Unir les démocrates et les républicains

Deux sensibilités s’affrontent, à gauche, au nom d’arguments présentés comme rationnels : faut-il voter Macron ou voter blanc ?

Unir les démocrates et les républicains

Deux sensibilités s’affrontent, à gauche, au nom d’arguments présentés comme rationnels : faut-il voter Macron ou voter blanc ? En gros, les premiers considèrent que Macron bien qu’il est « un adversaire » vaut mieux que Le Pen qui est « une ennemie ». En général, ceux qui l’affirment passent rapidement sur ce qu’est Macron, sur son projet, sur sa « sensibilité » politique, sur ce qu’il fera une fois au pouvoir, sur les soutiens qu’il engrange, le dernier étant celui de Mme Parisot, ex- dirigeante du Medef. Tout son programme lui est pardonné au nom du fait qu’il est supposé être « démocrate » et « républicain ».

Ce brevet de respectabilité qui lui est donné par des gens qui, souvent, ont déjà voté pour lui au premier tour, ne mérite-t-il pas d’être interrogé ? Une journaliste indépendante et lucide a parlé, au terme d’une démonstration étayée de faits, d’un « coup d’État du CAC 40 » et cela sans susciter la moindre prise en compte de son travail. Qui est Macron ? Un aventurier qui s’est présenté comme une sorte de sauveur. Un bonimenteur fatigué, un dissimulateur maladroit, un attrape-tout avéré, qu’on repeint en sauveur de la démocratie. On demande aux électeurs méfiants de lui livrer le pays. Qu’il se contrefiche de la crise climatique, du risque nucléaire, de l’extension partout de la misère, du malheur et de l’injustice, qu’il n’ait rien à dire sur la crise migratoire et le devoir d’humanité, qu’il soit comme un poisson dans l’eau dans cette démocratie moribonde gangrenée par l’argent et aux mains des médias dominants, qu’il se vante d’admirer cette Europe corrompue aux mains des affairistes, rien de tout cela ne pèse dans le vote puisqu’on doit d’abord voter contre la fasciste. Voilà un courtisan vaniteux, arriviste sans scrupules, dont le pédigrée donne la nausée à tout honnête homme, et on somme les électeurs de l’adouber. Qu’il ait annoncé une sévère purge sociale, qu’il ait prétendu d’avance gouverner par ordonnances, qu’il soit indifférent à la nécessaire reconstruction de nos institutions et à l’urgente transition énergétique, tout cela ne compte pas. Voilà un homme qui n’a pu obtenir les suffrages d’un gros quart des électeurs que par une campagne fondée sur le marketing, l’ambiguïté, la manipulation des électeurs, qui a en somme circonvenu leur vote, qui ne peut être considéré comme « honnête » et il faudrait tout miser sur lui ?

Ce démagogue plébiscitaire rappelle fort ce qui s’était produit avec l’irruption de Louis-Napoléon Bonaparte à l’élection présidentielle du 10 décembre 1848 – la première au suffrage universel d’un président de la République. Celui qui se présenta alors comme le candidat du peuple se révéla en fait comme le défenseur de l’ordre conservateur et l’assassin de la démocratie naissante. Trois ans plus tard, lassé d’un affrontement sans issue avec la représentation parlementaire, le 2 décembre 1851, Louis Bonaparte renversa la République par un coup d’État. Il poursuivit ensuite sans relâche les démocrates et les républicains.

Chacun sait que nos institutions sont malades et à bout de souffle ; l'arrivée de Macron au pouvoir ajouterait la paralysie. Après avoir fait de Macron le sauveur camouflé d’un ordre libéral détesté est-on en train de préparer le Macron chargé de trouver une issue autoritaire au rejet des institutions anti-démocratiques de la Vème République ?

 

Un mot en passant sur le torrent de haine déversé sur la France insoumise - 500 000 membres et 7 millions d’électeurs - et son candidat Jean-Luc Mélenchon. Tous ceux qui unissent ainsi leurs voix à celles de Hamon et Hollande perdent toute retenue et, de facto, toute honorabilité. La question de l’appel à voter au second tour n’apparaît plus que comme un prétexte. Ceux qui respectent Mélenchon et ses électeurs s’appliquent, s’ils le souhaitent, à convaincre dans un dialogue digne, ceux qui auraient des doutes sur l’utilité, bien discutable n’est-ce pas, d’un ralliement à Macron.

 

Alors, quelle issue ? La seule qui me semble envisageable au point de dégradation où en sont arrivées les choses, ce serait la proclamation, dès ces jours-ci, d’une déclaration commune signant l’alliance de tous ceux qui s’opposent, à gauche, à Le Pen et à Macron, forces politiques organisées, mouvements pétitionnaires, groupements de jeunes, syndicats, associations, réseaux et individus. Elle ne pourrait s’organiser qu’autour de la France insoumise. Elle en reprendrait l’essentiel du programme, déjà approuvé par plus de 7 millions d’électeurs. Elle proclamerait un « Front populaire ». Tous les participants seraient d’accord pour organiser des désistements mutuels au second tour des législatives, contre les représentants de Macron et de Le Pen. Alors, d’un coup, l’aigreur et la division reculeraient, la question du second tour deviendrait tout à fait secondaire. La France pourrait reprendre sa marche vers l’Avenir en commun.

 

 

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