J'ai **quelques droits** :-) sur le concept de « refondation de l'école » puisque j'ai fait partie des signataires-fondateurs de la pétition de 2006 intitulée justement « Appel pour la refondation de l'école » 

 La position défendue dans cet appel, même si on n'en partage pas l'orientation, avait l'avantage de la consistance. Elle employait le mot « refondation » qui voulait signifier une rupture avec l'état existant et cet emploi était cohérent avec notre diagnostic de dégradation continue du niveau de connaissance des élèves sortant du primaire depuis un trentaine d'années.

Par contre la position dominante - aussi bien à gauche qu'à droite - et en particulier celle du gouvernement actuel est particulièrement incohérente. En effet, si l'on considère que l’instruction est la fonction centrale de l'école primaire et que les effets des véritables reformes se mesurent sur le temps long, pourquoi la gauche parle-t-elle maintenant de « refondation » alors qu'il y a encore quatre ou cinq ans, elle parlait de « niveau qui monte » en critiquant durement les positions appelées par dérision « déclinistes » ou « rétronovatrices ».

 Mais alors, s'il n'y a pas de déclin, pourquoi faut-il « refonder » ?

 On pourrait dire que le gouvernement actuel a repris cette formulation par démagogie puisqu'une partie de l'opinion publique a une certaine sympathie pour le diagnostic « déclinatoire ».

Mais il y a une autre explication à cette apparente incohérence - non incompatible avec la part démagogique - : les défenseurs de la « nouvelle refondation de l'école » considèrent que la fonction essentielle de l'école n'est pas l'instruction mais l'éducation : peu importe que les élèves ne sachent pas faire une division où fassent dix fautes par ligne - c'est dépassé!! - pourvu qu'ils aient eu des leçons de morales et que l'on considère que le front principal à l'école est celui de la lutte contre les violences scolaires, sujets beaucoup plus faciles à traiter médiatiquement que la nécessité de savoir faire une division à la main [1].

 Je n'ai pas été invité à la concertation et la contribution que j'ai envoyée n'a pas été publiée.

 Et voici donc le début d'un série de chroniques intitulées « Refondons l'école » :

Refondation I : « Comment pouvoir bien tenir son crayon ? » (ou la question du mobilier scolaire)

Refondation I - bis : « Police, polissons et instruction » (ou Instruction / Contrôle social)

La suite sur http://michel.delord.free.fr/refondons.html

 Bonne lecture

Michel Delord, professeur de mathématiques retraité

 [1] Pour ceux qui sont intéressés par les raisons qui militent pour la nécessité de savoir faire les divisions à la main : http://michel.delord.free.fr/lille-29092006.pdf

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Allons, voyons! Comme si instruction et éducation étaient incompatibles ...L'éducation, c'est à chaque instant, pour tous : se construire sa personnalité au travers des interactions entretenues avec les autres humains . Nous sommes tous,qu'on le veuille ou pas, qu'on le sache ou non, hétéro, co et autoéduqués ...et éducateurs de surcroît. Chaque humain est responsable, et de lui-même, et d'autrui : cela commence à se savoir.

Apprendre, c'est le désir de chaque enfant. Voyez l'héroïsme du petit qui veut à tout prix être debout et marcher...Ce désir, il faut l'aider à s'orienter, à se satisfaire. Je me souviens avoir été "moyen" ou "très bon" en math, selon les profs dont j'héritais. J'ai toujours, pas loin des neuf décennies, la passion d'apprendre. Ce n'était pas dans les gènes...

Les savoirs "techniques de base": lire, écrire, compter, sont acquis par certains sans ou même contre l'intervention des adultes (G.Steiner, Errata ; ou A.Manguel, une histoire de la lecture). L'aîné de mes arrière-petits enfants , entré au CP cette année, s'ennuyait : il savait tout, et plus,  de ce que ses condisciples apprenaient. Habile, la maîtresse lui a confié un rôle de "moniteur" auprès de camarades en difficulté : il adore l'école...Education...

Je pense qu'il faut chercher les causes principales de la faiblesse du "primaire" ailleurs que dans l'école. J'ai été enseignant toute ma vie, du primaire à l'Université, et je n'ai jamais eu de mauvais élève. Chacun avait son point fort, son talent, son "dada", et à partir de là on peut apercevoir la nécessité de travailler "le reste", au service du dada, bien sûr. J'ai été, aussi, formateur (Ecole normale d'instituteurs, à l'époque, puis UFRAPS de ParisX ; et responsable "péda" de la préparation au Brevet d'Etat de prof de judo, en Ile de France). Même constat : des étudiants divers, mais aucun dénué de "point d'accrochage".

A tous les niveaux, pour toute activité,les techniques sont indispensables...et insuffisantes. L'Ecole primaire doit avoir plus d'ambition que le vieux "lire, écrire, compter" auxquels, heureusement, on a ajouté "parler", qui est antérieur dans le temps de chaque vie

. Parler intelligiblement (prononciation), correctement (vocabulaire, syntaxe), bien sûr...Mais, au-delà, savoir comment et pourquoi l'on parle : un(e) enfant de onze ans doit en être capable. Lire, décrypter (transcrire en parole), évidemment...mais, au-delà, savoir ce qu'est un usuel (dictionnaire, d'abord) et y recourir. Ecrire, transcrire de parole en signes graphiques, indispensable (et, aussi pianoter sur un clavier)...mais, de plus, savoir pour quoi et comment écrire de diverses façons...Cinq années de Primaire permettent cela, et au-delà...Sauf...sauf si trop d'enfants arrivent au CP sans avoir le pécule d'un petit de six ans "moyen". Sauf si l'école est sans intérêt (pour le petit, avec ses mobiles et ses capacités de jugement). Sauf si l'école est décriée à la maison et dans la rue chaque jour.Sauf, sauf... Il y a (trop) de situations "de rattrapage".

Refondons la vie quotidienne, l'école se trouvera miraculeusement meilleure...Utopie?