Le numérique selon Valérie Pécresse : avec des gants, puis sans les gants

Le 29 avril 2019, Mme Pécresse annonçait tambour battant le « Virage numérique » des lycées franciliens. Le site de la Région clamait haut et fort : «Réforme des programmes scolaires : la Région accorde la gratuité des ressources pédagogiques pour tous les lycéens franciliens »

Les « principes » semblent alors nobles et généreux (àl’adresse :https://www.iledefrance.fr/presse/reforme-programmes-scolaires-la-region-accorde-la-gratuite-ressources-pedagogiques-les) : 

  • Autonomie des établissements d’enseignement : chaque établissement d’enseignement fera le choix d’ici mi-avril de conserver des manuels papier ou de passer au « 100% numérique ».
  • Gratuité des ressources pédagogiques pour tous 
  • Virage numérique, en priorité pour l’enseignement professionnel : la Région accompagnera 100% des lycées professionnels au tout numérique et a pour objectif de passer 50% de lycées généraux et technologiques en « 100 % numérique » pour que la révolution numérique se poursuive dans les lycées.
  • Réduction de la fracture numérique sociale et territoriale : depuis deux ans, la Région a engagé de nombreuses actions pour combattre les inégalités et réduire les fractures territoriales. Dans cette continuité, elle prêtera aux lycéens en lycée professionnel public ou privé sous contrat concernés, pour la durée de leur scolarité, une tablette.  Pour les élèves en Seconde générale et technologique dans le public, il s’agira d’un ordinateur portable ou d’une tablette, au choix de l’établissement. Un fonds social d’équipement sur critères sociaux est également prévu pour les élèves de Première et les élèves du privé. »

Dans le détail, la vérité est moins pimpante. La gratuité concerne seulement le matériel fourni aux élèves de Seconde, entretien et réparations éventuelles restant à charge des familles. Les élèves de Première supporteront à la fois le coût du matériel et de son entretien. On parle certes d’un « fonds social », mais à cette heure on ignore toujours à quel échelon de bourse et dans quelle proportion il interviendra. Et rien n'est dit sur les coûts d’entretien et de réparation pour les élèves boursiers.

En principe, au lycée, les familles supportent le coût des manuels scolaires, mais depuis 2004, les Régions ont progressivement pris en charge ce coût dans le cadre d’une politique d’égalité des chances. Tout le monde s’en félicite, sauf à l'évidence Mme Pécresse qui, sous couvert d’innovation technologique, réintroduit une charge nouvelle pour les familles, et nombre de familles défavorisées, dans les départements franciliens.

 Un tiers seulement des établissements ont répondu à sa proposition. Qu’à cela ne tienne,  les chefs d’établissement ont été convoqués le 17 avril et le discours était tout différent. 

- Le 29 mars, priorité était donnée au Lycées Pro et aux filières Pro des lycées  polyvalents. Le 17 avril, la priorité est donné aux lycées. Et si les Lycées polyvalents ne choisissent pas le numérique, les sections Pro qu’ils abritent ne seront pas équipées, ce qui contredit les déclarations faites trois semaines plus tôt. 

- Le 29 mars, les lycées avaient toute liberté de choisir le numérique ou le papier. Le 17 avril, les lycées qui ne basculeront pas dans le numérique, ne toucheront plus directement la dotation pour les manuels papier : la Région centralisera l'offre des éditeurs et ils devront choisir sur catalogue parmi les seuls manuels référencés par la Région. Menu à la carte pour les «lycées numériques», plat du jour pour les «lycée papier ». Bel exemple d’égalité républicaine ! 

- Dernier épisode du Numérique chez les Soviets : le 29 mars, le calendrier du passage au numérique n’a rien de contraignant. Le 17 avril le couperet tombe : les lycées passeront au numérique le 22 avril ou jamais ! 

A la veille des vacances scolaires nombre de lycées ont réuni les enseignants dans la précipitation pour prendre une décision. Et la décision n’a rien de simple. Qu’on en juge. 

- Que dire d’une offre qui ne procède pas des besoins des établissements, mais d’une volonté politique d’affichage ? La Région met certes 150 millions d’euros sur la table, mais pas pour améliorer l’existant qui, en terme de parc informatique, d’équipement de salles de classe et de maintenance est toujours aussi déficitaire. 

- Quelle confiance peut-on avoir dans un matériel nécessairement négocié au coût le plus bas avec les entreprises ? 

- La solidité d’un volume papier est incontestablement plus grande que celle de micro-processeurs dans une coque trimballée trois années durant dans des sacoches, sacs et autres cartables, laissés au soleil, brutalisés, etc. 

- Que dire du déploiement de ces outils sur des tables de classe mesurées au plus juste, à côté du cahier de cours, et dans des salles que la Réforme Blanquer gave à 35 élèves ? 

- Que dire des conséquences écologiques d’un matériel polluant, largement plus polluant que le papier ? 

- Et de l’exposition des élèves à la lumière bleue, exposition déjà excessive chez nombre d’enfants ? 

- Que dire de la perte de contact avec le livre qui restera l’apanage des familles aisées ? 

Le débat n’aura pas lieu, court-circuité par les chefs d’établissement qui ont le couteau sous la gorge. 

Les conséquence à la rentrée 2019, à charges des élèves, des parents et des enseignants. 

Merci Valérie.

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