Le nouveau cauchemar des sinistrés de Saint Martin, à l’abandon à Orly sud.

Après Irma, les sinistrés de Saint Martin vivent un nouveau cauchemar. Depuis leur transfert en métropole, logés dans des hôtels de la zone d’Orly-sud, ils sont isolés, démunis, sans aucune aide. Description de la détresse des sinistrés devant la carence des pouvoirs publics.

 

Après les ravages causés par l'ouragan Irma sur l'île de Saint-Martin certains des rescapés ont été évacués en métropole, par avion militaire ou par Air France, en groupes de 250 à 300 personnes. Parmi eux beaucoup d’enfants, de malades, tous sous le choc après avoir perdu tout leurs biens, et vécu pendant des jours dans un état de totale pénurie et d’insécurité en attendant, disent-ils, des secours qui ne venaient pas.

Si c’est une chance d’avoir pu être évacués, la situation qu’ils connaissent depuis leur arrivée est un nouveau cauchemar.

Je viens d’en être le témoin direct. A la demande de ma fille, qui vivait et travaillait à Saint Martin et qui a été évacuée en Martinique, j’ai pris contact avec l’une de ses amies, Mme. M. G., évacuée avec ses deux filles de dix et douze ans vers Paris, après avoir tout perdu à Saint Martin.

Voici la situation dont j’ai pris connaissance :

 

Accueil à l’arrivée.

Le 17 septembre Mme. M. G. et ses deux filles sont arrivées à Orly, avec un groupe de 200 ou 250 personnes sinistrées, dont beaucoup d’enfants.

Pour tout accueil, un représentant du préfet délégué aux aéroports de Paris leur a remis un document nominal attestant qu’elles sont arrivées sur le territoire métropolitain en tant que sinistrés de St Martin, ce jour-là, par tel vol, etc…

C’est tout.

Je veux dire que ça a été la seule manifestation des autorités à leur arrivée et depuis, le seul « contact », et le seul document qui leur a été remis.

Je n’insiste pas sur l’absurdité de la chose : Mme. M. G. est de nationalité française et remplissait ainsi LA condition imposée pour être évacuée vers la métropole. (J’en avais eu l’information par ma fille qui voulant me rassurer, m’a ainsi prévenu qu’elle allait pouvoir être rapidement évacuée. Ce qui a été fait apar un avion militaire).

 

Depuis leur arrivée, aucun interlocuteur ! 

Ces Saint Martinois ont à faire à l’association « France horizon », mandatée par le préfet de région pour organiser leur logement. Ce qui a été fait dans l’un des hôtels Ibis* d’Orly-sud. C’est ce qui m’a été expliqué au téléphone par une responsable de cette association, au siège national.

La même chose m’a été répétée par un membre de l’association, sur place dans l’hôtel (en fait il y a un roulement de personnes qui changent d’un jour à l’autre) pour noter les noms des arrivants. Elle m’a dit qu’ils prenaient note de la pluie des demandes formulées par les sinistrés (voir ci dessous) pour les communiquer à la direction qui transmet au préfet. La rencontre du directeur et du Préfet a eu lieu il y a quelques jours. Depuis, les Saint Martinois n’ont eu aucune réponse.

 

Combien de personnes concernées ? 

Depuis le 17 septembre, d’autres sinistrés sont arrivés. L’hôtel est bondé.

Je n’ai pu obtenir aucune précision sur le nombre exact de personnes. Entre 150 et 200 adultes et de très nombreux enfants de tous âges. Des nourrissons, des bébés, des élèves de terminale inquiets pour la préparation de leur bac, d’après les conversations.

Mme. M.G. a retrouvé des familles de son quartier, (à côté de Grand Case). Beaucoup sont composées d’un nombre important d'enfants, sept n’est pas inhabituel. Que les enfants aient pu se retrouver entre eux est pour eux rassurant, apaisant.

M.G. a fait hier la connaissance d’une personne qui vient d’être transférée dans son hôtel à partir d’un hôtel de la même zone où elle a été logée depuis son arrivée le 13 septembre et dans les mêmes conditions. 

