"Gilets jaunes", mobilisations populaires, populisme et France insoumise

«Rencontre nationale des quartiers populaires» ce week end à Épinay-sur-Seine, organisée par La France insoumise, "gilets jaunes" dans toute la France, quelle stratégie pour passer de la colère et du désespoir à l'auto-organisation populaire et à l'Insoumission ?

Mobilisations populaires, populisme et France insoumise

La « Rencontre nationale des quartiers populaires » tenue ce week end à Épinay-sur-Seine par La France insoumise a donné lieu à deux articles de Rachid Larèche dans Libération : une interview d’Éric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis, et un compte-rendu des débats :

https://www.liberation.fr/france/2018/11/18/eric-coquerel-les-habitants-des-quartiers-populaires-ont-le-droit-a-la-republique_1692508

https://www.liberation.fr/france/2018/11/18/les-insoumis-cherchent-les-voix-des-quartiers_1692886

Ces rencontres ont permis de réunir une grande diversité de voix et d’acteurs qui ont politisé, ces dernières années, la question de ces « quartiers » (« quartiers » puisque c’est l’expression rapide qui permet de cerner le sujet avant toute discussion du sujet lui-même), et qui ont expérimenté, de mille façons, dans ces quartiers, l’auto-organisation populaire que les Insoumis appellent de leurs vœux.

Le contexte dans lequel cette « question » s’inscrit pourrait être décrit à partir de deux points de départs opposés :

  • d’une part, le rejet par Macron du « Plan Borloo » pour les banlieues et le résumé de son approche libérale à travers son fameux aphorisme : plutôt Uber que dealer (Médiapart, 3 nov. 2016) ; bref l’abandon des banlieues et de leurs habitants à leur sort,
  • d’autre part les 600 000 voix qui ont manqué à Jean-Luc Mélenchon pour être présent au second tour des Présidentielles dans un scrutin où l’abstention et les votes non comptabilisés ont atteint 25% au plan national et, par exemple, près de 30% en Seine-Saint-Denis ; la France insoumise ne peut gagner électoralement qu’en faisant reculer aussi bien l’abstention que le vote de colère sans espoir pour l’extrême-droite.

C’est dire que le lien est direct entre ce que pourrait être une mobilisation générale des « quartiers » contre la politique macroniste et l’expression politique de ce rejet qui pourrait bénéficier dans les prochaines échéances électorales à La France insoumise.

L’autre contexte de ces Rencontres des quartiers populaires qui ne pouvait pas être anticipé a été celui d’une double actualité :

  • celle de la catastrophe de Marseille qui a ému l’ensemble de la population française et entraîné une vigoureuse mobilisation populaire dans la ville dont Mélenchon est le député,
  • et celle de la révolte des « gilets jaunes » qui a vu des dizaines de milliers de nos compatriotes prendre en main, à travers les réseaux sociaux, une mobilisation de masse pour exprimer leur exaspération devant les effets de la politique du gouvernement sur leur pouvoir d’achat et leurs conditions de vie.

Les médias se sont acharnés à voir ces « gilets jaunes » comme « manifestant pour la première fois de leur vie », « n’ayant jamais adhéré à un syndicat ou à un parti politique », voire comme « abstentionnistes » et « apolitiques » quand tout indiquait, par ailleurs, une démarche très politique, très réfléchie et très engagée, laquelle a peu été analysée et aussitôt balayée d’un revers de manche comme « populiste », « poujadiste » et même d’extrême-droite.

Le soutien de LFI à cette mobilisation des « gilets jaunes », d’abord prudente puis de plus en plus déterminée, a donc été un contrepoint à la tenue des Rencontres des quartiers populaires de ce week end (rappelons que LFI avait déjà organisé des « caravanes » itinérantes d’accès aux droits tournées vers ces « quartiers »).
À travers cette concomitance d’événements se trouve, pour la première fois mise en évidence concrètement la nature de ce « populisme de gauche » dont se réclame LFI et que Mélenchon préfère appeler la « révolution citoyenne ». Il a d’ailleurs franchi un cap dans la formulation de cet objectif stratégique de « l’auto-organisation populaire » en décrivant, dans son discours prononcé lors de ces Rencontres des quartiers populaires, ce qu’il a appelé « la nouvelle France », formule qui a aussitôt été relevée par certains médias :

https://melenchon.fr/2018/11/18/video-voici-la-nouvelle-france-discours-de-jean-luc-melenchon-a-epinay-sur-seine/

« Je sais quelles sont les populations qui sont là dans ces quartiers. Eh bien moi je veux les nommer. Je n'ai pas peur, je n'ai pas honte de le dire. Ceux que vous voyez là, c'est la nouvelle France. (…) Voici la nouvelle France, celle sur laquelle nous nous appuierons pour construire et faire tout ce qu'il y a à faire dans ce pays demain, tout changer. (…) La révolution citoyenne, elle est d'abord appuyée sur la nouvelle France. »

Le résultat mitigé du premier tour de l’élection législative partielle d’Évry, le même week end, montre à quelles limites et à quelles difficultés cette démarche doit s’affronter : dans cette circonscription difficile, gangrenée par le clientélisme à la Serge Dassault ou à la Manuel Valls, l’abstention a été massive, plus que massive, et la candidate insoumise, Farida Amrani, n’a rassemblé sur son nom qu’une fraction de l’électorat anti-macroniste. Il y a loin, encore, de la vague de mécontentement dégagiste qui secoue l’opinion à sa traduction en termes de révolution citoyenne et de victoire électorale insoumise. Gageons pourtant que dimanche prochain Farida Amrani sera élue dix-huitième députée insoumise à l’Assemblée nationale.

POUR LA COLERE, CONTRE LES BARONS : http://www.regards.fr/la-midinale/article/farida-amrani-et-ulysse-rabate-fi-nous-sommes-les-candidats-du-peuple-et-de-la

 ET ENCORE UNE CHOSE : https://francoisruffin.fr/mon-samedi-jaune/

 

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