La gauche unie au pouvoir en Espagne !

L'Espagne a, depuis hier, un premier ministre élu à la tête d'un gouvernement de la gauche unie. Pour la première fois depuis... 1939. Quelle signification, quel sens donner à cet événement ?

La gauche unie au pouvoir en Espagne !

           Pour la première fois depuis la chute du Frente popular (Front populaire) qui marqua aussi la fin de la République espagnole en avril 1939, au terme d'une "guerre civile" remportée par le camp franquiste appuyé par Hitler et Mussolini (la Seconde République a ensuite eu des gouvernements en exil), l'Espagne (toujours en monarchie à ce jour...) a, depuis hier, un premier ministre élu à la tête d'un gouvernement de la gauche unie. Toute la péninsule ibérique, Portugal et Espagne, donne cet exemple à l'ensemble des forces de gauche en Europe.

           Ce vote historique du Parlement qui résulte d'un choix politique déterminant fait par le dirigeant actuel du parti socialiste (Pedro Sanchez, PSOE) et du chef de la coalition Izquierda Unida (Pablo Iglesias, Podemos), est acquis dans la douleur, à deux voix près, face à des droites résolues à prendre leur revanche rapidement. Ce choix a quasiment été imposé aux forces de gauche confrontées au défi de voir l'extrême-droite fascisante (Vox) progresser fortement dans le vote des citoyens espagnols. Pour obtenir l'investiture des Cortes, la coalition de gauche a bénéficié de l'abstention du principal parti indépendantiste de la gauche catalane ( sachant que le mouvement indépendantiste catalan est aussi largement porté par la droite de la région autonome) moyennant la promesse de la reprise du dialogue entre le pouvoir central et la Catalogne, sans doute de l'amnistie des dirigeants indépendantistes emprisonnés et peut-être de l'organisation d'un nouveau référendum d'indépendance).

           Les défis auxquels le gouvernement de gauche va être confronté aussitôt qu'il sera formé sont immenses. Ils le sont d'autant plus que Pedro Sanchez n'a jamais été un farouche partisan d'un tel rapprochement avec le mouvement Podemos qui, lui-même, est né en 2014 d'une immense mobilisation populaire avec comme mot d'ordre : "Mover ficha: convertir la indignación en cambio político" ("Prendre les choses en main : convertir l'indignation en changement politique"), qui le fait cataloguer sans autre forme de procès comme "populiste" par les chroniqueurs stipendiés du monde médiatique. Cette expérience gouvernementale démarre comme un choix de raison plus que comme la conséquence d'un élan populaire...

           Cependant, ceux qui ne donnaient guère de chance de pouvoir durer au gouvernement constitué en 2015 au Portugal par le parti socialiste avec le soutien sans participation des autres forces de gauche peuvent constater que, même dans des conditions difficiles, le pari a tenu jusqu'à maintenant et que des résultats ont été obtenus. En Espagne, on peut espérer qu'il en sera de même.

           Le programme de gouvernement, difficilement négocié entre le PSOE et Izquierda Unida, et que Pedro Sanchez va devoir mettre en oeuvre est un programme exigeant, même s'il ne place qu'en quatrième position la lutte contre le changement climatique. Un programme de changement certes (on peut l'espérer), un programme de rupture certainement pas.

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Programme en dix points du gouvernement de Pedro sanchez : 1) Consolidation de la croissance et création d'emplois; 2) Justice fiscale et équilibre budgétaire; 3) Soutien à l'industrie; 4) Lutte contre l'urgence climatique. etc

             Dans le détail, les dix points de ce programme sont déclinés dans des directions ambitieuses mais complexes. A titre d'exemple, voici celles qui concernent les points 1 et 4 :

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             Plus d'info et le programme complet à cette adresse.

 

             Il m'a semblé qu'il convenait de saluer l'événement qui vient de se produire en Espagne. En espérant que cela donne quelques idées aux forces progressistes des autres pays en Europe....

 

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