Un président ayant des convictions religieuses ne pose aucun problème.

Un président prêtre et professeur de théologie soulève en revanche de réelles interrogations.

Pour quelles raisons ?

Parce qu’un prêtre n’est pas seulement un croyant. Il incarne une mission, dont l’a investi l’évêque par délégation du pape, et représente une institution, l’Église, ayant ses propres intérêts et son propre corps de doctrine. A travers ses diverses activités, la mission du prêtre est d’être « un homme de Dieuchargé d'être la présence du Christ au milieu de son peuple, à son service et pour le mener au salut ».

Parce qu’un professeur de théologie catholique à l’Université de Strasbourg n’est pas un professeur de sciences religieuses. Il n’a pas seulement pour tâche d’enseigner la religion comme fait de culture ou de société, mais de former également de futurs ministres du culte. L’exposition du dogme, même raisonnée, ne peut être confondue avec le doute méthodique de la démarche scientifique, ni lui être substituée.

Parce que l’enseignement des dogmes est distinct de l’épistémologie de sciences religieuses. Si ces dernières ont une place historique et légitime dans la recherche et l’enseignement supérieur publics, les enseignements prosélytes ou dogmatiques, de même que la formation des ministres du culte, doivent relever exclusivement d’instituts privés extérieurs à l’Université publique.

 

Parce qu’un président n’est pas un vice-président. Le second est membre d’une équipe placée sous la responsabilité du premier, qui contrôle et endosse toutes les décisions par sa signature. Le président représente et incarne l’université d’État et ses principes : ceux de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, ceux de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 et ceux contenus dans Le Code de l'Éducation. L’université est un service public ayant pour vocation l’accès de toutes et tous au savoir scientifique. Elle n’a pas pour mission la transmission de dogmes, c’est-à-dire des vérités révélées qui ne pourraient être mises en doute.

Le risque est une remise en cause de notre contrat social qui accueille et intègre les personnes sur la base d’un socle de valeurs républicaines et laïques, c’est-à-dire indépendantes des dogmes et des croyances.

En quoi le dogme importe-t-il ?

Sans nous appesantir sur le fait qu’historiquement le savoir scientifique a souvent dû s’imposer contre les croyances et superstitions religieuses, il subsiste néanmoins de significatifs hiatus entre nos disciplines et la doctrine catholique. En matière de théorie de l’évolution, de création de l’univers, d’analyse des traditions philosophiques, d’histoire religieuse et politique, de démarche globale d’examen critique des faits, les positions de l‘Église comme institution ne sont pas celles de l’université et de la communauté scientifique. Ce n’est pas sans conséquences potentielles sur les enseignements comme sur la recherche (cellules souches, etc...). Garantir a priori une non intervention en matière de contenus d’enseignement et d’orientations de recherche apparaît à terme difficile à tenir pour un président d’université qui est prêtre.

Pourquoi une faculté de théologie catholique à l’Université de Strasbourg ?

Ce n’est pas une conséquence directe du Concordat, mais plutôt des compromis passés lors du retour à la France de l’Alsace. En 1919, lors du passage de l’université allemande à l’université française, il apparaissait logique que les facultés de théologie deviennent des facultés indépendantes, donc extérieures à l’université d’État, libres de continuer à dispenser un enseignement dans ce cadre. La Conférence d’Alsace-Lorraine s’était prononcée unanimement en 1917 pour la suppression de la Faculté de théologie catholique (rapport Pfister). Mais la peur d’une poussée autonomiste en Alsace en cas d’exclusion des facultés de théologie de l’université d’État a fait reculer le gouvernement de l’époque. Il est évident que cette question se pose aujourd’hui dans des termes très différents.

Quelle est la position du SNESUP-FSU ?

Le SNESUP-FSU de l’Université de Strasbourg considère qu'il est temps d’ouvrir et de conduire un débat serein, débat qui n'a rien de dégradant contrairement à ce qu'affirme l'ancien président de l'Université, et de demander à notre communauté de réfléchir aux deux questions suivantes, auxquelles il pourrait être répondu dans le cadre d’un référendum :

1.     Ne faut-il pas aller progressivement vers une Faculté unique des sciences religieuses qui engloberait les deux facultés de théologie existantes ?

 

1.     Ne faudrait-il pas inscrire dans les statuts de l’Université de Strasbourg l’affirmation de son engagement à respecter le principe de laïcité ?

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