« Avec La France insoumise, le RIC met un pied à l’Assemblée »

En effet, l’instauration d’un référendum d’initiative citoyenne est discutée ce mercredi en commission à l’Assemblée via une proposition de loi des Insoumis. « Une version XXL (du RIC), avec possibilité de révoquer les élus, que critique la majorité en plein grand débat national », juge la journaliste de Libération, Laure Equy, qui souligne que c'est ce que réclament les Gilets jaunes.

« Avec La France insoumise, le RIC met un pied à l’Assemblée »
écrit Laure Equy, de Libération, le 12 février

En effet, l’instauration d’un référendum d’initiative citoyenne est discutée ce mercredi en commission à l’Assemblée via une proposition de loi des Insoumis.
« Une version XXL (du RIC), avec possibilité de révoquer les élus, que critique la majorité en plein grand débat national », juge la journaliste qui souligne que c'est ce que réclament les Gilets jaunes.

« Porté aux nues sur les ronds-points, érigé en revendication numéro 1 des gilets jaunes et soumis à consultation dans le cadre du grand débat national, le référendum d’initiative citoyenne (RIC) arrive au menu de l’Assemblée nationale », ajoute Laure Equy. En effet, le groupe France insoumise profite de sa niche parlementaire, le 21 février, pour présenter une proposition de loi instituant le Référendum d'initiative citoyenne. Selon Laure Equy, si « le clin d’œil aux gilets jaunes n’échappe à personne, l’idée est aussi d’amener l’exécutif à dévoiler son jeu ».

Cependant, l'idée est loin d'être nouvelle. De la même manière que Mélenchon est autorisé à dire qu'il avait non pas prévu mais appelé de ses voeux un mouvement de fond comme celui des Gilets jaunes, il est aussi fondé à rappeler que le Mouvement pour la 6ème République, initié entre autre par lui en 2014, avait inscrit cette idée dans son projet comme elle l'avait été ensuite dans L'Avenir en commun, programme présidentiel de LFI en 2017.

Pourquoi Laure Equy qualifie-t-elle le projet des Insoumis de format « XXL », appréciation sans doute dépréciative ? C'est que les Insoumis ont voulu que ce RIC soit « législatif, abrogatoire, révocatoire, constitutionnel (pour réviser la loi fondamentale ou ratifier un traité européen). et, aussi, point de départ d’un processus constituant »**, allant sans doute au-delà de ce à quoi pensent certains Gilets jaunes. On peut souligner qu'une telle conception a pourtant beaucoup à voir avec l'idée que défendent ceux-ci de « pouvoir au peuple », voir avec certaines dispositions qu'avaient envisagées les Constituants de 1792, voire encore avec le « populisme de gauche », théorie qui inspire les Insoumis aussi bien que Podemos en Espagne et bien d'autres mouvements actuels de contestation de l'ordo-libéralisme.

La journaliste de Libé souligne l'isolement du groupe insoumis sur cette question. C'est peut-être ignorer la position des communistes et de quelques autres, c'est négliger l'importance qu'aura le débat en commission, c'est encore sous-estimer la pression des Gilets jaunes sur les législateurs...  Ce qui est certain, c'est que Macron, Philippe et la majorité y sont profondément hostiles ( Edouard Philippe ne disait-il pas récemment que le RIC le « hérissait »...). Laure Equy cite les propos du député LREM Sacha Houlié, selon lesquels « le RIC casse les ressorts de la démocratie participative. C’est une façon de dire que le mandat parlementaire ne vaut rien, que les citoyens doivent pouvoir faire sans nous. Pour discréditer encore plus les élus, c’est parfait ! » Mauvaise foi ou incapacité dans le  soi-disant « nouveau monde » de penser autrement que selon les normes de l'ancien monde ?....

En rappelant que la majorité fait mine de craindre que les forces conservatrices veuillent « se servir du RIC pour remettre en cause le mariage pour tous, le droit à l’IVG ou l’abolition de la peine de mort », sans évoquer la crainte des mêmes que le RIC puisse servir à instaurer des droits nouveaux, droits sociaux, droits politiques, droits écologiques, à faire progresser la société, à défendre les services publics menacés ou à mettre en cause les logiques d'austérité défendues par Bercy, Macron ou la Commission européenne, la journaliste ne contribue-t-elle pas à pervertir le débat ? En tous cas, cela ressemble bien à une prise de position...

 « Ce sont surtout les volets "révocatoire " et "abrogatoire" qui rebutent les députés des autres bancs », ajoute-telle.... Autant dire qu'avec le RIC, en effet, si on touche certes à une conception renouvelée de la démocratie (au coeur de la démocratie participative toujours espérée, attendue, toujours reportée, reculée) on touche aussi, par ricochet, aux intérêts  bien réels de la caste politicienne. On veut bien admettre qu'il y a un profond et puissant « dégagisme » à l'oeuvre dans les consciences citoyennes mais on est encore bien loin d'accepter d'y apporter des réponses à la hauteur ! Il faudrait peut-être qu'un mouvement #dégage, massif et explicite, se produise  pour passer des amusettes, comme l'interdiction des cumuls de mandats ou la très timide et limitée « transparence », à un véritable contrôle des élus par les électeurs.

Vive le RIC !

** La proposition de loi des Insoumis prévoit que, pour soumettre une proposition de loi à un référendum dans les six mois, l’initiative soit soutenue par 2 % du corps électoral, soit 860 000 personnes. Idem pour l’annulation d’une loi. Pour le référendum révocatoire (vis à vis d'un élu), il faudrait que 5 % du corps électoral le demandent. Et si 5 % des électeurs le demandent, un référendum serait organisé pour proposer l’installation d’une constituante.

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