Ces "retraites" que les libéraux n'ont jamais acceptées

Les retraites, comme la santé, c'est un volet de la Sécurité Sociale, voulue par les Résistants, inscrite dans le programme du Conseil National de la Résistance et mise en place après la Libération lorsque Ambroize Croizat était ministre du Travail. Rien de commun avec la titulaire actuelle de cette fonction, une libérale forcenée venue du patronat.

Les retraites, comme la santé, c'est un volet de la Sécurité Sociale

           Les retraites, comme la santé, c'est un volet de la Sécurité Sociale, voulue par les Résistants, inscrite dans le programme du Conseil National de la Résistance et mise en place après la Libération.

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           La Sécurité sociale, immense conquête de la Libération quand la grande bourgeoisie, disqualifiée pour son soutien au régime de Vichy, n’avait plus voix au chapitre. Le macronisme, c'est la revanche des possédants sur le peuple.

          Quel était le principe de cette immense réforme sociale : instituer un droit universel à la retraite, un droit social nouveau. Dans le régime général des retraites dites « par répartition », la pension est considérée comme la poursuite du salaire de référence. Les militant•es qui ont bâti ce système ont initié une déconnection entre le salaire et l’emploi en socialisant les ressources, provenant des salaires, dans une caisse commune.
          Contre cette avancée, le gouvernement actuel entend imposer un système de retraite « par points » qui calculerait le montant des pensions en fonction d’un simulacre d’épargne individuelle, fondamentalement inégalitaire : tout au long de sa carrière, chaque travailleur•euse cumulerait des « points » dont nul ne connaîtrait la valeur, jamais garantie, et ces « points » lui permettraient, le moment venu, d’obtenir la stricte contrepartie de son « mérite », c'est-à-dire de sa capacité à économiser tout au long de sa vie. C'est la porte ouverte à la privatisation des retraites via les fonds de pensions pour ceux qui auront les moyens de se payer une assurance retraite complémentaire. C’est une individualisation de la protection sociale qui met fin au principe datant de 1945 : le droit au salaire pour toutes et tous les retraité•es.
           En attaquant les droits sociaux les plus avancés, cette réforme est une nouvelle étape d’une politique libérale systématiquement orientée contre les droits et avantages des salariés et en faveur des riches et des possédants, une politique libérale qui tire tout le monde, les privilégiés mis à part, vers le bas.  La ministre actuelle du Travail, Mme Pénicaud, venue du patronat, elle-même une privilégiée jamais rassasiée, porte avec cynisme une politique de destruction des acquis sociaux : après la "loi Travail" qui démantèle le Code du Travail, la loi sur les retraites qui va organiser la baisse des pensions pour toutes et tous et offrir aux fonds de pensions et aux banques privées les ressources que pourront dégager les plus aisés pour s'assurer - peut-être et sauf faillite desdits fonds de pensions - une retraite plus conséquente
           Comme le dit mon petit-fils : "C'est pas cool !"

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              Ambroise Croizat, entré en usine à 13 ans, adhérent du Parti communiste dès sa fondation en 1920. En 1936, il devient secrétaire général de la Fédération des métallurgistes CGT. La même année, il est élu député de la quatorzième circonscription  de la Seine. Arrêté en 1939 et déchu de son mandat, il est incarcéré à Alger jusqu'à sa libération en 1942, après le débarquement allié en Afrique du Nord. Il participe alors aux travaux de l’Assemblée consultative provisoire. A la Libération, il est élu député de la constituante. Il devient ministre du Travail du gouvernement provisoire de la République française puis ministre du Travail et de la Sécurité sociale jusqu’en 1947, date à laquelle prend fin la participation des communistes au gouvernement.
              Il porte le projet de loi qui va instituer la Sécurité sociale. Son bilan ne se limite pas à la mise en place de la Sécu. Il modernise le droit du travail avec les comités d’entreprise, la médecine du travail et la réglementation des heures supplémentaires. Un an avant sa mort d’un cancer du poumon, en 1951, il déclarait à la tribune de l’Assemblée nationale :
«Jamais nous ne tolérerons que ne soit renié un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie, cette loi humaine et de progrès…».

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            Ce jeudi 5 décembre, comme retraité, je suis « en grève » avec toutes celles et ceux qui savent le prix des conquêtes sociales, héritées de nos parents et grands-parents, qui savent qu'il faut les défendre face aux possédants, avec toutes celles et ceux qui placent la solidarité devant l’individualisme triomphant dans cette société pourrie.

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