que cela a permis, a conduit à deux guerres mondiales. .., et débouchera dès 1945 sur les mouvements de Libération nationales par les colonisés.
Le développement capitaliste devine qu’à terme son champ d’activité sera réduit aux métropoles, où les révoltes de 1968 (qui ont touché toutes les métropoles) font redouter qu’un mouvement ouvrier autogéré prenne de l’ampleur, comme l’annonçaient les luttes ouvrières des années 70.
Alors il était Impératif 1. D’affaiblir la classe ouvrière et l’ensemble des salariés. (robotisation et délocalisations massives) 2. De faire sauter les frontières. 3. De s’affranchir des impositions nationales
Ce fut d’une part, le Grand marché européen, et la création de paradis fiscaux.
D’autre part, Thatcher et Reagan enfourchent la magie noire du néolibéralisme professée depuis les années 30 parmi les élites de tous les continents : libre circulation de capitaux, concurrence sans entrave. Tout centrer sur le profit financier.
Depuis les années 80 le cadre de la Laïcité est de moins en moins celui de pays souverains qui autorégulent leur paix sociale interne.
Aujourd’hui le nouveau cadre s’affiche avec force : le maillage de la finance néolibérale qui enserre la planète, est capable de « faire le max de fric » aussi bien au détriment des pays pauvres qu’au détriment des pays riches, aussi bien sur les barils d’explosifs d’Al Assad, que sur le pétrole et les kalach’ de Daech, ou sur la guerre en Ukraine, que sur la FIFA, etc…, sur la drogue, les trafics d’armes et d’humains. Et sur les dettes des Etats qu’elle s’est efforcée de creuser à tout propos. (Lorsque la Troïka a pris sous tutelle directe le Portugal , en quelques mois elle a doublé le dette) Absolument amorale.
En permanence, le néolibéralisme se perfectionne, complète son architecture, actuellement avec un système de traités bilatéraux qui écrasent les dispositions nationales et régionales. Pas de tête pensante : chaque acteur financier, chaque structure doit innover sous peine d’être éliminé.
La souveraineté des gouvernements n’est même plus la surveillance de leur population : la loi surveillance qui vient d’être votée a intégré les services français dans le dispositif américain (et israélien) : elle prépare le terrain pour le traité TAFTA, comme les textes sur le « secret des malversations (pardon, des affaires »).
Le champ en propre des gouvernements se restreint à l’action psychologique : tout mettre à profit pour fracturer la population et dresser les gens les uns contre les autres.
Les deux derniers gouvernements ont fait preuve du même zèle contre les populations originaires d’Afrique du Nord et du Moyen Orient globalement classées musulmanes, pour les harceler de toutes formes d’hostilité. Cela, depuis la guerre d’Afghanistan et l’émergence d’Al Qaida.
Je ne reviens pas ici sur le fait qu’en majorité les populations se sont plus ou moins émancipées du fait religieux, et que les pratiquants des religions monothéistes d’Europe comportent tous une aile fondamentaliste et guerrière, une aile spiritualiste ouverte aux évolutions du monde et des mentalités. En majorité, les pratiquants ont fait leur propre mode de vie. Et cherchent à vivre en bonne harmonie avec les autres composantes de la population, majoritairement sans religion.
Des espaces communs, des « mondes communs » sont possibles à qui veut prendre l’initiative d’en susciter. Mais il s’agit d’un combat contre les pouvoirs dominants, qui feront tout pour casser les initiatives qui lui échappent.
Même un jardin collectif initié dans une petite friche rue Bon Pasteur sur les pentes de la Croix Rousse à Lyon, avec le soutien de la Maire d’arrondissement, vient d’être dévastée par un engin de chantier et cerclée d’une barrière métallique rigide scellée au trottoir sur décision de la Mairie centrale.
Et cependant, il faut redoubler d’imagination pour inventer de nouvelles dissidences.
C’est donc un chantier que je propose ici : examiner ensemble les expériences de « monde commun » auxquels chacun de nous participe ou a participé, sous tous leurs aspects. Dont évidemment, l’aspect laïcité : on pourra alors examiner les diversités actuelles, les évolutions de pratiques et de mentalités observées.
Dernière remarque : simultanément on a vu être diffusée massivement une littérature variée fondée sur des complots souterrains : la politique que l’on voit, serait le fait de puissances extraterrestres, ou souterraines, ou du monde des morts, etc… ou des complots de groupes secrets. Cette littérature au fond simpliste, a en commun de convaincre le lecteur qu’on ne peut rien faire.
Je propose au débat deux nouvelles thématiques :
- Le culte de l’argent est millénaire, mais était une affaire privée développée dans le contexte des lois et de l’action publique du pays. Reagan et Thatcher en ont fait une religion mondiale qui s’est emparée des Etats de la planète, étreint toutes les activités. Aucune place pour une quelconque forme de laïcité : elle est l’Etat, elle sécrète la politique nationale et vomit toute préoccupation de nature sociale. Sa philosophie est « Le plus fort écrase les plus faibles », abusivement appelée « darwinisme social », « ordre naturel »,… Elle a ses prêtres-sacrificateurs, ses théologiens,….etc.
2. L’émancipation. L’athéisme. Créateurs d’espaces communs : des artistes, des paysan(e)s, des libertaires non-violent(e)s. Ils, elles aiment l’humain, la nature, le cosmos : ils, elles sont poètes. Ils, elles sont la Vie.
Ce texte a été proposé aux débats de CAMedia le 7 juillet 2015