Gauche, populisme, populisme de gauche ?

En 2017, Mélenchon a refondé la gauche, a rebâti la gauche (Que "l’Insoumis" appelle cela "le peuple" n'y change rien). Roger Martelli, de la rédaction de Regards, l'admet - peut-être - du bout de la plume, dans un passionnant article, paru le 15 février.

Gauche, populisme, populisme de gauche ?

En 2017, Mélenchon a refondé la gauche, a rebâti la gauche (Que "l’Insoumis" appelle cela "le peuple" n'y change rien). Roger Martelli, de la rédaction de Regards, l'admet  - peut-être - du bout de la plume.

Dans un passionnant article, paru le 15 février dans Regards, Martelli procède à une étude sociologique et politique approfondie de la séquence électorale de 2017 et de ses suites, à travers les sondages et les statistiques du vote. Le titre ? « Populisme ou gauche : de la Présidentielle à aujourd’hui »… Tout un programme.

Souvent, avec Martelli, Mélenchon n’est pas loin de la crucifixion ! Là, une image de Mélenchon/Janus qui sert d’illustration à l’article laisse d'abord entendre que le président du groupe insoumis à l’Assemblée pourrait représenter  - et l’un (le populisme) - et l’autre (la gauche), mais finalement, non. Il devrait choisir  : ce n’est pas "et", ce n’est pas "et/ou", c’est bien gauche "OU" populisme.

2019-02-17-melenchon-janus

La une du site de Regards.

Commentaires :

Comme le montre Martelli, Mélenchon à fait un score exceptionnel à la Présidentielle de 2017. On ne peut lui reprocher, finalement, que de n'avoir pas réussi à "renverser la table". Mais faut-il le lui reprocher ? On ne peut pas dire que du côté de l'ancienne gauche on l'a beaucoup aidé : entre le PCF qui l'a soutenu comme la corde... et Hamon qui n'a servi qu'à l'empêcher de gagner.

On voit bien que la courbe des sondages avant le premier tour, produite par Martelli, plafonne pendant les trois dernières semaines de la campagne après la fameuse "remontada" des semaines précédentes : c'est là que tout s'est joué !!!

Martelli analyse ce qui a manqué, dans chaque segment de l’électorat. Et si le PCF avait jeté toutes ses forces dans la bataille ? Et si Hamon s'était retiré (ou avait été lâché par ceux qui l'ont accompagné jusqu'au bout et ont depuis rompu avec lui) ? Et si les écolos ? Et si la CGT ? Et si les médias dominants ? Et si Et si ?....
Mélenchon aurait pu être au second tour... Sa stratégie était gagnante. Faute de mieux, il a bien rebâti une gauche de rupture fidèle à ses valeurs, à son histoire, reléguant le courant social-libéral très loin derrière et offrant une alternative crédible.

Et maintenant?

Reste que même si, comme le dit Martelli, La France insoumise a réussi à bloquer la progression du FN dans ses zones de force, il n'y a pas eu, à l’occasion de ces élections, de transfert massif du vote populaire de Le Pen à Mélenchon, et il n'a a eu qu'un recul faible de l'abstention dans les zones populaires.
Et on en est là aujourd'hui, y compris avec les gilets jaunes. On a un mouvement populaire qui dit vrai (ISF, SMIC, RIC) et qui surfe avec justesse sur "l’anti-système". Mais, problème : Le Pen parvient mieux que Mélenchon à représenter l’"anti-système", quoi qu’il en soit  du positionnement politique et de l’ambiguïté (disons l’ambiguïté) du FN sur l’ISF et le SMIC et de sa totale installation DANS LE SYSTÈME qu'il ne conteste absolument pas.

Alors, la stratégie populiste permettra-t-elle d'arriver à retourner cette réalité ? En somme, faut-il parler juste un langage "de gauche" comme semble le recommander Martelli pour gagner les abstentionnistes et les électeurs FN, ou bien autre chose est-il absolument nécessaire ? C'est ce à quoi veut répondre LFI, sous le vocable de "populisme de gauche", sans trouver jusqu’à maintenant la bonne formule, le bon tempo.
Face au mouvement des gilets jaunes, Mélenchon et LFI ont cependant fait une sorte de "sans faute". Si on avait eu les mêmes réactions du côté de la CGT et du PCF peut-être cela aurait-il pu jouer... Ne parlons pas de l’effet dans les milieux populaires de plus de 30 ans de social-libéralisme conclus par le calamiteux septennat Hollande. Allez donc demander sur un rond-point si on pense que "la gauche" ça sert à quelque chose ?

En attendant, depuis le bon score de 2017, la cote de Mélenchon a dégringolé, et LFI se porte assez mal (en dehors du groupe à l'Assemblée). Le rouleau compresseur médiatique y a sa part, mais les dirigeants ont tort de faire comme si tout allait bien. C'est Ruffin (et non Mélenchon) l'homme populaire sur les ronds-points: en cela il "bénéficie" de la même hostilité des médias, de la "gôche" et de Regards.
Donc, Martelli le montre à partir des sondages, Mélenchon perd en effet beaucoup "à gauche" (y compris dans son propre électorat) et, parallèlement, il ne gagne pas chez les gilets jaunes : parce que son côté "Grand leader" heurte profondément quand son mouvement se présente justement comme horizontal, parce que le temps est au dégagisme vis-à-vis des pontifes de la politique, et parce que son image "de gauche" est atteinte de diverses manières. Par exemple : pourquoi LFI voit-elle des fractions entières de ses membres de la première heure s'en détourner, en silence ou spectaculairement selon les cas ? pourquoi Mélenchon manie-t-il l’insulte à l’égard de ceux qui contestent sa férule et traite-t-il avec mépris ceux qui ne pensent pas comme lui ? pourquoi aime-t-il se donner l'allure d'un homme insensible au compromis ? que ferait Mélenchon au pouvoir, si comme Maduro, il se trouvait en difficulté ?

C'est tout de suite après le printemps 2017 (et pas pendant le cycle électoral, et pas depuis les perquisitions de l'automne) que LFI a manqué une marche. On en paye le prix maintenant.

Du coup, ça permet aux miettes de l'ancienne gauche d'y croire à nouveau en espérant que le cycle LFI et l’irruption des gilets jaunes n'auront été qu'un mauvais moment à passer... Dans un an et demi, les municipales : ah ! la belle "unité de la gauche" en perspective !!!!

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