Guy Gilles, cinéaste de la double peine

Jusqu’au 5 octobre 2014, la cinémathèque française présente une rétrospective très complète de l’œuvre de Guy Gilles (1938-1996), cinéaste et photographe, trop tôt disparu et trop oublié. Un livre paraît également chez Yellow Now.  Une œuvre à découvrir.

 © Fons Guy GIlles © Fons Guy GIlles

Jusqu’au 5 octobre 2014, la cinémathèque française présente une rétrospective très complète de l’œuvre de Guy Gilles (1938-1996), cinéaste et photographe, trop tôt disparu et trop oublié. Un livre paraît également chez Yellow Now.  Une œuvre à découvrir.

Grâce à l’admirative obstination du cinéaste Gaël Lépingle, entouré de quelques amis, le nom de Guy Gilles n’est pas tombé dans le trou noir où disparaissent nombre d’artistes. Deux décennies de travail ont été nécessaires pour rassembler tous les longs métrages de cinéma et, grâce à l’INA, tous les documentaires et œuvres télévisuelles de ce poète maudit de la pellicule.

Guy Gilles naît à Alger en août 1938 du couple formé par Gillette et Eugène Chiche. C’est du nom de sa mère que viendra son pseudonyme de Guy Gilles. Neuf ans plus tard, naît son frère, Luc Chiche, qui, devenu journaliste, longtemps collaborateur de Jean-François Kahn, signera lui, Luc Bernard et réalisera un film « Lettre à mon frère, Guy Gilles, cinéaste trop tôt disparu ».

En 1958, Gillette Chiche meurt d’un cancer de la gorge. La même année, Guy Gilles signe son premier court-métrage  au titre révélateur : Soleil éteint. Produit, comme beaucoup d’autres qui suivront, par Pierre Braunberger, avec au générique, excusez du peu, Jean Marais et Danièle Delorme.

Tout au long de sa trop courte et très difficile carrière, Guy Gilles sera entouré d’une pléiade d’actrices et d’acteurs devenus aujourd’hui des étoiles du cinéma français, Macha Méril, Jeanne Moreau, Romy Schneider, Edwige Feuillère, Annie Girardot, Elina Labourdette, Juliette Gréco, Roger Hanin, Jean-Claude Brialy, Jean-Pierre Léaud, Alain Delon… On n’en finirait pas de citer les stars qui ont accepté de tourner pour  lui, ni les cinéastes et producteurs qu’il a fréquentés et qui ont tenté de l’aider.

Et pourtant, Guy Gilles n’a jamais connu le succès. 

Il faut dire que la majorité de son cinéma arrive en salle  dans la fin des années 60 et les années 70. Une époque où triomphe la nouvelle vague, dont il ne fait pas partie, et le mouvement de mai 68 dont ses films ne parlent pas.

 « Au pan coupé sort en salle en février ­68, et l’on ne peut pas imaginer contrechamp ou refoulé plus implacable de l’époque » écrit Gaël Lépingle dans le très beau et très documenté livre qu’il lui consacre avec Marcos Uzal. « La lettre d’adieu du héros ne laisse aucune ambiguïté sur l’ampleur du désastre : « Je préfère renoncer à tout que d’accepter ce que la société m’offre. Non je ne peux pas refaire le monde. Il y a peut-être des bonheurs possibles sur cette planète. Ils m’échappent, mais sans doute cela vient-il de moi. Mon aventure est solitaire. »

Solitaire, renfermé sont des adjectifs qui allaient aussi bien à Guy Gilles que beau, ténébreux, mystérieux, et, séduisant !  Homme à femmes, il fit une tentative de suicide pour l’amour de Jeanne Moreau. Il fut aussi l’amoureux et le compagnon de son acteur fétiche Patrick Jouanné, son double, son miroir dans ses films. La jeunesse actuelle ne doit pas oublier que l’homosexualité était encore passible des tribunaux au début des années 70…

En revoyant, ce mercredi 24 septembre,  lors de la séance d’ouverture de sa rétrospective à la cinémathèque, son film Le clair de terre, j’ai été frappé par le récit de ce jeune homme à la recherche des souvenirs de sa mère.  J’ai peu connu Guy Gilles, mais j’étais au festival du jeune cinéma d’Hyères en 1970 quand, grâce au soutien d’Henri Chapier et de Jean-Louis Bory, le grand prix lui fut attribué. J’étais très ami avec son frère Luc. Guy et Luc, je n’ai commencé à le réaliser que bien plus tard, souffraient des mêmes maux : l’absence de leur mère et la perte de leur terre natale. Une terrible double peine. On ne dira jamais assez combien l’exil des pieds-noirs brisa nombre de vies.

De là, ce regard cinématographique de Guy sur le temps qui passe, de là, une certaine fascination pour la mort qui l’entraînera vers l’usage des drogues, de là, l’inimitable et original ton de son cinéma. Pas étonnant, non plus que la musique de ses films « colle » autant à son cinéma, Jean-Pierre Stora est son cousin germain et a connu le même éloignement de l’Algérie.

Guy Gilles est un cinéaste totalement iconoclaste dans son époque. Ses films sont des poèmes. Ils transpirent  le mal de vivre mêlé au bonheur de sentir le soleil sur sa peau, les grains de sable de la plage sous les doigts. 

Guy Gilles occupe  nos  cœurs plus que nos têtes. Il plonge le spectateur dans ses  sentiments les plus enfouis. Ces films parlent d’amour, de ces amours dont on ne guérit pas. Ils parlent des sentiments des femmes et des hommes, et non des époques dans lesquelles ses héros vivent. C’est peut-être pour cela qu’ils n’ont pas connu le succès.

Michel Puech

Site officiel de Guy Gilles : http://www.guygilles.com

Programme de la rétrospective sur le site de la cinémathèque française

Guy Gilles, un cinéaste au fil du temps de Gaël Lépingle et Marcos Uzal – Editions Yelllow Now/Côté cinéma 30 €  http://www.yellownow.be/

Exposition des photographies de Guy GIlles à Paris

 

22 rue Saint Paul - 75004 Paris - 09.81.89.84.50

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