Parent 1, parent 2 : la bêtise gagne.

L’amendement à la loi Blanquer (substituer parent1 et parent 2 à père et mère) s’apprête à bouleverser l’Ecole. On n’en mesure pas les conséquences. Ni la bêtise.

Lors de l’examen du projet de loi pour une école de la confiance, proposé par Jean-Michel Blanquer, un amendement adopté mardi par les députés atteste de l’intelligence de leur travail législatif.

 

En marche vers le nouveau monde.


Glissé parmi les vingt-cinq articles de loi, cet amendement vise à remplacer les cases "Père" et  "Mère" par "Parent 1" et "Parent 2" sur les formulaires administratifs de l’École.

L’une des députés d’En Marche,  Jennifer De Temmerman, a défendu cet amendement en soutenant que nous avons "aujourd'hui des modèles sociaux et familiaux un peu dépassés".

En effet, sur 12 millions d’enfants scolarisés, plus de 11 millions 800.000 répondent à ce modèle prétendument dépassé.

 

 

Un monde entier est à réécrire.  

 

On peut soupçonner que cet amendement ne sera pas sans conséquence.
Il faudra apprendre à apprendre aux élèves à lire sous ce nouvel angle " Le parent 1 Goriot ", " Le livre de mon parent 2" d’Albert Cohen ou " Parent2 courage" de B. Brecht.

Les historiens auront aussi leur part. Clémenceau va devenir "Le parent 1 la victoire" tandis que l’histoire de l’URSS, devra être révisée à la lumière du "Petit parent 1 des Peuples". Et que dire de la révision que devra entreprendre l’enseignement des religions ? Le "Notre Père" deviendra "Notre Parent 1". Désormais, on apprendra « Notre parent 1 qui êtes aux cieux,.... ».
Au travail ! L’Ecole a beaucoup à faire, jusque dans les crèches. Comment y chantera-t-on "Fais dodo Colas mon p’tit frère " ?

 

Je m’aperçois, horresco referens, à quel point le passé m’habite, conditionne et déforme ma compréhension des choses nouvelles : pourquoi n’ai-je pas écrit "Le parent 2 Goriot " ou "Le livre de mon parent 1" ? Comment décider qui sera le 1 et qui sera le 2 ?

 

 

Classer / Hiérarchiser.

 

Aucun des députés qui ont voté cet amendement si attentionné à l'égard des blessures symboliques qui pourraient être infligées à certains enfants,  n'a vu que la solution proposée réintroduit par la fenêtre un problème qu'on croyait avoir  chassé par la porte. Soupçonnent-ils que parent 1 et parent 2, constituent non pas une simple classification mais aussi une hiérarchisation ? Et que notre esprit est ainsi fait que 1 vient AVANT 2.  Il est le Premier, Princeps.

 

Abattons l'hydre du patriarcat, sus au parentuntriarcat !

Nous voilà donc aussi devant de nouvelles luttes, et de nouveaux amendements.

 

Amendons les amendements ! 

 

Il convient donc d’amender cet amendement : « Dans le syntagme " le parent 1, le parent 2 ", 1 et 2 seront remplacés par des  signes discriminants neutres comme des fleurs, des végétaux ou des couleurs, ou encore des figures géométriques, en évitant toutefois tout risque de symbolisation porteuse de sens sexuel comme "le parent banane" par exemple, ou "parent flèche" et "parent croix" ».

Il convient d’amender cet amendement car il exprime une prévalence donné au masculin. Ce qui contrevient au sens des réformes en cours comme celle de l’écriture inclusive. Il faudrait donc veiller à employer ces termes « parent 1, parent 2 » dépourvus de tout article défini ou indéfini. 

Il faut donc encore une fois amender cet amendement.

Toutefois, comme il est possible que certains textes administratifs nécessitent l’emploi d’articles, et qu’il est désormais admis qu’il n’y a pas de différence entre genre grammatical et genre sexué au plan existentiel, nous proposons une réforme de la grammaire et la création d’un genre neutre qui aura l’avantage de supprimer tout risque de prévalence entre masculin et féminin. Les grammairiens devront travailler dans le souci de discriminer suffisamment ce genre neutre des deux autres déjà existants. Ainsi, en aucune manière, l’article défini neutre ne pourra prendre la forme  "le" ou  "la". Ce pourrait être "Li" ou "Lo".  Avec leur pluriel "lis" et  "los".

 

 

O brave New World !

 

Dans leur effort héroïque pour balayer le vieux monde, les Marcheurs, parviendront-ils à mettre "père" et "mère", dans la poubelle de l’histoire ?

 

«O, Wonder!

How many goodly creatures are there here!

How beauteous mankind is!

O brave New World3!

That has such people in't!"[1]

 

« Ô, merveille !

Combien de belles créatures vois-je ici réunies !

Que l'humanité est admirable !

Ô splendide Nouveau Monde

Qui compte de pareils habitants ! »

 

 

 

 

 

[1] Shakespeare. La tempête. Acte V, scène 1.

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