Une question identitaire ?

LE CONCORDAT ET L’« IDENTITÉ ALSACIENNE»

 Le débat sur la réforme territoriale a-t-il réveillé les vieux réflexes « identitaires » alsaciens ? Les déclarations récentes de responsables politiques de Droite comme de Gauche le laissent clairement entendre. Les accents lyriques de ces discours ne dissimulent pas une forme de retour au « provincialisme » d’Ancien Régime.

 Trois moments – Trois citations

 1) 1918 – La France promettait le maintien des « privilèges »

 Le 22 novembre 1918, les troupes françaises occupent enfin la capitale alsacienne. À la tête de la 4ème Armée, le général Giraud fait afficher une adresse « Aux habitants de Strasbourg » qui proclame notamment « La France vient à vous, Strasbourgeois, comme une mère vers un enfant chéri, perdu et retrouvé. Non seulement, elle respectera vos coutumes, vos traditions locales, vos croyances religieuses, vos intérêts économiques, mais elle pansera vos blessures… »

 Ce premier acte déclaratif d’une autorité publique française en Alsace s’inscrivait dans une tradition qui remonte à l’Ancien Régime : le maintien des privilèges des territoires nouvellement annexés au Royaume… et non dans l’esprit de la République qui proclame l’universalité de ses valeurs.

 2) 1919 – des Alsaciens rejettaient une telle évolution

 « Nous voulons faire partie de la France une et indivisible : nous souvenant du grand serment du 14 juillet 1790, jour où nous avons renoncé à nos coutumes et à nos privilèges pour contribuer à former la France républicaine, nous voulons entrer immédiatement dans la grande famille française, sans lois d'exception d'aucune sorte. »

Ainsi s'exprimait un grand alsacien, Arthur Roederer, représentant d’une illustre famille qui avait choisi de rester en Alsace après l’annexion de 1871

 2) Un siècle plus tard -  2014 – le repli identitaire.

 À l’occasion d’un colloque organisé le 24 octobre par l’Institut du Droit Local, au cours duquel il est apparu que de nombreux régimes dérogatoires locaux étaient en grand danger, Monsieur Richert, Président de la Région, et Monsieur Ries, Maire de Strasbourg, ont entonné le grand air de l’identité.

 Roland Ries fut à cette occasion incontestablement le plus lyrique. Il n’hésita pas à déclarer que le Concordat était « un élément essentiel de notre identité, au même titre que le bilinguisme ! »… « un socle culturel et sociétal ».

Il estima qu’« il ne sera jamais remis en cause, pas plus que l’enseignement religieux » … toutes les actions menées contre eux « ont fait long feu ». Cependant il appela à la vigilance face à la mise à l’ordre du jour du régime des cultes par l’Observatoire national de la laïcité… Il faudra se battre si nécessaire affirma-t-il, car « le Concordat est un héritage consubstantiel à l’identité alsacienne » !

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 Ainsi, à l’heure où la réforme territoriale risque de saper les « bases territoriales » du « Droit local », alors que la clé de voûte du système, le régime local d’assurance maladie est mis à mal par la loi sur les mutuelles obligatoires en entreprise, certains éminents responsables alsaciens en sont réduit à mettre en avant l’aspect le plus idéologique des régimes dérogatoires : le CONCORDAT ! 

La République française peut-elle admettre ainsi le retour des « provinces » avec leurs coutumes et leurs privilèges ?

N’est-il pas enfin temps de donner sens véritable aux termes de l’Article Premier  de notre Constitution : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » ?

 

 

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