Un livre pour l’été. L’affaire Mirval. Ou comment le récit abolit le crime.

22 février 1974. Les secours appelés par la Maison d’Arrêt de Fleury-Mérogis trouvent un jeune Antillais inanimé, nu dans une cellule. Mort. Première version : le suicide. Le récit varie au fil des procédures pour aboutir à l’oubli. Crime aboli. Ce livre en étudie chaque phase. C’est devenu une technique de gouvernance : récit et discrédit qui ferment tout débat, masquent toute la politique réelle

22 février 1974. Les secours appelés par la Maison d’Arrêt de Fleury-Mérogis trouvent un jeune Antillais inanimé, nu dans une cellule. Mort. Première version : le suicide. Le récit variera au fil des procédures pour aboutir à l’oubli. Crime aboli. 

En 1976, Bernard CUAU a publié ce livre  L’affaire Mirval. Ou comment le récit abolit le crime. préfacé par Michel Foucault et par Pierre Vidal-Naquet aux Editions La France sauvage. 213 p. Puis réédité par Gallimard en 1989.  *En Note, deux extraits de la préface de Michel Foucault.

A sa lecture, ont reconnaît ce qui est devenu une technique pour de nombreux déni de justice sur les tués et mutilés de la police punitive. On pense aux deux collégiens coursés et électrocutés dans un transformateur. On pense à Ali Ziri, à Zineb, à Rémy tué d’une grenade, à Cédric Chouviat larynx écrasé, à Théo anus déchiré, à Maria crâne enfoncé, à Geneviève, à Michel Zecler roué de coups, à Steve noyé, et bien sûr Adama Traoré...  Je ne peux citer en totalité une liste hélas beaucoup trop longue de dénis de justice.

Le Travail minutieux de Bernard CUAU sur chaque étape des procédures entourant la mort de Patrick Mirval dégage les procédés de langage qui précèdent et suivent chaque pièce et influencent les expertises.

Pour laisser à la fin au politique le choix d’opportunité politique entre le non-lieu ou de faibles poursuite limitées, et finalement compter sur l’actualité pour que cette mort passe dans l’oubli.

Aujourd’hui je sors ce livre remarquable lui-même oublié, car il est parfaitement transposable à de trop nombreuses morts et mutilations impunies.

Mais surtout pour examiner les discours, préambules et circulaires qui habillent des réformes réactionnaires.

Examiner les discrédits qui empêchent que leur critique puisse être entendue et discutée.

Le débat démocratique public sur les nouvelles lois et sur les actes de gouvernement est écarté comme émanant d’ennemis de la nation, ennemis qui doivent être neutralisés..

L’acte présidentiel est sacralisé. On est dans la pensée unique, magique, dictatoriale.

Un construit virtuel et illusionniste proclamé « modernité »,  porté par la totalité des forces réactionnaires,  écrase le débat démocratique

Technique d’emprise mentale qui caractérise les sectes.

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Extraits de la Préface de Michel Foucault (1976)

"Ce qui fabrique du secret, c'est parfois la décision venue d'en haut, mais c'est le plus souvent à la base un subtil brouillage,, particulièrement lorsque le coupable, la police, le magistrat instructeur et le Parquet sont complices. L'instruction dans ce cas, a pour fonction de tout recouvrir par le "bruit"; et lorsque viendra le moment de la décision finale, ne parviendront plus à l'oreille habilement distraite du du juge que des "bruits", des bruits fâcheux et sans preuves, imprudemment propagés par une partie civile qu'on dira hargneuse, et qu'il sera temps enfin de balayer par un non-lieu ou une relaxe bienvenus. ...dissoudre le réel dans le documentaire. (...)

La tâche aujourd'hui d'un intellectuel : tout simplement le travail de la vérité.(...) Cette mort d'un matin qui a failli rester anonyme, demeurera,par vous, pour longtemps, inacceptable. Quelle que soit la décision de ceux qui nous jugent."

Un exercice pratique apparaît pour blanchir un équipage banalisé de la BAC qui a fait un carton sur deux jeunes en voiture dans la nuit du 16 au 17 août. Ou pour cet autre qui a fait feu dans la nuit du 30 avril 2019.

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