À quel « communisme » les militants du PCF pensent-ils ?

Faut-il rappeler encore une fois que Marx et Engels définissaient le communisme comme « le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses » ? Ce mouvement doit converger et devenir hégémonique. Les forces capables de s’entendre dans cette perspective doivent former une sorte de Front populaire pour la transformation « écosocialiste » du pays.

À quel « communisme » les militants du PCF pensent-ils ?

Faut-il rappeler encore une fois que Marx et Engels définissaient le communisme comme « le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses » ? Il y a du communisme dans les myriades de pratiques, d’actions, de mobilisations, de « sensibilités » même, qui traversent toute la société ; et il est absurde de prétendre qu’un parti traditionnel puisse les représenter toutes et les englober. Cette diversité même, c’est du communisme ! D’où la pertinence de la notion de « bien commun » qui est une tentative de penser le communisme pratique, à notre époque de nouvelle révolution technologique, de mondialisation, de changement climatique.

Ce mouvement au sein de la société doit converger et tendre à devenir hégémonique. C’est à cette condition que la « révolution » anticapitaliste s’opérera, sans grand soir et même indépendamment de toute « victoire » électorale ponctuelle. Cela dépasse très largement la simple politique. Je ne suis pas sûr que ce soit cette idée du communisme qui domine chez les militants actuels du PCF qui débattent de l’« identité » de leur parti.

L’existence d’un parti communiste de type léniniste a été un produit de l’histoire des luttes de classes en France, dans un contexte où on a pu croire la révolution, conçue comme un basculement brutal du système social, imminente et produite par la confrontation principale entre le prolétariat et la bourgeoisie. Dans la mesure où plus personne n’imagine (et ne souhaite) une telle perspective, le parti communiste est souvent perçu comme figé, coupé des dynamiques sociales en devenir, campé sur la nostalgie d’un modèle de société qu’on a appelé le socialisme réel ou le socialisme de caserne, qui fut une impasse historique avant de disparaître. Sans parler de la période stalinienne.

Que l’héritage du parti communiste soit considérable, du Front populaire au Programme commun et aux premières années du mitterrandisme en passant par la Résistance et la Libération, les luttes anti-coloniales, personne ne peut le nier. Mais qu’a-t-il produit depuis plus de trente ans que dure son inexorable déclin ? Faut-il rappeler que le PCF est passé et passe même encore souvent à côté de formes essentielles de mobilisation sociale pour changer la société et faire advenir des alternatives, des mouvement féministes à l’écologie par exemple ? La sociabilité communiste qui a longtemps été dominante dans le monde ouvrier, dans certains secteurs de la paysannerie, qu’on a souvent décrite comme une forme de contre-société, avec ses fraternités et ses solidarités, ses mythes et ses rites, s’est réduite comme peau de chagrin. Ce qu’il en reste survit d’ailleurs désormais souvent à côté ou en dehors du PCF. Ce n’est pas en théorisant le retour à une identité perdue (et illusoire) que celui-ci pourra reprendre contact avec la société française d’aujourd’hui.

Certes le PCF a représenté et représente encore une part du monde ouvrier. Et les luttes ouvrières, plus largement les luttes populaires d’aujourd’hui, sont une composante essentielle des forces qui produisent du communisme au jour le jour au sein de la société capitaliste. Mais elles n’en sont qu’une partie seulement, elles ne peuvent plus prétendre conduire à elles seules voire à guider l’ensemble de ces forces progressistes/communistes. Elles doivent prendre leur place dans le vaste mouvement protéiforme de la société pour sa transformation. Si le PCF représente une force, une sensibilité spécifiques, sa place est, pour la part qu’il représente, au sein du mouvement d’ensemble qui se cherche, qui s’organise, qui mûrit et dont l’émergence de La France insoumise représente, pour un temps, la forme la plus visible.

Reste qu’il y a des échéances électorales qui sont autant de rendez-vous d’étape dans l’idée que la prise du pouvoir est une nécessité pour accélérer le changement social et relever les défis du moment, le principal étant celui du changement climatique, du nécessaire changement de système de production et de consommation, à l’échelle mondiale. Toutes les forces politiques capables de s’entendre dans cette perspective doivent former une sorte de Front populaire pour la transformation « écosocialiste » du pays. Cela suppose de s’affronter avec détermination à la finance, à la Commission européenne, aux forces conservatrices ; on peut voir là la forme actuelle de l’affrontement de classes qui traverse la société capitaliste.

L’identité communiste y a toute sa place, encore faut-il que la référence à cette identité ne soit pas un paravent pour mener une politique sans principes et sans clarté vis-à-vis de ces enjeux. Si le débat actuel sur cette identité, au sein du PCF, vise à instituer en dogme le projet de reconquérir une hégémonie perdue, à bâtir cette prétendue reconquête sur des ententes électoralistes avec les débris du courant socialiste pour préserver quelques « fiefs » électoraux, et de refuser de s’inscrire dans les dynamiques de mobilisation aujourd’hui en devenir - je pense toujours mais pas seulement à La France insoumise et au rôle qu’a joué Jean-Luc Mélenchon pour penser ce processus et le faire advenir - alors ce débat n’aura été qu’une nouvelle et peut-être ultime étape de son déclin.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.