Une nouvelle bataille du rail menée par Big Brother.

Ceux qui nous gouvernent savent ce qui est bon pour le peuple : supprimer les services publics. Le mensonge, la manipulation du langage et des esprits est une arme de gouvernement. Tant que ça marche, pourquoi s'en priver ?

 

Ceux qui nous gouvernent veulent le "bien public". Ils savent mieux que le public ce qui est son bien.

Aujourd’hui, ceux qui nous gouvernent disent agir au nom du " bien public"  en prétendant mieux savoir que le public ce qui est son bien. Ainsi, ils expliquent que la sécurité de l’emploi garantie par les conventions collectives et les statuts de la fonction publique est un "privilège" insupportable qu’ils vont détruire. Qu’il est irresponsable et infantile de prétendre l’étendre à tous, et ce, au moment même où le chômage et la misère sociale sont devenus un des plus grands fléaux. Mais ceux qui nous gouvernent veulent faire le bonheur public, en l’imposant si nécessaire. Ils espérent que le public ne comprendra pas que c’est là le propre d’un gouvernement tyrannique et qu’il n’agira pas en conséquence en se débarrassant de ses tyrans. Pour cela, ils n’hésitent pas à manier le double langage avec le plus grand cynisme, tantôt avec morgue, tantôt avec gouaille. Mais le plus souvent, avec la hauteur condescendante de cette nouvelle aristocratie issue de la banque et des grandes Ecoles.  

Ils ont pour ambition la démolition de l’idée de service public, et du service public en tant que tel.

 

Mensonges sur la SNCF

La SNCF,   disent-ils, ne doit plus être régie par des principes, -qui datent de 1937 !- archaïques et rétrogrades, qui se réclament de la solidarité, de l’accès universel, et de la continuité, mais par des principes commerciaux de rentabilité. C’est le même discours et les mêmes mesures destructrices qui sont menées avec le même cynisme contre les domaines de la santé, de l’éducation, de l’énergie, de la culture.

Ils reproduisent sur le rail la même méthode qui a si bien fonctionné pour réformer le code du travail et actuellement le système scolaire :

1/ La situation est devenue intenable, on est au bord de la catastrophe.

2/ En conséquence, il faut réformer en profondeur.

La catastrophe est l’importance de la dette d’une valeur nette de 46,6 milliards d’euros, et qui a encore augmenté de 1,7 milliards en 2017 (déclaration de Guillaume Pepy, président du directoire du groupe SNCF, lors de la présentation des résultats 2017 de l’entreprise).

Dans son même rapport, Guillaume Pepy nous apprend que le chiffre d’affaire du groupe a grimpé de 4,2 % en 2017, à 33,5 milliards d’euros. Et que le bénéfice du groupe , 1,3 milliards d’euros, a plus que doublé en un an.

Face à ce résultat qui pourrait faire envie à beaucoup d’entreprises, G. Pepy nuance par toute une série de bémols et par le constat que la dette est structurelle et concerne le réseau. Un béotien comme moi comprend, mais peut-être à tort, que l’investissement obstiné de ces dernières années dans le tout TGV est une des causes principales de cette dette structurelle réseau. Il faudrait dire infrastructurelle ! Mais il ne comprend la cause de cette dette et celle de son importance, ni pourquoi un exercice aussi positif est-il interprété de façon aussi négative. Serait-ce pour convaincre que le chien a la rage et qu’il faut l’abattre ?

Il faut dire aussi que les medias, avec une complaisance extrême, s’empressent de n’apporter aucun éclairage. Pas même sur une toute petite question : quel rapport y-a-t-il entre cette dette et les statut des cheminots ?

 

Une nouvelle bataille du rail s’annonce

On a beau avoir écouté ou lu les déclarations du premier ministre sur la si nécessaire et si urgente réforme de la SNCF, on n’aura rien appris sur ce en quoi elle consiste. Sinon qu’elle est urgente et nécessaire !

Et comme, obligation européenne oblige, le rail va être prochainement ouvert à la concurrence, les sociétés privées concurrentes disposeront d’une infrastructure mise en place par la SNCF et pour laquelle elle s’est structurellement endettée.

Dans son rapport, G. Pepy insiste sur l’importance de la dette commerciale. (7,9 milliards d’euros).

Je dois avouer ici que, ne sortant pas de l'ENA, ni même de l'ESSEC si chère à notre ministre de l'éducation nationale, j'ai une difficulté majeure à comprendre comment il est possible d'afficher un chiffre d'affaires 33,5 milliards d’euros qui a augmenté de 4,2% sur l'année, et un bénéfice du groupe de 1,3 milliards d’euros, qui a plus que doublé en un an, et en même temps cette dette commerciale de 7,9 milliard d'euros. C'est probablement parce que, comme l'explique Obélix dans Obélix et compagnie, "les prix volent avec le marché, et j'offre la demande. C'est drôlement compliqué !"(p.18).

 

Autrement dit, le président Pepy a parfaitement intégré la logique comptable de toute entreprise commerciale. Oubliant que le critère premier d’un service public n’est pas la rentabilité commerciale. Comment va-t-on mesurer les effets humainement désastreux de la suppression de lignes de chemin de fer secondaire dans les zones rurales, qui ont déjà vu disparaître un à un les autres services publics : hôpital, école, bureau de poste, gendarmerie, et même trésor public ? Quelles lignes budgétaires comptabiliseront cette désertification ?

« Il faut aller de l’avant » disent-ils, car ils sont "en marche". Mais ils se gardent bien de dire vers où. Vers toujours plus de dividendes pour la finance dont ils sont les valets empressés, et non dénués de talents.

Ces serviteurs empressés de la finance ne sont pas isolés. Les principes dont ils se réclament sont ceux qui sont mis en œuvre au niveau de l’union européenne, telle qu’elle s’est constituée, selon le néo-libéralisme qui y domine et qu’on peut résumer ainsi : non pas moins d’état pour laisser la liberté aux entreprises et au libre jeu de la concurrence. Mais un état fort et présent (avec un corps intermédiaire, -le parlement-, neutralisé) pour réguler une  nouvelle rationalité, celle du cassage du service public. Elle permettra l’ouverture de nouveaux marchés, (ceux des transports, de la santé, de l’énergie, de l’éducation, de la culture, ...) et un assouplissement considérable de la gestion de la masse salariale, cauchemar de l’accroissement des dividendes.

 

Notre actuel premier ministre se réclame, ne l’oublions pas, d’un maître, Alain Juppé, qui en 1995, a voulu casser la sécurité sociale et les transports publics et qui a échoué.

L’histoire ne se répétera pas à l’identique, mais une nouvelle bataille du rail  s’engage.

Nous entrons dans une phase historique marquée par le risque de liquidation des acquis  des démocraties sociales du XXème siècle, où l'Etat mettait sa grandeur à garantir une justice sociale par le biais des services publics et des fonctionnaires au service du public. 

Ceux qui nous dirigent vont-ils réussir ce tour de passe-passe digne de Big Brother et de sa Novlangue, d'apprendre à chacun que ce qui est bien est mal et que ceux qui sont au service du public sont des profiteurs jouissant d'ignobles privilèges qu'il est urgent de leur supprimer.  

 

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