La honte de Bernard-Henri Lévy

Le dernier article de Bernard-Henri Lévy publié dans le Monde, est un nouvel avatar de la légèreté et du je-m'en-foutisme érigés comme méthode à l'égard de la réalité historique. Ce qui amène à se demander si ses propos sur la tragédie d'Alep ne sont pas autre chose que des larmes de crocodies et des effets de manche moralisateurs pour la galerie.

 

 

 

Dans le Nouvel Observateur du 18 juin 1979, Pierre Vidal-Naquet [1] dénonçait l’usurpation à laquelle se livrait Bernard-Henri Levy dans Le Testament de Dieu

« (...) ce livre (...) loin d’être un ouvrage majeur de philosophie politique, (...) fourmille littéralement d’erreurs grossières, d’à-peu-près, de citations fausses, ou d’affirmations délirantes.

(...) Qu’il s’agisse d’histoire biblique, d’histoire grecque ou d’histoire contemporaine, Monsieur Bernard-Henri Lévy affiche, dans tous les domaines, la même consternante ignorance, la même stupéfiante outrecuidance (...).»

On se souvient de l’immense éclat de rire quand le même BHL partit en guerre contre Jean Baptiste Botul[2], philosophe de fiction, auteur inventé d’un ouvrage sur La vie sexuelle d’Emanuel Kant, et de conférences dans la pampa du Paraguay aux  néo-kantiens locaux, qu’il prit très sérieusement pour un représentant réel de tout ce qu’il déteste dans l’université française.

 

Avec une inébranlable constance, il continue d’afficher cette ignorance et cette outrecuidance dans son dernier billet publié dans le journal Le Monde du 17/12/2016. Dans une longue série d’anaphores où il étale sa « honte » à propos des diverses positions face à la situation d’Alep, il écrit notamment :

 

« J’ai honte qu’une courte majorité de ceux que je dois, paraît-il, continuer d’appeler mes concitoyens jugent, aux dernières nouvelles, qu’Asad, ce tueur déguisé en gendre idéal, cet assassin que l’on nous disait, au début de son règne, gentil, timide et faible, cet homme qui ne voulait pas être roi ni, à plus forte raison, vous pensez bien, tyran, cette version moderne d’un George VI qui aurait, finalement, régné et livré son pays à Hitler, ce monstre bobo, ce Pol Pot jet-setter, est un moindre mal face à Daech. » (c’est moi, M.R. qui souligne).

 

Sans le moindre état d’âme, emporté par son lyrisme  de donneur de leçon et de redresseur de torts, il confond Georges VI avec Edouard VIII.  Faut-il rappeler que c’est Edward VIII qui abdiqua le 16 novembre 1936 pour épouser Wallis Simpson et que c’est son frère Albert, duc d’York, qui monta sur le trône sous le nom de Georges VI. Du coup, et avec la plus grande légèreté, il inverse et confond les engagements politiques de l’un et de l’autre. Car, tandis que Georges VI devint le symbole de la résistance nationale à la guerre menée par l’Allemagne nazie, à l’inverse, Edward VIII eut pour les nazies des sympathies qui sont aujourd’hui avérées[3].

Mais c’est Georges VI que BHL insulte en le traitant de nazi.

Devant un tel mépris de la réalité historique et de ses lecteurs, il est  difficile de ne pas prendre ses  propos sur la situation tragique d’Alep pour des larmes de crocodiles et des effets de manche indécents auxquels on pourrait espérer que BHL réserve sa honte.


[1] Je recommande le dossier que l’on trouvera, pièces à l’appui à : 

http://www.pierre-vidal-naquet.net/spip.php?article49

 

[2] Lire l’article d’Aude Lancelin à qui revient le mérite d’avoir la première révélé l’énorme bourde du va-t-en guerre en philosophie, à la page 122 de De la guerre en philosophie : prétendu philosophe : http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20100208.BIB4886/bhl-en-flagrant-delire-l-039-affaire-botul.html

 

[3]http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.courrierinternational.com%2Farticle%2Froyaume-uni-le-duc-qui-voulait-que-son-pays-soit-bombarde-par-les-nazis

 

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