Qui sont et que veulent les 308 députés macronistes ?

On nous présente, dans les gazettes et sur les plateaux, les députés du parti présidentiel comme des représentants d’une société civile qui n’avait auparavant pas de représentation et comme de blanches perdrix ignorant tout des turpitudes du carriérisme politique que favorise le système actuel. Ce qui est sûr: toutes et tous ont pris d’assaut en connaissance de cause le train de Macronisme.

 

On nous présente, dans les gazettes et sur les plateaux, les personnes qui se sont faites élire députées du parti présidentiel non seulement comme des représentants d’une société civile qui n’avait auparavant pas de représentation mais aussi comme de blanches perdrix ignorant tout des turpitudes du carriérisme politique dévoyé que permet et favorise le système institutionnel actuel.

La première de ces mystifications n’a pas tenu huit jours, une fois que des enquêtes journalistiques ont montré que ces néo-députés étaient issus des couches les plus favorisées de la société - on a parlé des CSP+ -, avaient fréquenté les meilleurs lieux de formation des cadres de la bourgeoisie, avaient déjà atteint un niveau respectable de réussite sociale dans le monde de l’entreprise, la carrière administrative et même la vie politique. Bref, des jeunes loups aux dents longues : aucun caractère de nouveauté là-dedans.

Par contre, on peut les voir, en particulier ceux qui ont été choisis pour assurer la « com ‘ » du parti présidentiel, arpenter la médiasphère en se targuant de qualités de viriginité idéologique, d’honnêteté, d’audace réformatrice et de modernisme sans préjugés, que sais-je encore, sans que les médiacrates de service n’y trouvent à redire…. Mais qu’en est-il ?

Une chose est sûre, toutes et tous ont pris d’assaut en connaissance de cause le train de Macronisme. Ce sont même les « malins » qui ont sauté le pas les premiers.

Sachant tout du pédigrée de l’aventurier de leur cœur, de son rapport à l’argent, de son profil de carrière, de ses actes de bravoure ministérielle - Lois Macron, Ubérisation, privatisation de biens publics -, de ses appréciations sur l’illettrisme des ouvrières bretonnes et de sa feuille de route donnée aux jeunes pour gagner leur premier milliard, ils y voient de l’or en barre.

Ayant suivi de près sa conquête du pouvoir politique - lancement de son écurie présidentielle, collecte de fonds et débauche de moyens promotionnels, propos de tribune vides mais amphigouriques, ralliements de résidus de décomposition de la classe politique en place, appui sans faille de toute le monde médiatique main stream - ils savent que ça leur plaît ; ils en redemandent et sont prêts à suivre sans états d’âme jusqu’en enfer s’il le faut. Leur héros de cinéma repeint en personnage de Stendhal, en Bonaparte au Pont d’Arcole et même en Christ marchant sur les eaux, peu importe, ils savent qu’il est un leurre, un produit, une marque, un moyen, un drapeau. Et qu’il  correspond à tout ce qui les a mis ensemble : individualisme, réussite, cynisme, fric, carriérisme de « winners », « après moi le déluge ». Ils vont donc tout voter à l’Assemblée, sans même se poser de questions et tous comme un seul homme ; ils sont mûrs, chauffés à blanc pour les coups de force législatifs que des conseillers ministériels - technocrates bien avisés - leur auront rédigés ; ils se soucient peu de l’histoire de notre système social, des rapports de forces et des équilibres qu’il traduit, des « combats » qu’il fallu consentir pour les établir – luttes, syndicats et grèves pour le droit du travail, manifestations, émeutes, combat clandestin pour les conquêtes démocratiques - car ce n’est pas leur histoire. Cet héritage  mérite au mieux leur indifférence, au pire leur volonté de s’en débarrasser.

Qui sont-ils pour être ainsi modelés sur un seul type, celui de Rastignac (puisqu’il est question de roman) ? Des beaux gosses des beaux quartiers, bien propres sur eux, bien élevés, bien habillés, bien éduqués, et même un zeste de dandysme. Ce sont les Muscadins et les Merveilleux de notre temps ; ils se signalent par leur adhésion au salmingondis post-moderne que bafouille leur président « et de droite et de gauche ». Ils adhèrent comme à une évidence à l’idée que se croisent, en effet, dans les gares des gens qui réussissent et d’autres « qui ne sont rien ». Leur seule morale commune, c’est l’adhésion à cette vision de la société : « le libéralisme », le chacun pour soi. Avec quel plaisir ils vont voter la nouvelle Loi travail ! Avec quel entrain ils vont voter les mises en cause de l’État de droit et l’inscription dans la loi des limitations des libertés démocratiques ! Leur victoire électorale pourtant si étriquée et tellement faisandée leur paraît une « divine surprise ». Ils pensent, en fait, possible un nouveau Thermidor qui fonderait, pour un siècle, un nouvel inégalitarisme.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.