J’ai cherché à savoir plus précisément le nombre des saint martinois. J’ai interrogé la personne de France Horizon qui était sur place à l’hôtel Ibis. Elle a refusé de répondre à mes questions. Quand je me suis indigné de la carence de tout encadrement et de toute aide médicale, psychologique, financière et matérielle, elle a expliqué que mandatés par le préfet pour le logement, ils n’avaient pas à s’occuper d’autre chose. C’est ainsi que la Croix rouge, médecins du monde, ainsi que les associations humanitaires comme le secours populaire ou la Maison de Saint Martin (où une montagne de dons s’accumulent pour aider les rescapés) n’ont pas été alertées et sollicitées ni par le préfet, ni par France Horizon... Alors même que certaines de ces associations ont une antenne à l’aéroport d’Orly !

 

Conditions d’encadrement et de prise en charge.

Le plus simple serait d’écrire : aucune !

(chacun des points suivants est aussi l’objet de demandes de la part des sinistrés, répétée depuis leur arrivée).

  • à aucun moment, un représentant de l’Etat ne les a rencontrés pourles accueillir et faire le point avec eux.

Ils n’ont eu :

  • aucune aide psychologique
  • aucune aide médicale. Aucun médecin, aucun soin, …. Les personnes qui en ont besoin doivent se débrouiller pour aller voir un médecin « en ville ». Des personnes devant suivre un traitement de fond n’arrivent pas à se faire délivrer leurs médicaments : certaines n’ont plus leur ordonnance.

(Il faut avoir en tête que beaucoup ont tout perdu dans la catastrophe, y compris leurs documents personnels. Tous n’ont pu qu’assister impuissants à la tornade. M. G. m’a raconté qu’elle et sa famille étaient hors de la maison, sous la tornade, abrités par un muret un auvent. Et quelques vêtements pour s’abriter des bourrasques de pluie et d’eau de mer. Ils ont vu des troncs et des poteaux défoncer comme des béliers les pièces de leur maison, le toit être emporté, et leurs affaires personnelles dispersées, perdues. La préfète déléguée, avait selon le Monde, déclaré aux habitants avant l’arrivée d’Irma, qu’il fallait partir.   Mais pour aller où ? Ou bien qu’il fallait se réfugier dans son habitation. C’est par miracle que la famille de M.G. n’a pas suivi la consigne : ils auraient péri !)

  • les parents de très jeunes enfants sont démunis de moyens pour assurer les soins (lait maternisé, couches…).

         (Quand on est sur place à Orly-sud, on voit à quel point l’hôtel est situé dans un no man’s land inhospitalier. Il est pratique certainement pour des voyageurs de passage entre deux avions mais pas pour des familles dans le dénuement et en état de choc qui doivent y séjourner. Et qui doivent prendre le RER pour le moindre achat dans une grande surface.)

  • Alors que des associations se sont mobilisées pour venir en aide matériellement aux sinistrés, aucune n’a été mise en rapport avec ce qu’il faut bien appeler les relégués d’Orly. Ainsi, certains n’ont que quelques vêtements qu’ils portaient à St Martin, et inadaptés aux températures d’ici. 

 

  • aucune aide financière alors que règne le dénuement chez ces personnes dont certaines, beaucoup ont tout perdu.

 

  • aucun travailleur social pour leur permettre de préparer leur insertion, les informer et les conseillers sur les démarches à entreprendre et les remettre dans une dynamique d'autonomie. Parmi les enfants scolarisés, certains sont en classe de troisième sont inquiets pour leur brevet des collèges. D’autres, en terminale, sont inquiets pour leur bac.

 

  • aucune information sur les éventuelles indemnisations auxquelles certains pourraient prétendre. Ni, sur les démarches à entreprendre.

 

  • Des personnes ont perdu certains de leurs documents ou leur carte de crédit pendant la tornade. Elles ne peuvent plus accéder à leurs quelques économies sur leur compte bancaire.

 

Tout ceci contribue à nourrir un état de tension croissante. Les gens se sentent abandonnés, sans interlocuteur fiable, sans interlocuteur du tout, et sans aide. Le personnel de l’hôtel est las est de plus en plus mal disposé à leur égard.

