Macron, "l'effort", le sens des mots

Comparaison n'est pas raison... Mais on ne peut douter que monsieur Macron, en parlant comme il le fait, ne se souvienne des propos sur "l'effort" et "l'esprit de sacrifice" tenus le 17 juin 1940 par.... Pétain.

 Macron : "trop de Français n'ont pas le sens de l'effort" (AFP) ; ce que les mots expriment...

Macron, le 11 janvier 2019 : « Beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu’on peut obtenir sans que cet effort soit apporté, que parfois on a trop souvent oublié qu’à côté des droits de chacun dans la République (...) il y a des devoirs. Et s'il n'y a pas ce sens de l'effort, le fait que chaque citoyen apporte sa pierre à l'édifice par son engagement au travail, notre pays ne pourra jamais pleinement recouvrer sa force, sa cohésion. »

 Pétain, le 20 juin 1940 : « L’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort ; on rencontre aujourd'hui le malheur. »

Comparaison n'est pas raison... Mais on ne peut douter que monsieur Macron ne connaisse assez d'histoire de France pour ne pas se souvenir de ce qu'il a appris au cours de ses études secondaires. Les propos de Pétain, le 17 et 20 juin 1940, sont étudiés dans toutes les classes. Sommes-nous revenus en juin 1940, à "la Débâcle" ?

C'est probablement en toute connaissance de cause que Macron parle comme il parle, qu'il choisit les termes qu'il va utiliser et qu'il décide de la filiation dans laquelle son discours s'inscrit. On est dans la reprise, une marche plus haut, des propos qui avaient pu sembler de circonstance, sur les "fainéants", les "cyniques", les gens "qui ne sont rien", etc. Cette fois, il stigmatise les Français en les accusant de ne pas fournir d'efforts, de ne pas assumer "les devoirs" que leur citoyenneté leur confère. De quel droit ? Au nom de quoi ?

On est dans la continuité des propos de Nouvel An sur "les foules haineuses" qui trahissaient déjà une inspiration renvoyant à ces temps où le parti de l'ordre désignait les "classes dangereuses" comme une menace pour la société, comme des barbares sans conscience civique et sans limites morales. Nous y voilà de nouveau. Macron confirme et signe : sa source d'inspiration paraît bien éloignée des principes démocratiques et sociaux qui figurent dans le préambule de notre Constitution. Il serait bien inspiré de revoir l'analyse et les conclusions que Marc Bloch tirait, dans L'Etrange défaite, après la victoire nazie, sur la responsabilité des "élites" dans la catastrophe. On n'y va pas. Macron se coule dans les costumes d'un père fouettard venu d'un autre temps. Quel but vise-t-il ?

Macron ne suggère-t-il pas qu'une contre-révolution inspirée par de mépris du peuple, le rejet du principe démocratique (le pouvoir donné à des fainéants rétifs au travail et à leurs devoirs), permettrait de relever la France ? Voilà un langage qui, à n'en pas douter, est destiné à rassembler tout ce que le pays compte de nostalgiques d'un régime autoritaire et conservateur. Macron prépare la manifestation anti-républicaine annoncée pour le 27 janvier.

 

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