À Gérard Filoche,

Ton salutaire coup de gueule n’a pas réveillé le landernau politique : Depuis quelques jours, il ne dort plus, effrayé par les réactions provoquées par l’aveu de Cahuzac. Vieux militant de gauche, tu n’as pu cacher l’émotion d’un homme qui enrage en constatant qu’il a servi honnêtement, avec constance et fidélité un parti dont un des hommes éminent a trahi les idéaux. Les militants du PS, trahis et humiliés, ont été trompés par ce personnage qu’on n’arrêtait pas de dire compétent, sérieux, intransigeant.

Ton salutaire coup de gueule n’a pas réveillé le landernau politique : Depuis quelques jours, il ne dort plus, effrayé par les réactions provoquées par l’aveu de Cahuzac. Vieux militant de gauche, tu n’as pu cacher l’émotion d’un homme qui enrage en constatant qu’il a servi honnêtement, avec constance et fidélité un parti dont un des hommes éminent a trahi les idéaux. Les militants du PS, trahis et humiliés, ont été trompés par ce personnage qu’on n’arrêtait pas de dire compétent, sérieux, intransigeant.

Intransigeant avec les autres c’est certain, mais indulgent avec lui-même !

Ta colère maîtrisée, ta révolte contenue mais visible, ton indignation ont été comme un baume sur l’humiliation ressentie par tous les hommes de gauche. Car c’est toute la gauche qui a été salie. Merci de ton intervention.

Mais maintenant il te faut dépasser tout cela et envisager la suite. Il faudra bien à un moment donné faire le bilan et trouver ce qui a dysfonctionné. Ce qui est à découvrir est peut-être pire que ce qui est connu. Vas-tu continuer à servir, comme avant, de caution à un parti qui possède tous les pouvoirs pour agir mais qui ne fait que poursuivre la politique du précédent quinquennat en pire. Imprécation, révolte, colère n’y changeront rien. Ton parti ex-socialiste, sur la pente du social libéralisme, est incapable de se ressaisir. La preuve, il a banni la lutte des classes alors que chaque jour apporte la preuve de l’affrontement. Tu le sais bien, toi qui as arbitré durant ta carrière professionnelle les conflits travailleurs-employeurs et qui conviens de la perversité de l’ANI, cet accord qui est un attentat contre la classe ouvrière mais que fais-tu d’autre que de tonner, de dénoncer ?

Sur ton blog du 27 mars, tu écris : « …Certes nous avons le gouvernement le plus à gauche d’Europe, Nous faisons la politique la moins mauvaise par rapport aux autres pays. Mais cela ne suffit pas par rapport à la situation et aux besoins de nos électeurs. Certes il n’existe aucune autre issue à gauche, il n’y aura pas une deuxième gauche qui « gagnera » si nous échouons, Nous sommes derrière notre gouvernement, mais il faut qu’il réoriente sa politique… »

Si tu es derrière ce gouvernement, tu cautionnes sa composition comme sa politique. Je ne te crois pas assez naïf pour penser que toi et tes amis de l’aile gauche du PS allez infléchir la ligne politique tracée par Hollande. Peut-être que le scandale qui survient peut servir d’électrochoc à un Président qui a oublié ses promesses de campagne aussi vite qu’il les a énoncées. S’apercevoir aussi tardivement que l’on avait favorisé l’ascension d’un personnage qui fréquentait depuis de nombreuses années des anciens du GUD, organisation étudiante française d'extrême droite, l’avoir soutenu durant quatre mois et jouer la surprise devant les preuves de ses mensonges dénote pour le moins un certain niveau d’inconscience.

Alors que vas-tu faire ? Car c’est bien beau de se révolter, de s’indigner mais le temps va faire son œuvre, l’indignation et la colère passeront et après ? Tu es devant une alternative : Ou tu continues à militer, battre la campagne en vain pour dire ton opposition aux décisions prises par TON gouvernement appuyé par TON parti, t’élever contre l’ANI, tonner contre les cadeaux au patronat, dénoncer l’allongement de l’âge du départ à la retraite, avec à la clef une baisse des pensions et j’en oublie. 

Ou alors tu diras ton total désaccord et tu claqueras la porte. Mais rester et croire pouvoir agir de l’intérieur est un leurre, c’est comme cela qu’on y laisse son âme. 

Reçois, cher camarade, mon salut fraternel. 

 

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