Le silence criant des «élites» intellectuelles

Pourquoi ce silence des intellectuels, des universitaires, des chercheurs, des artistes, dans le débat présidentiel ?

Le silence criant des « élites » intellectuelles

L’Université se meurt de la LRU et de la loi Fiorasso, la recherche, asphyxiée et bureaucratisée, ne vaut pas mieux, mais les universitaires ne prennent pas parti dans le débat présidentiel. Comme si tout était égal entre les projets qui leurs sont soumis.

Les intellectuels (qui sont aussi le plus souvent des universitaires) confrontés peut-être à un vrai choix de société à l’occasion de cette élection présidentielle, pour la plupart se taisent, tandis que quelques-uns, tels la mouche du coche, choisissent leur camp.

Les journalistes, ce vaste monde asservi dans le système médiatique, restent muets, laissant les éditocrates tenter de dicter aux électeurs le bon choix. Verra-t-on cinq ou six courageux prendre parti ?

Les écrivains, les cinéastes, les artistes, les acteurs, les créateurs semblent n’avoir plus rien à dire ; ils ne forment aucune cohorte de signataires, ils ne mobilisent aucun de leurs réseaux, ils regardent passer le train de l’histoire.

Après qu’on a vu un petit nombre de ceux-là tenter de brouiller les pistes par des appels incantatoires à l’union des forces de gauche autour du PS et de son candidat, il en reste encore quelques-uns pour distiller, jour après jour, des critiques, surtout pas constructives, comme si chaque occasion d’instiller un doute, d’affaiblir une dynamique devait être saisie.

Quand une force politique nouvelle tente de s’organiser autour d’axes fédérateurs – la paix, la transition écologique, l’harmonie sociale, le refus de l’austérité – les « élites » intellectuelles refusent l’obstacle. Quand une alternative se présente au régime de l’oligarchie, aux politiques austéritaires, aux régressions sociales, aux conflits identitaires, elles choisissent l’inexistence. Quand une occasion unique surgit de réorienter le projet européen vers ses fondamentaux, elles qui ont souvent passé pour incarner la « conscience européenne », restent inertes.

Quand il y a Macron, Fillon, Le Pen et Mélenchon, le choix est si cornélien que pour rien au monde les habituels donneurs de leçons ne prendraient parti. Notons d’ailleurs que la proposition Macron qui devrait fédérer tous ces velléitaires est perçue comme tellement vérolée qu'elle ne recueille finalement qu’un appui secret. Les "médias" font le travail.

La France insoumise a certes des défauts, des limites, des faiblesses ; quel mouvement politique, surtout si nouveau, n’en aurait pas ? Le candidat Jean-Luc Mélenchon dont la règle du jeu présidentiel fait qu’il est au centre de ce moment-là du projet a, lui aussi, défauts, limites et faiblesses ; qui n’en aurait ?

Mais voilà, cette semaine, c’est la dernière limite : il faut être pour ou contre.

Michel Pinault, historien

 

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