 

Depuis des jours  et des jours ma recherche de responsables ou d’interlocuteurs possibles concernant la prise en charge des sinistrés a été vaine.

J’ai d’abord découvert que les quelques informations figurant sur le net concernaient les déclarations gouvernementales sur ses bonnes intentions, où sur la situation sur l’île. Beaucoup d’anecdotes, autant que possible faisant le buzz. Rien sur le « dispositif » annoncé par le président de la République, aucune indication concernant l’aide aux personnes et en particulier, celles arrivées en métropole. Aucune indication concrète sur la façon de joindre cette instance si besoin en est, si toutefois elle existe.

Rien sur les sites des ministères concernés (Intérieur, Outremer, cohésion…). Quand j’ai eu enfin une conversation téléphonique avec des personnes de ces ministères, aucune n’était au courant de quoi que ce soit et me renvoyait d’un ministère à un autre comme une patate chaude. Seule information concrète : « le » numéro vert présenté comme mis en place pour ce sinistre alors qu’il existe depuis des années pour les personnes en détresse. De plus, il s’agit là d’une instance d’écoute !....

J’ai été orienté vers la délégation interministérielle de l’aide aux victimes... des attentats !!! Sans commentaire !
 

Mon impression générale est que les Saint Martinois ont été mis dans un lieu de relégation et sont abandonnés, livrés à eux mêmes depuis deux semaines, trois pour certains.

On ne peut que s'interroger sur la façon dont le Ministre de l'Intérieur, et le Préfet de région  « gérent » l’organisation des secours en nourrissant en fait la détresse des sinistrés de Saint Martin. Est-ce de la négligence ? De l'incompétence ? D’un choix dans cette façon si peu humanitaire ? 

Les dernières nouvelles n'apaisent pas ces interrogations...

Informations de dernière heure :

La veille de ma venue dans cet hôtel Ibis et de ma discussion avec une personne de France Horizon, Mme M. G. avait organisé une réunion avec les personnes avec qui elle est arrivée de Saint Martin pour établir la liste de leurs demandes, destinée au Préfet.

Le soir de ma venue, Mme M.G. et la plupart de ces personnes présentes à cette réunion, ont été prévenues par des membres de France Horizon qu’elles allaient être transférées dans un autre endroit non précisé. Elles ont reçu l’injonction de préparer leur affaires pour le lendemain matin 8h.

Cela s’est mal passé : les saint martinois ont découvert que certains avaient été déjà transférés l’après-midi en catimini. Ils n’ont pu avoir aucune explication sur les raisons de ce déplacement ni sur la destination. Pour toute réponse, on leur a dit que c’est sur « ordre de l’Etat » ; qu’ils seraient dans une résidence hôtelière à appartements. Car l’Etat, leur a-t-on dit, cherche à améliorer leur sort, et à trouver des solutions pérennes. Les saint martinois ont protesté, et ont refusé de partir. Il y a eu des énervements... Le matin, on leur a dit qu’ils seraient transférés dans Paris-centre.

En fait..., Mme. M.G. et les membres de son groupe concernés ont été séparés et dispersés. Elle s’est retrouvée isolée avec ses deux filles, à Saint Germain en Laye, avec un groupe d’espagnols sinistrés. Elle ne parle pas espagnol.

Pourtant, Mme M.G. a un projet et une solution pérenne : aller à Bordeaux rejoindre l’une de ses sœurs, s’y installer, trouver un logement et un travail, scolariser ses deux filles. Mais depuis son arrivée et pour la troisième semaine, elle n’a aucun interlocuteur pour l’aider dans ses démarches alors qu'elle est dépourvue de moyens.

Certains des saint martinois disent :  « on est isolés, loin de tout, on a tout perdu, on est sans aucun moyen. Et ici, c’est comme dans une prison.

Aux dernières nouvelles, ce samedi soir 30 septembre, rien n’a changé à l’hôtel Ibis d’Orly sud.

* Hotel Ibis (Ibis rouge) 1 av. de l’Union   94310 Orly.

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