Deux millions de signataires pour L’Affaire du siècle: et après ?

2 millions de signatures pour l’Affaire du siècle, pour « mettre fin à l’inaction climatique » et « obliger l’Etat à respecter ses engagements ». Il faut aller plus loin. Un Référendum d'initiative partagée en faveur d'une proposition de loi organisant une transition énergétique accélérée obligerait les parlementaires à s’engager clairement face à l’urgence climatique.

Deux millions de signataires pour L’Affaire du siècle : et après ?

                Comme plus de deux millions de citoyens, j’ai signé la pétition L’Affaire du siècle, portée par 4 ONG (Notre affaire à tous, Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace France, Oxfam France) pour « mettre fin à l’inaction climatique » et « obliger l’Etat à respecter ses engagements » en matière de transition écologique. Une procédure judiciaire est engagée pour obtenir la mise en accusation du gouvernement.

                Comme tous les signataires, j’ai reçu un questionnaire au sujet des suites à donner à ce qui est devenu un mouvement citoyen de masse. Je n'ai pas répondu aux deux questions sur mes attitudes personnelles envers l'environnement car, de mon point de vue, ce n'est pas le sujet. Ceci n’enlève rien à l’utilité voire l’obligation qu’il y a, pour chacun.ne de nous, à modifier dès maintenant nos modes de vie et de consommation.

                 J'ai appuyé L'Affaire du siècle comme expression d'un mouvement citoyen potentiellement majoritaire, nécessaire pour faire plier le gouvernement, l'État, le système. C'est là que cela se joue. Je crois peu à l'efficacité, en soi, de la démarche judiciaire. Je compte sur une mobilisation citoyenne et politique radicale. Je suggère, comme moyen de médiation de cette mobilisation, parallèlement au recours juridique, de provoquer une procédure de Référendum d'initiative partagée (faute de mieux dans notre législation) sur la politique de transition énergétique (au sens le plus large). Il faudrait alors passer de 2 millions à 4,7 millions de pétitionnaires....

Un peu plus de clarté

                  Par ailleurs, j'attendrais des ONG qu'elles lèvent l'ambigüité qu'elles entretiennent sur la possibilité de limiter le changement climatique (et de passer du système productiviste et consumériste actuel à un système durable et vertueux), donc de sauver la biodiversité, le cadre de vie de l’humanité, l’humanité elle-même peut-être, sans remettre en cause la toute-puissance sans contrepoids du système capitaliste. Je suis membre de La France insoumise : je crois qu’il faut porter au pouvoir un gouvernement qui organise la sortie du système productiviste et consumériste, qui mette en œuvre la transition énergétique et privilégie la lutte contre les émissions de CO2, et mette en œuvre la planification écologique.

                 La pertinence et la force de L'Affaire du siècle c'est qu'elle a mobilisé les citoyens contre l'inertie du pouvoir actuel et elle a mis fin au mensonge concernant l'aptitude de celui-ci à faire progresser la lutte contre le changement climatique, mensonge d’abord entretenu par la présence de Nicolas Hulot au gouvernement, perpétué par la présence de soi-disant écologistes dans les rangs macronistes, et alimenté par les fameux propos au Point de Jadot, tête de liste EELV aux Européennes, indiquant qu’il était « pour l’économie de marché, pour la libre entreprise et l’innovation » (et récemment rectifiés par le même Jadot dans une intéressante interview à Reporterre).

Aller plus loin

                 Aller plus loin implique de porter ce dévoilement et cette dénonciation de l’imposture macroniste en matière environnementale à un niveau supérieur sans attendre, pendant des mois ou des années, que la justice tranche. Les mobilisations dans la rue, les initiatives de désobéissance civile, les convergences avec le mouvement social et les gilets jaunes ("Fin du mois, fin du monde"), la pression sur les élus à tous les niveaux, le boycott des entreprises polluantes, tout est utile. Mais il faut que cela catalyse dans une Affaire du siècle bis. Il faut aller plus loin et porter une offensive politique globale contre le pouvoir.

                 Un Référendum d'initiative partagée, par exemple, en faveur d'une proposition de loi organisant une transition énergétique réelle, globale et accélérée (incluant les types de production énergétique, le développement d'un service public d'Etat portant le projet, une évolution programmée des systèmes de transport des marchandises et des déplacements de particuliers, la transformation des modes de consommation collective et individuelle, etc. et organisant la réduction sévère de tous les types de gaspillage énergétique), pourrait y contribuer.

                 Aller dans la direction d’un Référendum d’initiative partagée permettrait de placer tous les élus, individuellement et quelle que soit leur appartenance politique, devant l’obligation de s’engager clairement face à l’urgence climatique. L'appartenance politique des députés et sénateurs qui appuieraient cette démarche serait certainement très instructive pour les citoyen.nes : les ONG y sont-elles prêtes ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.