Pour une pétition nationale et citoyenne à l’initiative des gilets jaunes

Les gilets jaunes doivent organiser l’expression démocratique et sans filtre des citoyens eux-mêmes, de tous les citoyens. Une pétition nationale et citoyenne pourrait répondre à cet objectif. Elle permettrait de mettre le pouvoir exécutif au pied du mur.

Pour une pétition nationale et citoyenne
à l’initiative des gilets jaunes

Les choses sont simples ! Des profondeurs du pays a surgi un puissant mouvement épris de solidarité contre tous les égoïsmes, un mouvement que symbolisent au plus haut point « les ronds-points ».
Depuis ces ronds-points monte une aspiration double au partage équitable des richesses et au partage démocratique du pouvoir. Fraternité, égalité, liberté, proclament les gilets jaunes.

Le soi-disant « grand débat » promu par le pouvoir ne vise pas à connaître et élaborer les demandes qui montent de la population, elles sont connues ; il vise à développer une vaste entreprise de propagande gouvernementale, première étape d’une reprise en main du pays par le pouvoir.
Face à cette tentative politicienne, les gilets jaunes doivent organiser l’expression démocratique et sans filtre des citoyens eux-mêmes, de tous les citoyens.

Une pétition nationale et citoyenne pourrait répondre à cet objectif.

Cette pétition pourrait être bâtie à partir de la double aspiration à l’égalité et à la liberté des gilets jaunes :
rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et instauration du référendum d’initiative citoyenne (RIC).

D’autres demandes qui gravitent autour de ces deux-là viendraient s’y ajouter :
Au-delà de l’ISF :

  • hausse de la taxation des revenus du capital, renforcement de l’impôt sur les sociétés, impôt fortement progressif sur les successions (à partir de 100 000 euros),
  • renforcement de l’assiette et de la progressivité de l’impôt sur les revenus, suppression des niches fiscales et de la soi-disant optimisation fiscale, lutte aggravée contre la fraude fiscale,
  • baisse des taxes injustes sur les carburants, baisse de la TVA sur les produits de première nécessité,
  • et encore augmentation des salaires, en particulier des bas salaires, du SMIC et des taux horaires, augmentation des pensions de retraite en particulier des pensions les plus modestes, des minima sociaux ;

Au-delà du RIC :

  • rétablissement des droits du Parlement, remise en cause des pouvoirs présidentiels,
  • renforcement des pouvoirs locaux, communaux et départementaux,
  • la révocabilité des élus,
  • l’ensemble se traduisant par la convocation d’une Assemblée constituante en vue du passage à une 6ème République.

La pétition nationale citoyenne pourrait s’arrêter à ces deux grandes catégories de demandes.

Il y a certes des questions qui ne seraient pas abordées qui viennent pourtant se greffer sur cette simplicité première :

  • par exemple, la défense d’une politique de transition écologique ambitieuse et juste,
  • la contestation du système médiatique, lui aussi fort peu démocratique et vis-à-vis duquel un retour à l’ordonnance de 1945 sur la presse serait nécessaire,
  • la défense et le développement des services publics dont le pouvoir trouve qu’ils « coûtent un pognon de dingue ».

On peut même repérer des thématiques qui émergent peu alors qu’elles sont fortement présentes dans les préoccupations des citoyens et que cette pétition laisserait de côté,

  • comme la contestation de la tyrannie qui règne dans l’organisation des entreprises (tyrannie directe de la chaine hiérarchique, tyrannie bien perçue des « Ressources humaines », tyrannie ressentie bien qu’insaisissable des actionnaires) à laquelle on pourrait opposer la demande du partage du pouvoir dans ces mêmes entreprises ;
  • ou encore comme la contestation du modèle politique européen, avec sa commission toute-puissante et son soi-disant parlement privé de ses prérogatives essentielles, avec sa monnaie unique et sa banque centrale « indépendante » qui sont utilisés comme un corset vis-à-vis des politiques économiques « possibles », avec ses Traités qui corsettent les choix européens, par exemple en matière de coordination des politiques sociales et fiscales, en matière de réglementation commerciale et bancaire, en matière de lutte contre les paradis fiscaux.
  • Parmi ces « silences », on devrait aussi prendre en compte celui qui concerne le sujet de l’immigration. On peut émettre l’hypothèse selon laquelle la nature même du mouvement des gilets jaunes, fait de solidarité, d’entraide, de partage, de justice et d’égalité, laisse peu de place à la formulation d’un programme politique fondé sur la fermeture, le rejet, l’exclusion. Cela ne veut pas dire que la question n’a pas à être posée mais qu’elle pourrait l’être en partant de ces principes de générosité, de « care », à l’opposé de tout chauvinisme et de toute xénophobie.

Une pétition nationale et citoyenne se bornant aux questions liées à la justice sociale et fiscale et à la démocratisation institutionnelle qui serait approuvée par des millions de citoyens mettrait le pouvoir exécutif au pied du mur.

Au contraire de ce qui s’est produit lors des états généraux de l’été 1789 qui se firent porteurs des aspirations encore confuses du peuple français et en devinrent l’aile marchante, il n’y a rien de tel à espérer dans la chambre introuvable qui a été élue il y a un an et demi. Son sort est lié à celui du monarque présidentiel et elle ne peut lui faire défaut.

Les gilets jaunes doivent donc construire, dans l’urgence, une issue politique positive au face à face actuel entre le peuple et le pouvoir.
Une telle pétition sur le contenu de laquelle tous les gilets jaunes pourraient facilement s’entendre et qui obtiendrait aussitôt le soutien de larges portions de la population qui ne vient pas sur les ronds-points et ne manifeste pas accompagnerait puissamment les mobilisations en cours sur les ronds-points et lors des « actes » hebdomadaires. Loin de les affaiblir ou de les stériliser, elle leur donnerait la dimension politique qui leur manque encore et contribuerait à leur renforcement.

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