" Yankel. Celui qui parlait peu"

Début du 20e s. Garwolin, un shtetl. Wulf observait son petit-fils Yankel s’absorber dans la contemplation du ruissellement de la pluie sur la vitre. Chaque jour, celui-ci reprenait son voyage secret, muet et solitaire. Pour Wulf, Yankel était un Luftmentsh, un « homme de l’air ». Il ne se lançait dans aucune entreprise hasardeuse. C’était lui-même qu’il lançait en l’air pour flotter, là-haut.

     Yankel, Celui qui parlait peu est mon premier roman.

      aux éditions L'Élan des mots. Distribué par Harmunia Mundi.

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      Ce livre cultive le paradoxe selon lequel la fiction de l’écriture est plus à même de révéler la vérité d’une époque et de ceux qui y vécurent. Il interroge les brèches de la transmission entre générations, quand la violence de l’Histoire bouleverse les vies de chacun. 

     Yankel est un enfant qui s’est arrêté au seuil du langage. Il est né à Garwolin en Pologne, à l’aube du XXe siècle, au cœur de la « Zone de Résidence » où, depuis la Grande Catherine, l'empire russe a confiné sa population juive sur ses marges occidentales. Et donc, au cœur aussi du Yiddishland, ce vaste territoire où le yiddish était pratiqué, de la Mer Baltique à la Mer Noire. Les religieux hassidim y constituaient la grande majorité de la population.

     Dès l’âge de trois ans, Yankel doit aller à l’école religieuse, le heder, d’où il va être exclu car il est fermé à la lecture et à l’écriture. Délaissé par sa mère, Chaya Fayga, absorbée par ses grossesses successives, ignoré et méprisé par son père, objet des moqueries de ses frères aînés, il se trouve livré à lui-même et vit replié sur son monde intérieur.

     Plusieurs personnes l’aideront à grandir et à s’éveiller au monde. Son grand-père, Wulf, s’emploiera à l’instruire, à sa façon. Moyshe, le tailleur, le formera à son métier. Yankel va côtoyer son univers, si différent de celui de sa famille hassidique car Moyshe est membre du Bund, le parti socialiste révolutionnaire juif.

     Moyshe croit en la vertu de l’éducation et de la culture et œuvre pour le progrès de l’Humanité mais ses croyances se heurteront à la violence antisémite des nationalistes polonais. Yankel devient un spectateur privilégié de leurs turpitudes, tandis que s’aggravent les mesures antijuives du gouvernement.

     La nièce de Moyshe, Efke, est attirée par cet étrange garçon rencontré dans des circonstances aussi violentes que romanesques. Dans l’une de ses fulgurances, Yankel l’a sauvée des entreprises de la soldatesque polonaise. Prise par des désirs ambigus, elle l’entraîne dans des conférences éducatives du Kultur Farayn, l’organisation culturelle du Bund, tout en regrettant qu’il ignore tout du jeu de la séduction, alors que, fasciné par la blondeur de sa chevelure et par le son de sa voix, il vole au-dessus des toits des maisons.

     Leibl, torturé par le remords d’avoir rejeté son fils, ira consulter son Rebbe qui lui fera de bouleversantes révélations, réelles ou fantasmées, car le merveilleux ici côtoie le quotidien. Il en sera à jamais transformé.

     En 1931, alors que Yankel a été victime d’une violente agression antisémite, ses proches le feront émigrer en France, pour sa sécurité.

     Yankel a vécu dans la Pologne russe, puis sous la domination allemande, puis dans la nouvelle Pologne indépendante qui s’est livrée très vite à une guerre de conquêtes. Elle s’est affrontée à l’Armée Rouge qui est parvenue jusqu’à Garwolin. Le plus souvent spectateur, car regarder était son principal talent, Yankel a été impliqué, comme à son insu, dans des situations aigues. De tous ces événements a-t-il saisi le sens ?

      Sous ces divers aspects, ce livre est d’abord une enquête sur ce qu’a été la vie de cet autre Yankel, mon père, né à Garwolin, illettré, juif et tailleur qui n’a jamais pu rien dire sur son passé.

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