Macron contre Macron 1-0

Malgré l’inflation et la volatilité de l’information, arrêtons-nous un instant et comparons deux extraits des allocutions du Président de la République, le 12 mars et le 14 avril. Notamment les passages relatifs à la fermeture et la réouverture des crèches et des établissements scolaires.

Le 12 mars.

« Dès lundi (14 mars, nda), et jusqu’à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés. Pour une raison simple (nous soulignons), nos enfants et nos plus jeunes, selon les scientifiques toujours (nous soulignons), sont celles et ceux qui propagent semblent-ils le plus rapidement le virus (nous soulignons), même si pour les enfants ils n’ont parfois pas de symptômes, et heureusement ne semblent pas aujourd’hui souffrir de formes aiguës de la maladie. C’est à la fois pour les protéger et réduire la dissémination du virus à travers notre territoire (nous soulignons). Un service de garde sera mis en place, région par région. Nous trouverons les bonnes organisations pour qu’en effet les personnes qui sont indispensables à la crise sanitaire puissent faire garder leurs enfants et continuer à aller au travail pour nous protéger et nous soigner. ».

La fermeture des établissements scolaires est justifiée par une raison scientifique simple, l’identification des enfants comme porteurs sains du Covid19, vecteurs de l’épidémie, dont le confinement s’impose pour leur santé et la nôtre. La prise en charge des enfants des personnels soignants est corrélativement et logiquement adossée aux strictes nécessités sanitaires.

 

14 avril.

« Le 11 mai prochain, mes chers compatriotes (nous soulignons), sera donc le début d’une nouvelle étape. Elle sera progressive. Les règles pourront être adaptées en fonction de nos résultats car l’objectif demeure la santé de tous les Français. A partir du 11 mai, nous ré-ouvrirons progressivement les crèches, les écoles, les collèges et les lycées. C’est pour moi (nous soulignons) une priorité car la situation actuelle creuse les inégalités. Trop d’enfants, notamment dans les quartiers populaires, dans nos campagnes, sont privés d’école, sans avoir accès au numérique et ne peuvent pas être aidés de la même manière par les parents. Dans cette période, l’inégalité de logement, les inégalités entre familles, sont encore plus marquées. C’est pourquoi nos enfants doivent pouvoir retrouver le chemin des classes (nous soulignons). Le gouvernement, dans la concertation, aura à aménager des règles particulières (?), organiser différemment le temps et l’espace (?), bien protéger nos enseignants, nos enfants avec le matériel nécessaire (?)(…) Le 11 il s’agira aussi au plus grand nombre de retourner travailler, redémarrer notre industrie, nos commerces, et nos services (nous soulignons) »

Si l’objectif est réaffirmé, « la santé de tous les Français », les moyens ont radicalement changé. Non plus confinement mais déconfinement massif. Les écoles, premières à avoir été fermées, sont les premières dont la réouverture est annoncée. La reprise des cours est justifiée non plus par des raisons scientifiques ou des résultats épidémiologiques (une baisse significative des contaminations par exemple) mais en première personne (« pour moi ») et par un souci des inégalités, que nul ne songe à contester, mais dont la priorité, si souvent oubliée des politiques éducatives, paraît aujourd’hui suffisamment impérative aux yeux d’Emmanuel Macron pour damer le pion à tout autre argument scientifique, épidémiologique, ou de simple bon sens. Quant à la dissémination du virus par les enfants, disparu comme toutes les « réalités scientifiques » à géométrie variable du discours gouvernemental depuis des semaines.

La vérité est qu’un mois après, ce ne sont plus les enfants des soignants qui doivent être pris en charge mais les enfants de tous ceux qui doivent « retourner travailler ». Autrement dit, l’économie commande, et commande au mépris de la santé, aux parents de reprendre leur travail, et donc rouvrir les écoles pour y mettre les enfants.

Et ce ne sont pas les mesures étrangement abstraites annoncées par le PR qui peuvent rassurer ceux qui vivent au quotidien dans des communautés de plusieurs centaines d’enfants et d’adolescents après qui il faut courir du matin au soir pour faire respecter les règles les plus élémentaires de la vie sociale. Les « organisations particulières », les « aménagements de l’espace » (dans des classes de lycée à 35 élèves avec la reforme Blanquer) et le « matériel nécessaire » à la protection de tous, pas même nommé, c’est-à-dire tests et masques (nous soulignons) toujours indispensables et toujours manquants dans les hôpitaux à l’heure actuelle.

L’adresse d’ouverture de l’allocution du 14 avril, reprise au moment d’annoncer le déconfinement, « mes chers compatriotes », marque sans aucun doute l’importance de la décision mais en y ajoutant une empathie paradoxale au moment où Emmanuel Macron referme la parenthèse prophylactique ouverte le 12 mars, qui a été jusqu’ici la seule réponse positive du gouvernement à une situation qui le dépasse.

Monsieur le Président de la République, parler pour dire que le jour d’après, le 11 mai, sera conforme aux jours d’avant le 12 mars, sans solution de masques aux normes en nombre suffisant, de tests pour isoler les populations contaminées ou potentiellement contagieuses, ni vaccins, en annonçant par dessus le marché la reprise du travail, c’est regrettable à constater, mais c’est simplement parler pour ne rien dire.

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