Corse: du journalisme et de la délation

Début septembre, le Premier ministre « s’indigne », le Ministre de la défense est choqué qu’un « organe de presse fasse la promotion des talibans ». Il s’agit de Paris-Match et l’affaire fait grand bruit. Cette semaine, c’est un modeste organe de presse, qui plus est un « journal sur le net » qui est accusé de faire de « la délation ». Albert Londres doit avoir le mal de mer dans sa tombe.

Panneau_Presse_carte.jpgDébut septembre, le Premier ministre « s’indigne », le Ministre de la défense est choqué qu’un « organe de presse fasse la promotion des talibans ». Il s’agit de Paris-Match et l’affaire fait grand bruit. Cette semaine, c’est un modeste organe de presse, qui plus est un « journal sur le net » qui est accusé de faire de « la délation ». Albert Londres doit avoir le mal de mer dans sa tombe.

Ça se passe en Corse… Je sais… On pense inévitablement que là-bas, ce n’est pas comme ici. Mais, cette fois, je ne crois pas qu’il y ait une spécificité à cette histoire, sinon peut-être, hélas, celle que pourrait lui donner mes confrères en n’y prêtant pas attention.

 

Les faits : le jeudi 4 septembre dernier, Enrico Porsia journaliste à Amnistia.net publie le début d’un dossier sur le « Plan d'aménagement de la Corse », le curieusement nommé PADDUC.Mon confrère et ami (voir note en bas de page). sous-titre son premier « papier » : « L'extraordinaire destin des terrains du président du Conseil exécutif, du président de l'Office de l'Environnement et du cousin du président de l'Assemblée de l'île. Une passionnante histoire de familles, d'argent et de béton ! ». En fait, le principal problème que pose ce PADDUC là, ce sont les espaces déclarés « remarquables » et protégés par la loi Littoral.

 

Enrico Porsia, qui vit entre continent et Corse, connaît très bien les problèmes que pose la protection du littoral corse. Il a, depuis de nombreuses années, attiré l’attention des lecteurs d’Amnistia.net, un journal qu’il a créé sur le web il y a dix ans. Un journal dont le modèle économique est proche de celui de Mediapart : il vit de ses abonnements et de la vente de dossiers au format « PDF », plus quelques mannes publicitaires. Enrico Porsia est un journaliste « fouille merde » comme on dit vulgairement, pour parler de ceux qui au mépris des risques, traquent inlassablement la vérité des faits.

 

Le mardi 9 septembre sous le titre « Désanctuarisation de la Corse », Amnistia.net publie les réponses des personnalités mises en cause en précisant : « les trois responsables de la Collectivité territoriale: Monsieur Camille de Rocca Serra, président de l'assemblée de Corse, Monsieur Ange Santini, président de l'Exécutif et Monsieur Jérôme Polverini, président de l'Office de l'Environnement ont réagi... Sans démentir nos informations ! »

 

Entretemps, les associations locales de défense du littoral, les politiques de tous bords et la presse locale se sont emparés du dossier. La presse, a repris largement le dossier d’Amnistia.net sans toujours citer la source, ni même appeler le journaliste… Une pratique, hélas de plus en plus répandue ! (cf. Mediapart, le mur du silence et le marché aux voleurs). micro.jpgMais le 15 septembre dernier, au « Club de la Presse » de Radio France Frequenza Mora, une ligne est franchie. Le sujet de la discussion du Club, animé par Pierre-Louis Alessandri, est ce fameux PADDUC. Autour de la table Joseph Guy Poletti du mensuel Corsica, Jean Vitus Albertini de France 3 Corse, Pierre Bartoli de l’hebdomadaire l’Informateur Corse et Henri Mariani de Frequenza Mora, que des journalistes !Dès le début du débat, on parle de l’impact médiatique du sujet et soudain Joseph Guy Poletti, directeur et éditorialiste du mensuel Corsica déclare : « J'ai quand même été choqué par ce que j'ai lu sur l'Internet et des délations... » Phrase en suspens « Balancer des noms comme ça à la vindicte publique.... » Phrase en suspens.

 

Que croyez-vous qu’il se passa ? Que fit l’animateur du débat ? Rien.

 

Aucun des journalistes de ce « Club de la Presse » ne fit une remarque à Joseph Guy Poletti pour lui signaler qu’il était en train de traiter de délateur un confrère qui appuie ses dires sur une enquête sérieuse et donne la parole aux personnes que les faits mettent en cause. Pas une question du style : quel journaliste, quel journal traitez-vous ainsi ? Pas une réaction !

 

A ce train là, Albert Londres, devrait être considéré comme un délateur en chef !

 

 

Lire les billets suivant sur le sujet.

 

 

Aller plus loin :

- Le dossier d’Amnistia.net- Ecouter le Club de la Presse

- Chut… des journalistes osent enquêter en Corse par Xavier Monnier / Backhih.info.

- L'île transparente par Francis Zamponi,écrivain, ancien journaliste de Libération.

 

Précision :

Pour que le lecteur sache tout, je dois préciser que j’ai fait partie dès sa création, de la rédaction d’Amnistia.net.

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