Sélection à l'entrée de l'Université

Le Conseil supérieur de l’Éducation, consulté sur le Parcoursup qui instaure une sélection à l'entrée de l'Université, a rejeté le projet de décret, par 0 voix Pour et 36 voix Contre.

Sélection à l'entrée de l'Université

Le projet de décret « relatif  à la procédure nationale de préinscription pour l’accès aux formations  initiales du premier cycle de  l’enseignement supérieur » autrement dit concernant la mise en œuvre du Parcoursup a été soumis ce lundi à l’examen du Conseil supérieur de l’Éducation, pour avis.
Le vote a donné les résultats suivants : 0 voix Pour, 36 voix Contre, 21 Abstentions et 3 n’ayant pas pris part au vote. Pour rappel, le CNÉ comprend une centaine de membres représentant les personnels, les usagers et les partenaires de l'État dans l'action éducative.

Alors que certaines organisations étaient, au départ, hésitantes, désormais l'isolement du gouvernement est total. Cela ne l'empêchera pas de mettre en application le décret, d'autant qu'il est déjà appliqué sur le terrain. Les organisations lycéennes appellent à une mobilisation le 15 mars. C'est donc là que va se jouer l'avenir de la réforme.

 

Le groupe Enseignement Supérieur et Recherche de la France insoumise a émis un communiqué au sujet de ce vote et de la situation qu’il crée dans le monde éducatif intitulé « Parcoursup : le diable se cache dans l’algorithme », communiqué dans lequel sont notamment dénoncées, outre l’injustice sociale de ce projet, « sa part de bricolage technique » et la « culture du secret » qu’il l’ont accompagné jusqu’au bout.

D’après les déclarations ministérielles « il y aura donc bel un bien un dispositif d’algorithmes locaux opérant un tri mécanique entre candidatures, selon des critères dissimulés aux lycéen·nes (et que) les algorithmes précis ne seront rendus publics qu’en cas de recours devant la justice administrative ! Le fonctionnement de la procédure de sélection et son calendrier varieront selon les disciplines, les départements, les universités et seront mis en œuvre sans délibération des instances locales démocratiquement élues : par pur refus de soutenir le service public, le gouvernement a remplacé le tirage au sort par une grande loterie du secret. »

Dans le même communiqué, les militants de la FI soulignent en outre que « le gouvernement vient de confirmer que les établissements ou les départements refusant de trier les candidatures seront techniquement obligés de le faire par le paramétrage de la plate-forme Parcoursup. Venant d’un gouvernement qui n’a que le dialogue et l’autonomie à la bouche, on appréciera la méthode, qui relève du coup de force technologique. Mais surtout, comment classer 5000 dossiers pour une même formation ? Avec quels moyens humains ? Avec quelle rigueur pédagogique ? Qu’est-ce qui distinguera le ou la dernier·e admis·e du ou de la premier·e recalé·e, si ce n’est peut-être l’état d’épuisement de la personne chargée de traiter son dossier ? À nouveau, derrière l’enfumage prétendument méritocratique, dans les faits, c’est un tirage au sort géographique et institutionnel qui en remplace un autre. »

La mise en place du système Parcoursup résulte de la même logique qui a conduit à l’adoption, le 15 février, par accord entre les groupes LR et LERM à la Chambre et au Sénat, de la Loi ORE (loi pour l'orientation et la réussite des étudiants  dite aussi Loi Vidal, du nom de la ministre), logique qui vise à restreindre l’investissement dans l’enseignement supérieur en généralisant la sélection, outil du tri social des bacheliers, quitte à céder à un adéquationnisme réducteur (entre places disponibles et étudiants autorisés à s’inscrire) et idéologiquement marqué. Cette loi va restreindre et contraindre l’orientation des bacheliers sans améliorer leur réussite. Elle tend aussi à rabougrir la mission de l’Université à la formation d'étudiants "employables" au détriment de sa vocation traditionnelle et fondamentale de développement de l’esprit critique, de la démarche scientifique et des compétences transversales des étudiants. Elle prépare en outre le terrain à une marchandisation accrue de la formation.

Conclusion : Face à l’injustice, au mépris et à la dissimulation, une seule voie s’impose : obtenir par la mobilisation le retrait de la Loi Vidal et de Parcoursup.

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