Le "parti médiatique", encore...

Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis et porte-parole de La France Insoumise a longuement répondu aux questions du site Atlantico au sujet de la critique, par Mélenchon, du « Parti médiatique » : « Notre critique est vive, a déclaré Corbière, car nous constatons un acharnement ciblé contre La France insoumise. »

Le "parti médiatique", encore...

Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis et porte-parole de La France Insoumise a longuement répondu aux questions du site Atlantico au sujet de la critique, par Mélenchon, du « Parti médiatique » : « Notre critique est vive, a déclaré Corbière, car nous constatons un acharnement ciblé contre La France insoumise. »

La première question portait sur les comptes de la campagne présidentielle de  Mélenchon. Corbière a fait une mise au point détaillée au sujet des différentes mises en cause, y compris au sujet de sa propre rémunération : « Quand un grand quotidien comme Le Parisien écrit dans un style fielleux à mon sujet que ce que j'ai fait pendant la campagne était "moralement douteux », parce que j’ai été logiquement rémunéré comme Porte-parole du candidat, on n’est clairement plus dans le journalisme rigoureux, mais dans le militantisme, a déclaré Corbière. (…) Les sommes que j'ai perçues mensuellement sont la moitié de celles perçues par d'autres porte-paroles de candidats comme ceux d’En Marche tels M. Benjamin Grivaux ou Mme Laurence Haïm. »). Puis, il a de nouveau justifié que devant « une succession de mauvaise foi, d'imprécisions, d'acharnement contre LFI des médias, qui voulaient nourrir un "Mélenchon bashing" ou un "LFI bashing », nous ne pouvions rester silencieux. »

« À qui profite le crime ? » a ajouté Corbière qui répond : « La seule explication cohérente qui me vient à l’esprit, est peut-être à trouver du côté de l’habile chargé de communication du Président de la République, M. Bruno Roger Petit, homme de réseaux multiples dans les médias, qui, et c’est de notoriété publique, fait la tournée de beaucoup de rédactions pour susciter des articles et des polémiques sur des sujets divers. »

 Corbière a ensuite élargi son propos en soulignant que  « ce pilonnage va de pair avec un matraquage médiatique contre les cheminots, les syndicalistes, les militants écologistes et toutes les forces sociales qui s’opposent au macronisme. (…) Chaque citoyen doit apprendre à écouter ou lire la presse en ayant en tête tout cela. Naïf celui qui croit que les médias sont “neutres”. » Corbière a ainsi pu dénoncer la campagne en cours visant les cheminots et le service public de la SNCF, en déclarant notamment : « La stratégie du gouvernement consiste à cibler spécifiquement les cheminots en focalisant sur les pseudo-avantages de leur statut, les détacher du reste de la population et pouvoir ensuite offrir le rail à de grands groupes privés. Ils n’y arriveront pas. Je tiens ici à rappeler que le salaire moyen de cheminots est à peu près le même que celui du reste des Français et qu’ils doivent eux aussi cotiser 43 ans pour accéder à une retraite à taux plein. Ça suffit de véhiculer des mensonges à leur sujet et de faire croire au peuple français que le problème de la SNCF ce sont ses agents : ce n’est pas vrai ! Je rappelle également que sur les 25 dernières années, 100 000 postes de cheminots ont été supprimés : n’est-ce pas plutôt de ce côté qu’il faut regarder pour comprendre les difficultés qui touchent aujourd’hui l’entreprise ferroviaire ? »

Corbière a ensuite rappelé la demande par LFI de la création d’un Conseil de déontologie du journalisme en France : « Les citoyens disposeraient donc d’un recours pour faire respecter leur droit à une information objective. Ce sont d’ores et déjà près de 200 000 personnes qui ont signé notre pétition (http://frama.link/deontologiejournalisme), et, Jean-Luc Mélenchon rencontrera le Président de la République le 12 avril pour lui porter cette revendication. La 6e République que nous appelons de nos vœux devra veiller à l’indépendance de la presse, à l’instar de ce que le CNR avait porté en 1944 à la Libération. »

Atlantico lui faisant remarquer que le SNJ (Syndicat National des Journalistes) avait déclaré que « les mots employés par Jean-Luc Mélenchon vont au-delà de la critique nécessaire. Ils sont intolérables et dangereux », Corbière a répondu que « ce qui menace la presse aujourd’hui ce ne sont pas les propos de Jean-Luc Mélenchon, ni les miens, c’est le manque flagrant d’indépendance des médias vis-à-vis de grands dirigeants français. Une démocratie doit assurer l’indépendance de la presse et le fait que 9 oligarques milliardaires possèdent 90 % des médias est un vrai problème de fond. » Il a alors dénoncé à nouveau « les méfaits de la "médiacratie", c’est-à-dire cette poignée d’éditorialistes que l'on retrouve partout, (…) qui partagent tous la même opinion, qui vont dans le sens du gouvernement, squattent les plateaux TV et les postes d’experts pseudo-objectifs. Ils ont tous un discours très convergent sur le dossier de la SNCF par exemple. Tous expliquent en cadence qu’il est temps de faire de "grandes réformes courageuses", que les cheminots disposent d’avantages qui ne peuvent plus durer, etc. En bref, ils sont tous d’accord avec la réforme du gouvernement d’Edouard Philippe !  (…) C’est cela ce "parti médiatique" que nous critiquons, et il apparait être, aujourd'hui, la première opposition à La France insoumise. Aucune autre force ne nous tape dessus aussi durement. Il est donc normal d’un point de vue démocratique que nous ne le laissions pas faire sans réagir. Nous taire reviendrait à leur donner raison. » Et Corbière de préciser : « Bien sûr, l’indispensable profession de journaliste est pleine de diversité, de contradictions, d’inégalités sociales et de précarité de conditions de travail pour la majorité de ses membres, mais ceux qui tiennent les plus grands haut-parleurs, sont des vaches sacrées qui portent un discours très majoritairement tourné vers les mêmes positions (…).  Notre force, c’est le peuple, et nous le prenons à témoin pour qu’il constate avec nous toutes ces attaques injustes et intolérables que nous subissons. »

L'ensemble de ces précisions, venant après le long post de Jean-Luc Mélenchon sur son blog permettra à tous les commentateurs de bonne foi de constater que loin de mettre en cause la liberté de la presse et le pilier de la démocratie qu'elle est supposée être, que loin de préparer la voie à une dictature, le propos des représentants de La France insoumise vise bien à dénoncer une situation intolérable qui remet en cause les bases de la vie démocratique dans notre pays. Ils s'appuient pour cela sur les idéaux de 1789 ou de la Libération pour dénoncer la confiscation de la liberté d'expression par les représentants d'une caste directement associée aux pouvoirs économiques et politiques dominants. Ils n'en appellent à aucune mesure bureaucratique ou autoritaire mais au jugement des citoyens. Bien que l'un des axes de la riposte du "parti médiatique" ait été de tenter de faire un amalgame avec les prises de position des Vauquiez et des Le Pen, l'essentiel ne pourra pas être dissimulé : l'idéologie et la propagande sont des armes essentielles maniées - depuis toujours - par les pouvoirs dominants pour assurer leur pouvoir et, pour les déstabiliser, il faut sans cesse renforcer la lutte pour renverser l'hégémonie sur ce terrain de l'idéologie et de la propagande.

 

L’interview d’Alexis Corbière dans son ensemble peut être lue sur la page suivante :

http://www.atlantico.fr/decryptage/alexis-corbiere-explication-melenchon-bashing-se-trouve-t-elle-cote-elysee-main-bruno-roger-petit-qui-parait-fait-tournee-3331811.html

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